Les démons du "génie" Medvedev

Reuters

L’ennemi public n°1 de Flushing Meadows s’est frayé un chemin jusqu’en finale de l’US Open. Pour le plus grand malheur (ou bonheur) du public new-yorkais, Danill Medvedev sera bien le premier Russe à jouer la dernière rencontre dans un tournoi du Grand Chelem depuis Marat Safin lors de l’Open d’Australie 2005. Le Moscovite s’est en effet attiré les foudres des spectateurs tout au long du tournoi à coups de doigts d’honneur, de serviettes jetées sur les ramasseurs de balle et de "trollage" en règle de l’assistance après chacune de ses victoires sous les sifflets de la foule.

La résurgence de la nature impulsive du garçon, lorsque celui-ci se trouve sur un court de tennis : "Je peux juste dire que je suis une personne calme dans la vie. Je ne sais pas pourquoi ces démons ressortent quand je joue", se demande-t-il, avant de manier l’humour pour décrire l’autre Medvedev du quotidien : "Pour me mettre en colère, vous devez faire quelque chose de fou. Je ne sais pas, venir à mon hôtel, frapper à ma porte à 6 h du matin sept jours de suite. Alors je serai peut-être un peu en colère".

50 victoires cette année

Mais le récent vainqueur du Masters 1000 de Cincinnatil a su canaliser ce caractère de cochon sur le court pour gagner en efficacité dans son jeu, notamment avec l’aide d’une psychologue. Ce que confirme son coach, le Français Gilles Cervara : "Ils travaillent bien ensemble. S’il avait continué comme ça, ça lui aurait apporté des problèmes", juge-t-il, avant d’embrayer sur l’intelligence de son poulain, qui se ressent par son brio tactique face à ses opposants et son jeu atypique : "Il est assez intelligent pour comprendre s’il a bien fait les choses ou non. J’ai déjà dit que c’était comme entraîner un génie. Parfois, un génie, vous ne le comprenez pas. Ils sont différents".

Cette transformation a pour conséquence une explosion des performances de Medvedev en 2019 : 3 titres, une future place de n°4 mondial, 50 matches gagnés en 2019, dont 37 sur dur.  L’intéressé confirme : "Cette mentalité, c’est ce qui me manquait avant. Mon meilleur résultat en Grand Chelem avant celui-ci, c’était un huitième de finale. Je pensais que c’était tellement dur de gagner un match en 5 sets. Mais ici, tout a fonctionné. J’ai gagné beaucoup de matches en 4 manches. Ça prouve mon bon état d’esprit, et ma bonne condition physique aussi".

Jouer contre-nature en finale ?

Son compatriote, Ievgueni Kafelnikov, a lui aussi ressenti cette évolution : "Ses bases sont moins fluides que celles d’un Rublev ou d’autres joueurs talentueux, comme Wawrinka par exemple. Mais il a une volonté de fer, c’est le plus important. Il tire le maximum de son potentiel. C’est le signe d’un joueur très solide et intelligent. J’ai l’impression qu’il a gagné en maturité".

Le lauréat de deux tournois majeurs (Roland-Garros 1996 et Open d’Australie 1999) a ensuite partagé son avis sur la manière dont Medvedev doit aborder le match le plus important de sa jeune carrière face à Nadal, "une machine, une bête sur le court", selon Medvedev. Et pour lui, le joueur de 23 ans va devoir renoncer à ce qui fait sa force.

"Tout dépend de son service. Son pourcentage de premières sera la clé du match. Le jeu de Danill est ainsi fait : plus le rallye dure, plus il a de chances de gagner le point. Mais ce sera l’inverse face à Nadal : Si les échanges durent, Nadal va le démolir", prédit-il. Ce qui s’était produit lors de leur unique affrontement, cet été en finale à Montréal (6-3 6-0). Avant de conclure : "Danill aura besoin de raccourcir les points, de monter au filet le plus possible. C’est l’exact contraire de son jeu, mais c’est sa seule chance de battre Nadal". L’exploit est à ce prix.