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Entretien – Omar Da Fonseca : « Aujourd’hui, Lionel Messi est plus qu’un sauveur »
Omar Da Fonseca continue de commenter le Mondial 2022 au Qatar diffusé sur beIN Sports en intégralité. Spécialisé sur le sujet de l’Argentine, Da Fonseca s’est livré en exclusivité au sujet du quart d
Bonjour, Omar. Avant ce quart de finale ce soir face aux Pays-Bas, comment définir le début de compétition de l’Argentine ?
C’est une équipe qui confirme quelques incertitudes et quelques doutes au sujet du fait de se dire que les joueurs sont forts ensemble. Je pense qu’ils ont amené leur manière de jouer et d’avoir des résultats à travers la volonté, l’abnégation et des coups d’éclat. Mais au final, le scénario reste toujours le même avec Messi en sauveur. Contre le Mexique et l’Australie, il a eu des possibilités d’ouvrir le score et il l’a fait. C’est assez basique et pragmatique. Mais les Argentins en Coupe du monde, c’est souvent de la souffrance et de l’agonie. On en revient souvent à la superstition de se dire que l’Argentine, si on prend les individualités, ne peut pas avoir d’impact vis-à-vis des adversaires, du public. Personne ne peut dire qu’il a peur de certains joueurs argentins. En 2018, on avait une attaque avec Agüero, Lavezzi, Dybala, Higuain, Messi… Là, on a un Lautaro Martinez moyen et un Julian Alvarez âgé de 23 ans et qui ne peut pas être considéré parmi le top 10 des avant-centres.
La défaite face à l’Arabie Saoudite pour débuter le Mondial n’a-t-elle pas été bénéfique au final pour l’Albiceleste ? Comment a-t-elle été accueillie ?
Toutes les défaites sont mal accueillies. Mais après, ce n’est pas parce que tu as perdu le premier match qu’immédiatement, tu te ressaisis. Concernant le match face à l’Arabie Saoudite, on a vu durant la première mi-temps que l’adversaire était fragile et ne faisait que défendre. Les Argentins se sont créés quatre, cinq occasions très bonnes. Et s’il n’y a pas d’histoire de hors-jeu ou les arrêts du gardien adverse, l’Argentine gagne largement. Je n’ai pas considéré, malgré cette défaite, que l’Argentine a été très nulle. La défaite a surtout mis les joueurs dos au mur, avec des finales à gagner dès la deuxième journée et lors de la troisième également. Ils ont été devant le fait accompli dès le début. Cependant, la défaite a peut-être changé des choses concernant l’équipe puisque Scaloni a enlevé Paredes, Rodríguez ou encore Martinez. Il a décidé de faire entrer Fernandez et Mac Allister. Et s’il y avait une victoire face à l’Arabie Saoudite, cela n’aurait peut-être pas eu lieu.
Concernant Lautaro Martinez, ce Mondial représente-t-il une déception pour le moment ?
Lors du premier match face à l’Arabie Saoudite, il a deux buts pour hors-jeu refusés. Et puis le fait qu’il joue avec un joueur s’appelant Lionel Messi n’aide pas. Messi n’est pas un joueur de course, il ne va pas presser ou couvrir une zone et l’attaquant qui est à côté va donc devoir faire un boulot qui déborde un peu plus. Il faut donc des joueurs qui ont une mobilité, afin de permettre à Messi de faire la diversion. Lautaro Martinez ne fait pas une mauvaise entame de Coupe du monde mais il n’est pas un joueur qui peut faire l’essuie-glace en attaque afin d’aider Messi. Au contraire de Julian Alvarez, son remplaçant. Il lui a pris sa place. En Argentine, on se moque aussi car Lautaro Martinez n’est pas un joueur très apprécié. Il y a un classement qui a été fait avec les joueurs les plus appréciés et Martinez n’est pas dedans. Les supporters le décrient. Pour Lautaro, ce n’est pas un super moment et il se fait chambrer.
Au sujet d’Alexis Mac Allister, est-ce qu’on peut parler de révélation à son sujet durant ce Mondial ?
Non (rires). Je n’aime pas valoriser à l’extrême quelque chose qui peut être ponctuel. Mac Allister est un joueur avec une carte de visite limitée. Il vient d’un petit club en Argentine, à savoir Argentinos Junior. Il a joué très peu à Boca Juniors et aujourd’hui, il évolue à Brighton. Il n’a jamais été détecté par des grands clubs et il a aujourd’hui 23 ans. C’est un joueur qu’on ne connaît pas trop mais je ne veux pas parler de révélation. Il n’a pas une grosse frappe, sa capacité physique est limitée, il ne percute pas assez. Je le dis tout le temps mais c’est un peu le joueur moyen-bon. Aujourd’hui, le joueur moyen-bon est plus fort qu’à mon époque mais il reste moyen.
Seulement, on ne peut pas mettre Mac Allister comme une étoile aujourd’hui. Ce n’est pas un Bernardo Silva, un Kevin De Bruyne, un Sofyan Amrabat. À part Lionel Messi, l’Argentine n’a pas de joueurs du top 10 dans les autres postes aujourd’hui. Après, Mac Allister remplit très bien son rôle, à savoir qu’il faut finir par donner la balle à Lionel Messi. Aujourd’hui, tu donnes la balle à Mbappé en France, à Neymar au Brésil, à Messi en Argentine. Mac Allister a fait une bonne entrée mais on ne peut pas se dire : « Waouh » et vouloir mettre un gros billet pour voir ses matchs dès le retour du Mondial. Moi, je paye pour aller voir des Bernardo, des Vinicius, des Paqueta, des Neymar. Le football, ça se joue et je préfère les artistes plutôt que la méthodologie.
Justement, pour parler d’un artiste en particulier, évoquons Lionel Messi. Que pensez-vous de son début de Mondial où il se montre assez décisif ?
Comme d’habitude, c’est un joueur qui est capable de tout. Ce n’est même pas un joueur, il ne faut pas lui dire ça à Lionel Messi. Pour moi, c’est un génie et il a de la magie en lui. Il a plusieurs cordes à son « art » car c’est vraiment de l’art ce qu’il fait. L’autre jour, je disais même en match : « Maintenant que Messi marche sur l’eau, personne ne se noie ». Tant qu’il peut faire ce qu’il fait, ça ira. La fin du match face à l’Australie samedi dernier, il arrive encore à accélérer par exemple et il continue à impressionner. Il sait faire la différence sur les adversaires, l’arbitre, le public, et même ses partenaires. Il fait des choses impensables, impossibles et je continue à l’admirer. Aujourd’hui, il est plus qu’un sauveur. On attend que lui.
Pour parler de l’adversaire néerlandais et de ce quart de finale, quelle impression vous avez eu de la part des Pays-Bas depuis le début du Mondial ?
Je les ai vu jouer contre l’Equateur où ils m’avaient fait une très mauvaise impression. Ils étaient lents, ils ne tiraient pas au but… Au début, je ne leur donnais pas beaucoup de crédit. Contre les USA, en 8e de finale, ils m’ont vraiment plu par contre. Ils ont trouvé une dynamique. Ils ont une solidité défensive, avec des Van Dijk, Aké, Blind. Mais il y a aussi une belle jeunesse illustrée par Cody Gakpo. Pour les Pays-Bas, il y a un mélange d’expérience et de jeunesse qui est intéressant. Mais de là à dire qu’ils sont meilleurs… Et puis on se souvient de la demi-finale à la Coupe du monde 2014, avec un match ennuyant et un 0-0. Ça finit aux tirs au but donc bon, tout peut arriver encore une fois.
Le duel Messi – Van Dijk peut être une clé du choc ? Ou alors il ne faut pas trop se concentrer dessus ?
Non, car je pense que Messi va faire comme d’habitude et va réussir à trouver la clé en essayant de se déplacer. Mais après, si c’est du un contre un, Van Dijk peut embêter Messi étant donné qu’il est très costaud. Seulement, il ne faut pas oublier Nathan Aké, le deuxième défenseur central, qui peut également être en difficulté si on le provoque. Mais Messi s’en fiche de savoir comment s’appelle l’adversaire. Il comprend ce qui va arriver et il a le temps de faire la différence. Il ne joue pas par rapport aux noms en face de lui.
La perspective de potentiellement pouvoir retrouver le Brésil en demi-finale va-t-elle donner un surplus de motivation aux Argentins ce soir ?
Quelle que soit l’adversaire, l’opportunité d’aller en demi-finale est énorme pour les joueurs. Que tu sois contre le Cameroun, le Portugal, le Brésil… Les joueurs vont vouloir passer ce stade des quarts de finale, surtout que pour un pays comme l’Argentine, il y a une grosse pression et un fanatisme. Je ne crois pas que le fait de savoir qu’ils peuvent retrouver le Brésil va changer quelque chose. Mais après, c’est évident que si jamais c’est une demi-finale Brésil - Argentine, ça va être beau pour avoir Messi – Neymar. Vous imaginez si on a la France, le Portugal, l’Argentine et le Brésil en demi-finale ? On aura Mbappé, Ronaldo, Messi et Neymar. Les étoiles du football seront là et je pense que ça bonifie toujours. Le football a besoin que ça reste un spectacle, un facilitateur d’émotions. Et ça serait aussi un cadeau pour la Coupe du monde d’avoir une demi-finale Brésil – Argentine.
Avant les quarts de finale aujourd’hui et demain, quelle sélection vous fait la plus grande impression en vue d’un sacre le 18 décembre prochain ?
Dès le début, j’ai dit que la finale serait Brésil – France. Je reste sur ce que j’ai dit. Je pense que le Brésil reste le favori. Après, je ne sais pas quel sera l’état de Neymar à ce moment-là, de Mbappé aussi, car il pourrait y avoir des blessés, des accidents de parcours. Mais je me dis que la finale sera soit Brésil – France, soit Argentine – France. Je pense que le Brésil a une grande possibilité d'obtenir sa sixième étoile.








