VI Nations - Et une nouvelle charnière, une !

XV de France

Ce n’est pas encore la république des joueurs, que certains appellent de leurs vœux et qui dans l’histoire du rugby français a pu faire ses preuves, mais c’est un début: l’annonce de la composition du XV de France pour affronter l’Ecosse samedi, au Stade de France (15h15), a été anticipée – elle était prévue jeudi, selon le protocole habituel, à 48 heures du match - "à la demande des joueurs" lors d’un conciliabule destiné en début de semaine à crever les abcès ou en tout cas à les mettre dans les meilleures dispositions.

Une libération de la parole toute relative quand on constate que la composition du jour est surtout la conséquence d’une directive présidentielle: Bernard Laporte n’a pas encore repris les rênes de cette équipe à la dérive, mais il a imposé sa sanction au sélectionneur et à son staff en exigeant la mise à l’écart des deux Clermontois à la langue trop bien pendue, après la déroute contre l’Angleterre (44-8). Morgan Parra et Camille Lopez ont eu le malheur de mettre publiquement en doute la pertinence du projet de jeu ou plutôt son absence ; ils le payent sèchement, puisque ni l’un ni l’autre ne figurent dans le groupe des 23 Tricolores retenus pour ce nouveau match de la peur face au XV du Chardon dans une enceinte annoncée à guichets fermés. 80 000 spectateurs, dont on n’ose à peine imaginer la réaction en cas de troisième revers de rang, qui ouvrirait en grand la voie vers une cuillère de bois. (*)

"Uniquement des critères sportifs" (Brunel)

"On se base uniquement sur des critères sportifs, assure Brunel, qui jurait pourtant à la veille de ce Tournoi que Parra serait l’une des clés de voûte de son groupe en vue du Mondial au Japon. On n'a pas eu le rendement qu'on attendait. Antoine (Dupont) et Romain (Ntamack) ont montré de la qualité quand ils sont rentrés, ça justifie que l'on change les choses", explique-t-il. Sans s’attarder plus que nécessaire sur le fait que Ntamack, sur ses 15 titularisations avec le Stade Toulousain cette saison, n’en a connu que trois à l’ouverture, fut-ce le poste où il a été formé. "Ntamack n'a aucune préférence particulière de poste. Même lorsqu'il est au centre il est organisateur du jeu, je ne pense pas que ça pose problème. On travaille avec lui dans cette position-là." Nous voilà rassurés, ou pas.

Et c’est toute cette sélection face à l’Ecosse qui découle du diktat présidentiel, puisque sans Parra, ni Lopez, il fallait un buteur aux Bleus. Un rôle qu’assumera le jeune Thomas Ramos (23 ans, 1 sélection), préféré à Maxime Médard, pourtant remis de sa commotion, et bombardé à l’arrière, où il succède à Huget, qui malgré son naufrage anglais sauve sa tête et glisse à l’aile – Gaël Fickou est décalé au centre pour faire la paire avec Mathieu Bastareaud. Ramos qui, "même s’il a été gourmand" lors de son entrée en jeu, pour ses débuts à Twickenham, "a montré qu’il n’appréhendait pas le contexte…" Dans ce contexte, il n’y a bien que le retour au poste de flanker de Wenceslas Lauret, au relais de Yacouba Camara, décevant pour son retour contre le XV de la Rose, qui apparaisse comme le fruit d’un pur choix sportif.

Un plan sportif sur lequel Brunel conserve un soupçon de lucidité: "Je ne pense pas que l’Ecosse a peur de nous. Vu la prestation contre l’Angleterre, elle doit être confiante et elle va venir avec ambition à Paris, pressent-il. Ce qui m’importe, ce n’est pas que l’Ecosse soit au courant 48 heures avant (de la composition), c’est que mes joueurs soient dans les meilleures dispositions."

Le XV de France : Ramos - Huget, Bastareaud, Fickou, Penaud - (o) Ntamack, (m) Dupont - Iturria, Picamoles, Lauret - Lambey, Vahaamahina - Bamba, Guirado (Cap.), Poirot.

Remplaçants : Chat, Falgoux, Aldegheri, Willemse, Alldritt, Serin, Belleau, Médard.

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(*) Les Bleus achèveront cette édition 2019 par 2 déplacements en Irlande (le 10 mars) puis en Italie (le 16 mars).


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