Pinot-Alaphilippe, la France rayonne sur le Tourmalet !

Reuters

Au fin du fond des Pyrénées, au sud du pays, on est sans doute trop loin de Paris pour tirer des conclusions définitives. Mais c'est l'endroit idéal, en ce moment, pour prendre un plaisir fou à voir les coureurs français animer le Tour, de jour en jour. Une semaine après leur coup de force commun vers Saint-Etienne, Thibaut Pinot et Julian Alaphilippe ont signé un doublé tricolore retentissant au sommet du Tourmalet en dominant à la pédale tous les autres favoris de la Grande Boucle. Le Franc-comtois était le plus fort de tous, sans discussion possible, et même s'il rêve du général, ce succès de prestige fait déjà son bonheur, lui qui accroche un nouveau sommet mythique, quatre ans après sa victoire à l'Alpe d'Huez.

"Depuis le début du Tour, j'y pensais à celle la, a confié Pinot, le souffle court, au micro de France 2. Le Tourmalet, c'est mythique. C'est le vélo que j'aime. Je suis content, gagner ici, c'est top." C'est un succès mérité pour la Groupama-FDJ qui a pris ses responsabilités, dans l'ascension finale, au relais d'une équipe Movistar qui a encore beaucoup roulé, dès le Soulor, pour pas grand-chose. L'écrémage s'est fait par l'arrière, sous l'impulsion de l'épatant David Gaudu, et les leaders ont craqué les uns après les autres, Yates, Martin, Quintana puis Porte et Mas, quand certains n'étaient passés par la fenêtre depuis longtemps, comme Romain Bardet, qui a fini dans le gruppetto.

Pinot a toujours "la rage"

Ils étaient une petite dizaine sous la flamme rouge, les meilleurs, et Pinot a fait la différence dans le dernier kilomètre, en s'imposant donc devant Alaphilippe, et le Néerlandais Steven Kruisjwijk. Egan Bernal, le joker de luxe d'Ineos, prend la cinquième place, une trentaine de secondes devant son leader, Geraint Thomas. Le vainqueur sortant a donné d'inquiétant signaux de faiblesse en lâchant dans les derniers hectomètres, et cela ne fait que rendre plus ouvert ce Tour, et on a du mal à ne pas repenser à cette 1'40" de perdue dans la bordure d'Albi par Pinot, qui serait 2e du général sans cela. Il est tout de même sixième, à un peu plus d'une minute du podium, et il est animé depuis lundi d'un esprit de revanche. "C'est un injustice, j'ai la rage, j'espère la garder jusqu'à Val-Thorens", a-t-il lancé.

La grande bataille en montagne ne fait en effet que commencer, avec encore une grosse journée dans les Pyrénées dimanche, et un triptyque qui s'annonce indigeste dans les Alpes la semaine prochaine. Au pointage du Tourmalet, Thomas est toujours le mieux placé des favoris, mais la menace Kruisjwijk se fait pressante, alors que Pinot, Buchmann et Bernal sont également dans le coup, en jambes, et bien placés. Mais devant tout le monde, avec plus deux minutes d'avance désormais il reste encore et toujours Alaphilippe. Cela fait deux jours que le Maillot jaune devait perdre du temps, et qu'il en reprend. 

"Ca a été une journée vraiment difficile, a-t-il toutefois réagi. Vers la moitié de l'ascension du Tourmalet, j'ai commencé à sentir mes limites. Mais tout le monde était à bloc, je me suis retourné, il n'y avait pas grand monde derrière moi." A l'arrivée, il n'y avait que Pinot devant et à ce rythme, on ne sait vraiment plus où va s'arrêter le Français. "Je commence à être cramé. Les étapes les plus dures arrivent. On l'a vu aujourd'hui, dès qu'il y a une défaillance, deux minutes d'avance ce n'est rien", prévient-il, en refusant toujours de s'inclure parmi les candidats à la victoire finale.