Getafe renverse aussi l'Europe

Il ne fallait pas leur dire deux fois. Getafe, après 12 saisons de suite à vivoter dans le ventre mou de Liga, est descendu en 2016. Pour remonter aussi sec, et enchaîner une huitième puis surtout une cinquième place la saison dernière, meilleur classement de l'histoire du club. Conséquence, une participation à la Ligue Europa, et le club de la banlieue de Madrid se qualifiera pour les 16emes de finale en cas de nul face à Krasnodar. Cependant, dans le premier bloc de Getafe en Liga, deux moments forts étaient quand même déjà sortis du lot : la sixième place de Liga en 2010, et ce mémorable quart de finale de C3 en 2008. La double confrontation face au Bayern avait été magique.

Après un 1-1 à l'aller à Munich, les Espagnols ont fait une « Séville 82 », menant 3-1 en prolongation jusqu'à cinq minutes de la fin, avant de se faire rejoindre à 3-3 et éliminer à la dernière seconde. Oliver Kahn, jeune retraité, en était époustouflé : « J'ai joué 140 matchs européens, je suis allé partout, à Madrid, Milan, Londres, Barcelone... Mais ça, c'est incroyable. En 40 ans, je n'avais jamais vu ça. » C'était la première saison de Getafe en Europe, et la seule jusqu'alors. Encore cinquièmes après 16 journées en championnat, les joueurs de José Bordalas viennent d'inscrire quatre buts en un match pour la première fois de l'histoire du club, lors du 4-0 face à Levante il y a dix jours.


"Getafe, c’est le sacrifice dans l’unité."



Alfonso Perez, international espagnol dans les années 2000, a donné son nom au stade. Quel observateur plus légitime pour expliquer ce qu'est Getafe ? « Affronter Getafe, c’est faire face à un bloc très compact, expliquait-il en fin de saison dernière (pour Eurosport), alors que le club jouait rien de moins que la qualification pour la Ligue des Champions. La solidarité devient essentielle dans leur tactique, surtout sur le plan défensif. Sur le terrain, j’ai l’impression que les joueurs ne s’arrêtent jamais de courir et d’aller au charbon… Du coup, si vous avez le malheur de concéder un but en premier, le match est quasiment terminé, car vous allez avoir toutes les peines du monde à égaliser. Getafe, c’est le sacrifice dans l’unité. »

Pas de stars, une marque parfaitement répartie : sept buts pour Angel - qui file tout droit vers le record de buts du club (voir plus bas) -, cinq pour Jaime Mata, trois pour Jorge Molina (trois buts pour Angel en Ligue Europa, deux pour Jaime Mata). « Pour certaines équipes importantes, qui ont plus de moyens que nous, c'est quand même difficile d'être en Coupe d'Europe, rappelle Bordalas, coach faiseur de miracles, en conférence de presse. On ne sait pas si on aura à nouveau la chance de la jouer... Alors, il faut se qualifier. » Dernier rappel historique : ce petit club de la banlieue de Madrid n'a été créé qu'en 1983, démarrant alors en cinquième division.