F1 : quand la dernière course de la saison décide du titre
Dimanche, le titre de champion du monde de Formule 1 se décidera à Abou Dabi entre les deux pilotes McLaren Lando Norris et Oscar Piastri, et le quadruple tenant du titre Max Verstappen (Red Bull).
Pour la 32e fois, le titre de champion du monde pilotes de Formule 1 va se décider lors de la toute dernière course de la saison. Dimanche, ils seront trois à prétendre à la couronne. Lando Norris (McLaren) se présentera avec 12 points d'avance sur Max Verstappen (Red Bull), en lice pour un cinquième sacre consécutif, et 16 sur son coéquipier Oscar Piastri. Ce scénario qui semblait impensable à mi-saison va désormais offrir un suspense exceptionnel à la course d'Abou Dabi. Retour sur quelques-unes des ultimes courses les plus mémorables pour la course au titre.
1964 : le chamboule-tout orchestré par Ferrari
Graham Hill arrive à Mexico comme leader du championnat, et peut même se permettre de contrôler avec cinq points d'avance sur John Surtees (Ferrari) et sept sur Jim Clark (Lotus). Hill loupe son début de course, mais remonte à la troisième place derrière Lorenzo Bandini, coéquipier de Surtees. Bandini offre une résistance plus que musclée à Hill, et l'envoie en tête-à-queue, même s'il ne sera pas pénalisé et n'assumera pas le caractère volontaire de la manœuvre. Le Britannique est retardé avec une voiture à l'agonie et le titre s'envoler. Clark pense en être le bénéficiaire mais une fuite d'huile l'oblige à s'arrêter en catastrophe dans le dernier tour. Surtees, jusqu'alors en difficulté, voit Bandini lui offrir un nouveau coup de pouce en lui laissant la deuxième place et les points nécessaires pour être sacré.
1976 : le mythique duel Lauda - Hunt et le final apocalyptique du Mont Fuji
La saison est marquée par le grave accident de Niki Lauda au Nürburgring, alors qu'il surclassait alors la concurrence. Le pilote autrichien de Ferrari échappe de peu à la mort, mais reprend tout de même le volant six semaines après, malgré ses blessures graves. Pendant son absence puis son retour progressif, James Hunt engrange les points et relance le championnat avant la dernière course au Japon. Sur le circuit du Mont Fuji, les conditions sont rendues dantesques par la pluie. Convaincu que la sécurité du circuit n'est pas assurée, Lauda préfère jeter l'éponge après deux tours. Hunt a le champ libre, mais il crève en fin de course et doit signer une remontée express jusqu'à la troisième place et les points suffisants pour coiffer au poteau son rival.
1986 : et le pneu de Mansell explosa
Une saison de Formule 1 peut ainsi se jouer à une défaillance pneumatique. Nigel Mansell peut en témoigner. En tête du championnat avec une avance confortable sur Alain Prost (McLaren) et son voisin de stand Nelson Piquet, le Britannique peut se permettre de gérer en troisième place sur le circuit d’Adélaïde, en Australie. Ce qu'il fait jusqu'à 19 tours de l'arrivée. En pleine ligne droite, son pneu arrière gauche part en lambeaux à pleine vitesse. Nelson Piquet, prend provisoirement les commandes du championnat, mais est immédiatement rappelé par son stand pour éviter qu'une même mésaventure ne lui arrive. Alain Prost profite des malheurs des Williams et s'offre son deuxième titre consécutif.
1994 : Schumacher et le crash fatal, épisode 1
Les rues d'Adélaïde sont le théâtre d'une nouvelle bataille pour le titre mondial. Michael Schumacher (Benetton) a dominé la saison, mais a aussi payé cher son tempérament impétueux avec deux disqualifications et une suspension de deux Grands Prix. Damon Hill (Williams) est sur ses talons, à seulement un point avant la dernière course de la saison. Les deux pilotes s'échappent en tête, l'Allemand devant le Britannique. Mais Schumacher se loupe au 36e tour et touche le mur suite à un freinage mal maîtrisé. Hill pense pouvoir sauter sur l'occasion en le dépassant au virage suivant mais son adversaire lui ferme la porte de façon autoritaire. La Benetton s'envole sur deux roues jusque dans les barrières de protection. Damon Hill ne peut, lui, aller plus loin, suspension cassée. Certains crient au scandale, mais les commissaires concluent à un incident de course. Michael Schumacher décroche le premier de ses sept titres en carrière.
1997 : Schumacher et le crash fatal, épisode 2
Trois ans après, Michael Schumacher est de nouveau l'un des acteurs d'une lutte au couteau jusqu'au dernier Grand Prix. Cette fois, il pilote pour Ferrari, et s'il fait de nouveau face à une Williams, c'est celle de Jacques Villeneuve. A Jérez, en Espagne, les deux pilotes donnent le ton en signant exactement le même temps en qualifications (ils seront même trois, fait unique dans l'histoire de la F1, avec le coéquipier de Villeneuve, Heinz-Harald Frentzen). Schumacher domine puis voit Villeneuve revenir après un arrêt au stand. Sur le point de se faire déborder par son rival canadien sur un dépassement audacieux, l'Allemand choisit de défendre sa position d'une façon qui va bien au-delà de "l'incident de course". Le pilote Ferrari heurte le côté de la Williams et va se planter dans les graviers. La monoplace de Jacques Villeneuve est endommagée, mais pas à l'arrêt. Il termine troisième, assez pour dépasser son rival, qui sera de toute façon disqualifié de la saison entière pour sa manœuvre désespérée (et ses antécédents).
2007 : McLaren se saborde (déjà)
Avant la dernière course, le championnat se joue à trois pilotes, avec la lutte fratricide des deux McLaren de Lewis Hamilton (107) et Fernando Alonso (103), et Kimi Räikkönen (Ferrari), un peu plus loin avec sept points de retard, l'équivalent à l'époque de l'écart entre une victoire et la sixième place. Il faut donc un heureux concours de circonstances pour que le Finlandais puisse espérer s'en sortir vainqueur. Hamilton sort de la piste en voulant dépasser Alonso dès le troisième virage, puis va plonger au classement la faute à un problème électronique. Il termine seulement septième. Quant à Fernando Alonso, il est est hors du coup. Et s'il finit bien sur le podium, à la troisième place, il termine à près d'une minute (!) de Räikkönen vainqueur. "Iceman" est titré pour un point devant les deux McLaren.
2008 : "Est-ce que c'est Glock ?"
Un an plus tard, sur le même circuit d'Interlagos, c'est un nouveau scénario complètement fou qui clôt le championnat. Une fois encore, Lewis Hamilton arrive en leader. Et il compte de nouveau sept points d'avance sur un pilote Ferrari, Felipe Massa. Nouveau protagoniste, la pluie se mêle aux débats. Tombée en début de course, elle fait son retour à cinq tours de l'arrivée. Hamilton est le premier à passer aux stands, mais les conditions sont piégeuses, un temps pas assez humides pour rendre les pneus pluie performants, puis trop mouillées pour ceux qui ont tenté de rester en pneus lisses. Le Britannique glisse à la sixième place sur une erreur de pilotage, qui pourrait lui coûter le titre à quatre tours de l'arrivée. Massa s'impose avec brio, le stand Ferrari et tout le public brésilien exulte pour son héros. Mais Hamilton voit Timo Glock (Toyota), qui ne s'est pas arrêté, en perdition à deux virages du but. Le pilote McLaren termine 5e et sauve in extremis sa première couronne.
2010 : le mauvais calcul de Fernando Alonso
A Abou Dabi, pour la première fois de l'histoire, ils sont quatre pilotes à pouvoir croire au titre grâce au nouveau barème de points toujours en vigueur (25-18-15, etc. contre 10-8-6 de 2003 à 2009, 10-6-4 de 1991 à 2002 et même des victoires ayant rapporté par le passé huit puis neuf points). Fernando Alonso (Ferrari, 246 points) devance les deux Red Bull de Mark Webber (238 points) et Sebastian Vettel (231 points), ainsi que la McLaren de Lewis Hamilton (222 points) avant la dernière course. Un accident en début de course vient bouleverser la stratégie du milieu de plateau… Et la course au titre. Car Webber, puis Alonso - qui calque sa course sur celle de l'Australien, son premier poursuivant au classement - s'arrêtent trop tôt et restent bloqués derrière le Russe Vitaly Petrov (Renault), qui s'est arrêté en tout début de Grand Prix. Devant Sebastian Vettel fait la course parfaite et l'emporte, alors que le duo Alonso - Webber termine hors Top 6. L'Allemand devient le plus jeune champion du monde de l'histoire. Possible ironie de cette histoire ? L'ingénieur de course de Fernando Alonso n'était autre qu'Andrea Stella, actuel team principal de McLaren.
2012 : le nouvel ascenseur émotionnel d'Interlagos
Sebastian Vettel arrive en tête du championnat pour le dernier Grand Prix, de nouveau disputé au Brésil, devant Fernando Alonso. L'Allemand se met pourtant rapidement en mauvaise posture : il manque son départ, avant de partir en tête-à-queue après avoir heurté une autre monoplace. Sa Red Bull est sérieusement abîmée à l'arrière-droit, mais Vettel tente le tout pour le tout en remontant le peloton depuis la 22e place. La pluie s'invite comme souvent sur le tracé de São Paulo, et le double tenant du titre doit batailler de bout en bout alors que son équipe commet également une erreur de choix de pneus le fait retomber à la douzième place à 17 boucles de la fin. Alors que Fernando Alonso termine deuxième, Sebastian Vettel profite de plusieurs accidents et parvient à remonter jusqu'à la sixième place, suffisant pour l'emporter avec trois points d'avance sur l'Espagnol, une nouvelle fois devancé d'un rien.
2021 : le dernier tour de la dernière course
La lutte entre Lewis Hamilton (Mercedes) et Max Verstappen (Red Bull) est sublime toute la saison, entre courses de légende et tension à son maximum. Les deux pilotes arrivent à Abou Dabi avec le même total de points : celui qui terminera devant l'autre sera champion. Longtemps, la course semble être celle de Lewis Hamilton, leader jusqu'au 50e tour et l'accident de Nicholas Latifi (Williams) qui oblige l'intervention de la voiture de sécurité. Les commissaires tergiversent dans leur gestion de la fin de course et Mercedes choisit de laisser Hamilton en piste, de peur que la course ne se termine derrière la voiture de sécurité et que Max Verstappen ne s'arrête pas.
Les Flèches d'Argent, toutes de noir vêtues cette saison-là, ont tout faux : le Néerlandais passe au stand pour chausser des pneus tendres neufs, et la voiture de sécurité s'efface finalement à l'entame du dernier tour. Avec ses gommes usées, Lewis Hamilton tente en vain de résister et se fait doubler au cinquième virage du tracé. Sans doute le final le plus dramatique, et un des plus polémiques de toute l'histoire de ce sport, pour ce qui sera le premier des quatre titres consécutifs de Max Verstappen. Avant un cinquième dimanche ?








