Le prono de Sir Wilko avant la finale

Reuters

Son drop, fatal à l’Australie, en finale du Mondial 2003, est resté gravé à jamais dans toutes les mémoires. Et c’est tout naturellement qu’on se tourne vers Sir Jonny Wilkinson, le héros du premier sacre d’une nation de l’hémisphère nord dans la compétition, à la veille d’une nouvelle consécration potentielle du XV de la Rose samedi, à Yokohama (10h), face à l’Afrique du Sud en finale de la Coupe du monde au Japon.

« Wilko » se pose là, comme l’homme de la situation, pour distiller ses meilleurs conseils. Parce qu’il a eu ce privilège de soulever le trophée Webb-Ellis, mais aussi parce qu’il a perdu quatre ans plus tard une finale contre les Springboks. C’était en 2007 au Stade de France. Prêt aujourd’hui à accueillir ses héritiers en position de lui succéder au palmarès, l’ancien Toulonnais veut croire que les joueurs d’Eddie Jones non seulement n’ont pas joué leur finale avant l’heure en écœurant les tenants du titre néo-zélandais en demi-finales, mais qu’Owen Farrell et ses partenaires sauront s’inspirer de cette démonstration de force pour prendre la mesure de l’autre géant du Sud.     

"L'Angleterre va gagner"

"Les Anglais ont gagné parce qu'ils ont pris un maximum de risques, analyse Wilkinson sur le site de la compétition. Ils se sont jetés dans l'inconnu avec moins de retenue que les Blacks. C'est ce qui leur a permis de mieux démarrer la rencontre et d'étouffer la Nouvelle-Zélande. La défense anglaise a été extrêmement proactive. Ils mettaient autant d'ardeur à défendre qu'à attaquer."

Forcément fuse la question de savoir si cette nouvelle équipe d’Angleterre est supérieure à la formation qu’il emmenait en 2003 : "Le jeu a changé, et les joueurs aussi. Mais je pense qu'une victoire représenterait un grand pas en avant, et que cela aiderait les gens à comprendre que l'Angleterre n'est pas un parent pauvre du rugby de l'hémisphère sud, du moins à l'heure actuelle."

Sa mise en garde ? "Contre l'Afrique du Sud, l'Angleterre peut gagner, mais le danger serait de s'attendre à ce que les Springboks jouent comme en demi-finale, prévient-il. L'Afrique du Sud avait un plan de jeu pour battre le pays de Galles, et elle a suivi ce plan. Samedi, elle aura un plan de jeu pour battre l'Angleterre – et ce plan de jeu sera différent." Difficile toutefois d’imaginer les Springboks se départir de leur jeu tout en puissance, que Wilkinson décortique à merveille…

"Ils vous encerclent et vous donnent l'impression que le terrain est minuscule, comme si vous aviez 20 adversaires autour de vous, décrit-il avec toujours la même passion. Et ils sont très explosifs, ce qui signifie qu'ils peuvent transformer des phases de jeu insignifiantes en situations extrêmement dangereuses. Un ballon anodin qui vous échappe des mains, ils prennent la ligne d'avantage, percutent… puis d'un coup, en deux secondes, ils ont nettoyé le ruck, s'emparent du ballon et vous enfoncent de 50 mètres. (…) Ils sont très bons pour inverser les rapports de force. On va devoir bien gérer ces phases de jeu. Tout en gardant à l'esprit qu'avec ces mecs, il vaut mieux éviter que ça tourne au bras de fer. Il faut qu'il y ait de la variété et de l'équilibre dans notre jeu. Et il faut qu'on maintienne notre discipline, car en face ils ont un buteur sans pitié (Handré Pollard) et un numéro 9 (Faf de Klerk) qui est un maillon absolument essentiel de leur système de jeu. Et bien sûr, ils ont cette explosivité physique, cette intensité féroce." Et lorsqu’on finit par réclamer son pronostic au champion du monde 2003 : "Mon prono ? Je suis anglais et je travaille pour l'équipe d'Angleterre (*), alors l'Angleterre va gagner. Mais je pense que ça va être très, très serré."

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(*) Wilkinson a eu depuis la nomination d’Eddie Jones à la tête de l’équipe d’Angleterre un rôle informel de consultant pour le jeu au pied.