NBA - Detroit Pistons : "Doumbouya était au-dessus de tout"

Reuters

Prince Gomobou, racontez-nous comment vous êtes-vous retrouvé sur le chemin de Sekou Doumbouya ?


Je jouais en régional dans la banlieue d’Orléans à Fleury-les-Aubrais et j’évoluais avec un pote à moi, Lamine Kebe. Lui s’est mis vite dans le coaching et a eu un projet avec les U15 de Fleury. Il m’a dit qu’il avait besoin d’un assistant donc ça a commencé comme ça. Sekou était encore en U13 à ce moment-là. Benoist Burguet l’a découvert et nous on le suivait de loin. L’année où on a bossé avec Sekou, c’est 2014-2015. On avait des grandes ambitions cette saison-là avec Sekou qui explosait tout. On se disait : « c’est pour nous quoi, cette année, on va tout rafler ». On a commencé à bosser avec lui. Il avait intégré le pôle Espoirs d’Orléans dès 1ère année de basket. Il passait sa semaine là-bas et nous, on l’avait le mercredi de temps en temps mais surtout le vendredi soir. Et le week-end, il était avec nous, son club, pour les matchs. 

Qu’avez-vous pensé la première fois que vous l’avez vu ? 


On s’est croisé quand il était avec les U13. La première fois que je l’ai vraiment vu sur un parquet, c’est en finale U13 régions sous les ordres de Benoist Burguet et c’était incroyable. Le gars était physiquement plus grand que tout le monde. Tout le monde lui arrivait à la taille à peine, c’était hallucinant. Mais on se dit que sa taille allait être un handicap en termes de motricité : entre deux, il prend la balle, il la donne à un gars, il redemande la balle derrière, il prend 4 dribbles et il monte au panier, c’est n’importe quoi ! On se regarde avec Lamine et on se dit : c’est parti. Le gamin a défoncé la finale. L’été passe ensuite, il revient en août. Il prend encore de la taille et il est encore plus impressionnant « baskettement ». On n’avait pas de mots à l’époque pour bien décrire ce qu’on a ressenti. 

sekou
Prince Gomobou est à gauche de Sekou Doumbouya


A ce moment-là, saviez-vous à quel poste il allait poursuivre sa carrière alors que la logique, vu sa taille, était de le mettre pivot ?


En fait, en U15, il y a des deuxièmes années qui sont quand même bien avancés dans leur croissance, donc Sekou faisait moins la différence au niveau de la taille. Et avec Lamine, on a décidé de ne pas le cataloguer en tant que « grand ». On l’a directement fait jouer à l’extérieur et, au bout de deux entraînements, il nous a convaincus. 

Comment expliquez-vous qu’un jeune qui venait de se mettre au basket était aussi doué balle en main ?


Sincèrement, je ne crois pas trop à ces trucs-là mais le gamin avait un don. Pour la petite histoire, il venait du foot. J’avais des connexions à Fleury dans le milieu du foot et ils me disaient qu’il était énorme déjà et qu’il pourrait devenir professionnel. 

Comment s’est passée votre saison avec Sekou Doumbouya ?


« Baskettement parlant », Sekou était au-dessus de tout. Il comprenait tout directement. Après, c’est plus au niveau de la maturité. On n’a pas fait d’erreur mais c’est vrai qu’on l’a peut-être trop pris pour un adulte. Les bêtises qu’il faisait, c’était celles d’un gamin de son âge, celles d’un gamin de 13 ans. Je me rappelle d’un tournoi qu’on avait fait à côté de Roanne. Pour y aller, il y avait pas mal de routes galères. Et, au bout d’une heure de route, on commence à entrer sur l’autoroute. Première aire d’arrêt : Sekou qui se met à crier. « Qu’est-ce qu’il se passe Sekou ? » « Mon téléphone, je n’ai plus mon téléphone, je crois que je l’ai oublié… » Il a fallu qu’on fasse demi-tour pour aller récupérer son téléphone qu’il avait oublié dans la salle des récompenses. Sachant qu’ils avaient cours le lendemain matin. On a été un peu dur avec lui : « Comment est-ce possible ? Sur le terrain, t’es un génie et tu fais des trucs de gamins à côté ». C’était normal en fait… Surtout qu’à l’époque, il n’avait pas beaucoup de moyens donc son téléphone était très précieux pour lui. 

 

Comment a-t-il évolué d’un point de vue basket avec vous ? 


Du début à la fin, il a été énorme. Il faut dire que lors de sa première année U15, on a eu une génération exceptionnelle. Sekou tournait lui à 30 points par match, il « défonçait » tout à chaque match. On se disait déjà qu’il irait loin. Dans le basket et le sport en général, il y a beaucoup d’histoires de « présus » (ndlr : des présumés, des personnes qui mentent sur leur âge) mais on voyait très bien qu’il faisait son âge. Tu as souvent des gens qui viennent d’Afrique et tout et dont on baisse l’âge pour qu’ils puissent dominer physiquement. Mais, au bout d’un moment, l’évolution, elle n’est plus là. Alors que lui « puait » le basket à tous les niveaux. Paradoxalement, cela nous a porté un peu préjudice… 

C’est-à-dire ?


On se qualifie pour la phase finale. Lors du quart de finale aller pour rejoindre le Final Four, face à Charenton, chez nous, Sekou fait un match stratosphérique. Il met des smashs à tout va. L’erreur que le groupe a fait inconsciemment, c’est que Sekou était tellement au-dessus de tout le monde qu’à un moment donné, les deuxièmes années, les gars qui étaient censés être plus forts et être les leaders, ils l’ont laissé prendre les devants. Et, malheureusement, au match retour, les mecs d’en face avaient compris et ont fait en sorte de bloquer Sekou. Et ils y sont arrivés : on s’est fait déborder de tous les côtés dans une salle remplie, avec des spectateurs qui sont très proches du terrain et qui lâchent limite des insultes… On a perdu les pédales alors qu’on était partis avec 20 points d’avance. Pour une fois, Sekou n’était pas un surhomme. 


C’est donc de cette façon que s’est terminée votre histoire sportive avec lui ? 


Presque ! On a gagné la Coupe de France U15 avant qu’il file à l’INSEP dans la foulée car il était en avance par rapport à tout le monde. Pour la petite histoire, quand il est parti, le groupe s’est ouvert et, l’année d’après, en 2015-2016, on est champions de France en battant Charenton en finale… Sekou avait d’ailleurs tenu à faire le voyage avec nous. 

Etes-vous restés en contact avec lui par la suite ? 


Oui, il est toujours très respectueux quand il revient de temps en temps. Ça me rappelle d’ailleurs qu’un été, j’avais appelé Sekou pour qu’il participe à un match amical pour une association d’un ami avec des anciens. Il y avait des pros et des anciens pros qui étaient là et Nicolas Batum qui venait de signer en NBA. On rigole bien avant le match et tout et voilà qu’en plein match de gala, Sekou veut monter sur Nicolas Batum ! Ça m’a tellement choqué que je ne sais même s’il était arrivé à le mettre sur le poster (rires). Le gamin n’avait pas froid aux yeux. 


Etes-vous fier d’avoir entraîné un joueur qui a été choisi à la 15ème place lors de la Draft NBA ?


Ça fait super plaisir. Avec de la retenue car on ne l’a entraîné qu’un an. On avait essayé à l’époque de lui donner le goût du basket vu qu’il aurait pu repartir au foot. C’est une fierté de voir là où il est actuellement. Mais ça n’est pas une surprise de le voir si haut. Avec la taille qu’il a, le basket qu’il joue, la mobilité qu’il a par rapport à sa taille, c’est vraiment dans l’air du temps. Je ne veux pas le comparer à Kevin Durant mais Sekou est filiforme, assez grand, qui cours, qui saute, qui défend et qui, quand il veut, peut tirer. Mes seules craintes concernaient en fait l’entourage et le mental mais il a prouvé qu’il était prêt à y aller. Et il a eu de la chance d’être tombé sur Benoist Burguet. Je lui tire mon chapeau car il l’a vraiment pris sous son aile, il l’a traité comme son fils. Sekou est aussi resté très sérieux. A part le recadrage qu’il a eu à l’INSEP, il a été plutôt calme, c’est ce qui a fait la différence. 


Pour vous, les Detroit Pistons sont-ils une bonne franchise pour se développer ?


Je ne suis pas assez la NBA pour savoir quelle franchise développe le mieux ses jeunes. J’ose espérer qu’il aura l’occasion de se développer là-bas. Il a mis un pied en NBA, maintenant, il faut qu’il bosse pour faire ses preuves et ça n’est pas facile car il est parfois envoyé en G-League (ndlr : l’antichambre de la NBA). Connaissant un peu Sekou, quand ça ne va pas forcément dans son sens, il risque de se braquer et sortir des plans du coach. C’est plutôt rassurant : il a encore une marge de progression (sourire).