Mouratoglou lance un appel

En pause depuis le 9 mars et au moins jusqu'au 12 juillet en raison de la pandémie de coronavirus, les circuits WTA et ATP ne permettent plus aux joueurs et joueurs de tennis de gagner leur vie. Si cela ne pose pas de problèmes financièrement aux stars du circuit, qui ont eu le temps d'accumuler des millions de dollars en gains en tournois et contrats publicitaires depuis le début de leur carrière, c'est beaucoup plus problématique pour les joueurs et joueuses classés hors Top 100, et c'est pour eux que Patrick Mouratoglou a décidé de lancer un appel aux instances du tennis mondial, par le biais d'une longue lettre.

Mouratoglou : "J'aimerais voir les instances dire STOP"


« Notre sport est génial. Toutefois, la période que nous vivons actuellement ne fait que renforcer ses dysfonctionnements. Les joueurs classés en dehors du Top 100 peinent à atteindre le seuil de rentabilité et sont obligés de faire financer leur carrière pour continuer à jouer sur le circuit professionnel. Ils galèrent financièrement. Contrairement aux basketteurs ou aux footballeurs, les joueurs de tennis n’ont pas un salaire fixe annuel. Ils sont des travailleurs indépendants. Ils paient leurs voyages, les salaires fixes de leur staff, et leur propre salaire dépend du nombre de matchs qu’ils gagnent. C’est un système méritocratique, ce qui me convient parfaitement. Les meilleurs joueurs méritent à 100% ce qu’ils gagnent. Cependant, je trouve cela révoltant que le 100eme meilleur joueur de l’un des sports les plus populaires du monde (suivi par environ un milliard de fans) gagne à peine sa vie. Selon l’ancien Top 10 Tim Mayotte, il faudrait gagner environ 200 000 dollars (184 000 euros) par an en gains en tournois et contrats pour avoir un salaire décent. (…) Donc, que se passe-t-il quand les joueurs ne peuvent pas jouer pendant une période de temps indéfinie ? Eh bien, ils ne sont pas payés. Certains arrêtent de rêver et stoppent leur carrière. Cela fait longtemps que ça se passe comme ça. (…) Désormais, nous faisons face à un nouveau challenge, car le circuit est en pause pour les raisons que l’on connait. Les joueurs ne gagnent plus rien, et les joueurs en dehors du Top 100 n’ont pas d’argent de côté et de contrats avec des sponsors pour vivre. C'est le moment de penser à ces joueurs et de les aider, d'abord dans le futur immédiat, puis à plus long terme. C’est pour cette raison que j'aimerais voir l'ATP, la WTA, l'ITF et les Grands Chelems s'asseoir ensemble (même virtuellement) pour essayer de trouver une solution acceptable. Nous avons tous confiance dans ces instances, qui ont le pouvoir de protéger l'économie du tennis et d’avoir une responsabilité sociale. J'aimerais voir ces instances dire STOP. Nous ne pouvons plus laisser de côté les joueurs moins bien classés. Ce n'est pas juste. Le tennis a besoin de changer. Utilisons ce temps libre pour démarrer une discussion », écrit le coach.

Tenir jusqu'à mi-juillet, au mieux...


A titre d’exemple, le 101eme mondial, le Finlandais Emil Ruusuvuori, âgé de 20 ans, a par exemple gagné 62 300 euros en tournois depuis le début de l’année, et la 101eme mondiale, la Russe Varvara Gracheva (19 ans) en a gagné 42 000. Evidemment plus que le commun des travailleurs, mais une fois déduits les frais de voyage (en Australie notamment) et les salaires du staff, il ne reste plus énormément d’argent. Et il va falloir tenir jusqu’à mi-juillet, au mieux.