Caen / Pascal Dupraz : "Réfléchir à ce qu’on peut amener pour un monde meilleur"

Panoramic

Pascal, comment allez-vous et comment vivez-vous ce confinement ?
 

Je vais bien. Ça n’est pas le cas de tout le monde malheureusement. Je prends connaissance des informations. La situation est critique, pénible. J’observe les mesures qui nous ont été intimement conseillées d’observer. Je suis en confinement comme tout le monde et je me plie aux règles. 

Comment maintenez-vous la relation avec vos joueurs ?
 

Nous avions eu la bonne idée de fonder un comité des sages de 6 joueurs et nous avons des points réguliers avec eux dans la semaine grâce à Skype. Ils sont en relation aussi avec mon staff technique et notamment les préparateurs athlétiques pour voir ce que nous pouvons organiser à la hâte, en respectant les règles de civisme. Les joueurs peuvent s’adonner chaque jour à une demi-heure de préparation athlétique, avec un programme ciblé et individualisé. 

Il ressemble à quoi ce programme ?
 

C’est toujours proche de leur domicile. Ça n’excède pas 40 minutes et surtout seul, jamais en groupe. C’est de la course, du travail intermittent, du renforcement musculaire, des exercices de gainage. L’objectif est de travailler 5 fois par semaine : une première tranche de 3 jours puis 1 jour off et de nouveau au travail le vendredi et samedi pour se laisser le dimanche libre. Le confinement va peser psychologiquement dans les jours à venir. Mais on est quasi-certain que les joueurs vont s’adonner au programme demandé, ce qui n’est pas toujours le cas lors des trêves estivales. Contrairement à ce qu’on fait d’habitude et pour aller dans le sens du civisme et de la responsabilisation, on n’a pas fourni aux joueurs de GPS. Je voulais qu’ils effectuent les exercices demandés de leur propre initiative, en leur âme et conscience.

L’incertitude est grande concernant la reprise du championnat. Saison blanche ou qui doit aller jusqu’à son terme quitte à déborder sur l’été : quel est votre souhait ?
 

Que le virus soit éradiqué ! Le sport passe au second plan et doit montrer l’exemple comme il le fait souvent. Quant à la reprise du championnat, très honnêtement, ça me passe au-dessus de la tête. Je n’y pense pas. Je sais que les clubs économiquement ont besoin d’aller au terme de la saison pour percevoir les droits TV, faire valoir des recettes aux guichets ou de sponsoring pour que les budgets soient bouclés. À titre personnel, j’observerai les mesures qui seront prises en terme de salaire sans revendiquer quoi que ce soit. À la discrétion de nos clubs de faire ce qu’ils croient bon de faire. L’important, c’est que le football puisse survivre à cette crise-là et que chacun des acteurs ait conscience que la santé publique est beaucoup plus importante que le football, qui nous fait tous vibrer

Vous avez beaucoup parlé de civisme dans cet entretien. Que pense le citoyen quand il voit que le confinement demandé n’est pas toujours respecté ? 
 

Je trouve ça irresponsable. Observer le civisme demandé, c’est la moindre des choses. Je suis vraiment scandalisé par ce que je lis, ce que j’entends et ce que je vois. Même si ça va mieux depuis la prise de parole du Président de la République, je pense que les gens n’ont pas vraiment pris conscience de la mesure du danger qui nous guette. J’espère qu’il y aura le moins de morts possibles, pas uniquement en France. Ce qui se passe en Italie est effrayant. C’est le pays où il y a le plus de morts, devant la Chine. J’espère que ça donnera à tous l’occasion d’être ponctuellement responsables de nos actes et que ça nous servira par la suite pour être un peu plus humains que nous le sommes aujourd’hui.

Ce confinement, pour ma part, va me permettre d’exercer des activités que je n’ai pas l’habitude de faire parce que je suis trop pris par mon boulot, peut-être à tort. Les entraîneurs et acteurs du foot, nous sommes souvent dans une machine à laver pendant 11 mois. On ne pense qu’à son équipe, son petit nombril. C’est un effort sur moi-même d’introspection. Lire davantage et profiter des gens qui me sont chers. Cette période doit nous permettre de réfléchir à ce qu’on peut amener pour un monde meilleur. C’est pas utopique. C’est pas un discours de circonstance.
 

Pascal Dupraz : "Je ne suis pas arrogant"'