Ineos, et l'ombre de la Sky

Reuters

On ne les reconnait plus, et ce n'est pas seulement parce qu'ils ont changé de maillot. L'équipe Ineos que l'on voit sur ce Tour de France n'imprime pas du tout la même impression sur la Grande Boucle que sa devancière, la Sky (le changement de sponsor principal a eu lieu début mai). Chaque année depuis 2012, à une exception près (2014, chute de Froome, victoire de Nibali), la formation britannique écrasait la course d'une manière assez simple: domination dans les contre-la-montre, attaque dans la première grande étape de montagne et ensuite, rideau, des équipiers qui roulent trop fort et étouffent la concurrence.

Cette année, rien de tout ça. En première semaine, les Ineos ont plus ou moins volontairement laissé Julian Alaphilippe faire le spectacle. Dans les Pyrénées, ils ont subi la loi d'un autre Français, Thibaut Pinot, le plus fort de tous les favoris en montagne. Pour aller plus loin, les hommes de Dave Brailsford ne font que subir depuis le départ de Bruxelles, ce qui ne leur ressemble pas. Dans la bordure d'Albi, ils ont suivi le bon wagon, celui des Deceuninck-Quick Step. En montagne, on voit Movistar, Astana ou même Groupama-FDJ rouler. Jumbo-Visma est souvent en surnombre. Les équipiers Ineos ? Ils sont loin du compte, méconnaissables. Moscon est invisible, Castroviejo aussi, et on a connu Poels et Kwiatkowski bien plus influents.

"Tout est parfait pour nous", assure Portal

Et pourtant, si on fait un point sur le classement avant les Alpes, il n'y a qu'en le comparant aux années précédentes que le bilan des "Brits" est réellement décevant. Après tout, Geraint Thomas est deuxième du classement général, derrière un Maillot Jaune qui est loin de donner toutes les garanties. Egan Bernal est cinquième, à moins de 30 secondes du vainqueur sortant. Ce qui incite Nicolas Portal à afficher un certain optimisme face aux micros. "Tout est parfait pour nous, se réjouit le directeur sportif français des Ineos, heureux de pouvoir compter sur ses leaders. Ils peuvent la jouer tactique, jouer les deux cartes pour mettre la pression sur Julian ou sur Pinot. (...) Ce qui est bien c'est que nos gars sont stables. "G" (Thomas) a perdu du temps samedi, mais il était de retour dans le jeu dimanche."

Il faut rappeler que les Ineos ont eu une préparation perturbée, entre le forfait de Christopher Froome, l'abandon de Thomas au Tour de Suisse et la chute à l'entraînement de Bernal, qui l'a obligé à renoncer au Giro. En tenant de compte de cela, ils ne sont pas si mal, et, finalement, ils courent de façon très juste, compte tenu de leurs moyens. Dans les Alpes, si Alaphilippe craque, Thomas devra contrôler Pinot et Steven Kruisjwjik, et il pourra utiliser la carte Bernal. "Dans l'avant-dernière ascension (dimanche), Geraint m'a dit de faire mon propre Tour de France", a expliqué Bernal, qui a tenté de suivre l'attaque de Pinot dans le Prat d'Albis, laissant Thomas avec Poels. Mais le jeune Colombien l'assure: "Le plus important, c’est d’aller chercher le Maillot Jaune. Si à n’importe quel moment je dois me sacrifier pour que Geraint Thomas gagne le Tour, je le ferai avec plaisir."

Ces dernières années, les Sky n'avaient pas pour habitude d'être au top de leur forme en troisième semaine, puisqu'il était plutôt question pour eux de défendre leur avance au général. Mais cette année, tout est différent. Pour les Ineos, comme pour leurs adversaires. Jusqu'à quel point ? On aura la réponse à Val-Thorens, samedi soir, à la veille de Paris. Pas avant.