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Entretien – Luis Fernandez : "Quand on sous-estime un adversaire, on est sanctionné dans le jeu"
Luis Fernandez est l'un des nombreux consultants beIN Sports mobilisés durant la Coupe du Monde 2022 au Qatar. L’ancien entraîneur et sélectionneur revient sur le premier match de la France et ses att
L’histoire se répète, Luis. Comme en 2018, les Bleus débuteront leur Mondial par un match contre l’Australie. Quatre ans après, qu’est-ce qui a changé ?
Il ne faut surtout pas sous-estimer les Australiens, on doit les respecter. Quand on manque de respect à l’adversaire, on est sanctionné dans le jeu. L’histoire du football est ainsi faite, il y a des équipes meilleures et d’autres moins fortes. Et parfois, ces dernières arrivent à élever leur niveau grâce à leur motivation et à leur engagement. L’équipe de France doit s’attendre et se préparer à également améliorer son niveau. Dans le cas contraire, elle risque de faire face à des surprises qui restent relativement courantes pendant les premières rencontres. Cela me rappelle un match de l’Euro 1984, qu’on avait finalement gagné contre le Danemark mais qui n’avait vraiment pas été simple [le 12 juin 1984, la France s’impose par 1-0 grâce à Michel Platini]. On ne connait pratiquement pas l’adversaire lors d’un premier match. Il n’y a pas de rencontre facile, encore moins ici.
Karim Benzema est forfait pour le Mondial. C'est un coup dur pour les Bleus?
On espère tous qu’il retrouvera vite la forme. J’ai toujours été un fervent supporteur de Karim, même dans une époque où beaucoup doutaient de ses capacités d’attaquant. Il a continué de montrer ses qualités d’adresse et son exigence sur le terrain. Karim a été récompensé avec cette convocation. Il avait pour motivation de revenir en équipe de France et les portes lui ont été ouvertes. On ne veut pas qu’il soit sanctionné par des blessures mais malheureusement il ne sera pas là. Cela nous fait beaucoup de peine dans une telle compétition.
Didier Deschamps a des atouts pour le remplacer ?
On a des garçons comme Giroud, Griezmann, Dembélé, Mbappé et désormais Kolo Muani qui peuvent apporter de la qualité dans ce groupe. On a de bons joueurs qui peuvent le remplacer.
En parlant de Randal Kolo Muani, que pensez-vous de sa convocation ?
Je respecte toujours ce que fait un sélectionneur. Il travaille avec un staff qui regarde avec lui les matchs des joueurs, qui évoluent pour beaucoup à l’étranger, dans de grands clubs et de grands championnats. Kolo Muani a une progression intéressante, il s’affirme et est un bon joueur. Je suis pratiquement certain qu’il ne sera pas titulaire dès le premier match. Mais si on l’appelle pour faire un remplacement, c’est que ses performances lui permettent d’être avec l’équipe de France. Il y avait également Moussa Diaby [du Bayer Leverkusen, ndlr] qui est intéressant et performant. Mais le choix a été fait par le sélectionneur et je partage son opinion.
Quelle sélection semble être la favorite pour le titre ?
Pas forcément la France, non, mais je pense au Brésil. J’ai l’occasion de les voir jouer depuis qu’ils essaient de se racheter et cette nation veut se donner une nouvelle image. On n’a pas vu un Brésil brillant lors des dernières compétitions. 2014 a été une humiliation chez lui ; 2018 a également été un échec. On est en attente de son retour. Le Brésil pourra compter sur des joueurs qui arrivent en forme. Neymar était un peu aux oubliettes avec le Paris Saint-Germain mais on voit bien qu’il est en train de retrouver son meilleur niveau cette saison. On attend un leader technique dans une équipe et Neymar devrait pouvoir endosser ce rôle cette année. Il y a du beau monde dans cette Seleçao, avec beaucoup de jeunes joueurs talentueux. Sur le plan offensif, ils ont du matériel de qualité et ce Brésil pourrait bien faire des étincelles. Les conditions climatiques devraient éventuellement les aider puisqu’on annonce entre 25 et 30°. Les Brésiliens aiment jouer avec la chaleur.
En 2018, la Croatie s’était distinguée sans que personne ne s’y attende. Qui pourrait en faire de même cet automne ?
Du fond du cœur, et je le dis avec beaucoup de sincérité, j’aimerais voir une équipe africaine réaliser quelque chose de grand et aller loin dans ce Mondial. Je ne peux pas vous dire laquelle mais j’aimerais que l’une des quatre qualifiées atteigne les demi-finales voire même la finale. Ce sont des sélections qui ont beaucoup évolué et j’attends avec impatience le Sénégal, le Cameroun, le Maroc… Je regardais les rétroactives de précédentes Coupes du Monde et en 2002, le Sénégal nous avait notamment battu. Il y a du potentiel et les joueurs du monde africain se sont affirmés. Il leur faut des leaders et je suis vraiment déçu du forfait de Sadio Mané avec le Sénégal.
Ce soutien pour les équipes africaines, vous le devez à votre passage en tant que sélectionneur de la Guinée ?
Non. Mon expérience en Guinée n’a pas duré longtemps [avril 2015 – mai 2016, ndlr]. Je suis juste admiratif et un fervent supporter du football africain. J’aime voir jouer le Maroc, la Tunisie et même l’Algérie bien qu’elle ne soit pas présente cette année. Le sélectionneur du Sénégal, Aliou Cissé, est un garçon que j’ai eu l’occasion d’entrainer au PSG. Avec le Cameroun, ce sont des pays que l’on a envie de voir loin. Il y a beaucoup de joueurs titulaires dans des gros clubs et ils méritent une récompense. S’ils sont sérieux, impliqués, et qu’ils y mettent la rigueur et la discipline nécessaires pour évoluer ensemble, je pense vraiment qu’une de ces nations peut arriver dans le dernier carré. Cela me ferait très plaisir.
Vous avez entrainé trois clubs en Liga (Athletic, Espanyol et Bétis), comment voyez-vous la sélection espagnole cette année ?
Elle n’est plus aussi forte, je la vois en difficulté. C’est un peu comme le Brésil, une nation qui se cherche et qui essaie de retrouver ses gloires d’autant. Il y a des joueurs expérimentés qui pointent vers la retraite et des jeunes qui n’ont pas suffisamment d’expérience. Luis Enrique est un entraineur de qualité et c’est à lui de créer une surprise. Mais honnêtement, l’Espagne n’a plus les aptitudes de son passé et elle doit continuer à se chercher. Il faut qu’elle se renouvelle mais c’est un phénomène commun à d’autres nations.
Sur les Français champions du monde en 2018, il n’y en a plus que dix à être encore en sélection cette année. Les Espagnols ont également été sacrés et il y a des périodes sportives pendant lesquelles il y a des trous. Certains partent à la retraite et il faut leur trouver des remplaçants. Mais l’Espagne y arrivera. Quand je regarde leur championnat, je vois de jeunes talents prometteurs qui arrivent tranquillement. Les trous espagnols seront comblés, je leur fais confiance.








