Kaepernick marche seul

En 2012, Colin Kaepernick explose à la face de la NFL. Quarterback remplaçant d’Alex Smith chez les 49ers, il porte la franchise mythique de San Francisco vers une participation au Super Bowl (2013) puis une finale de conférence (2014). « Un afro hyper charismatique, avec ses tatouages et des qualités athlétiques hors normes, se souvient Lionel Buton. Il n’était pas monumental en pourcentage de passes, il fonctionnait par petits à-coups explosifs. Il était capable d’envoyer des missiles, mais sa précision et son toucher étaient très loin d’un Patrick Mahomes, par exemple. »

Et puis, en 2016, alors qu’il n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été deux ans plus tôt, vient cette prise de position forte qui changera tout : Kaepernick n’est plus un joueur de football US, il est le représentant presque n°1 de la cause des personnes noires face aux violences policières, lorsqu’il décide de poser le genou à terre – plusieurs fois de suite – au moment de l’hymne américain, en signe de protestation. Donald Trump, en pleine campagne présidentielle, l’insulte. Adulé ou détesté, il ne laisse plus personne indifférent. Lors du dernier classement ESPN des sportifs les plus influents au monde (en mars 2019), Kaepernick, sans contrat depuis trois ans, était encore 57eme et troisième joueur de NFL derrière Tom Brady (31eme) et Odell Beckham Jr (51eme).


« La somme de 80 millions de dollars, qui n’a pas été confirmée clairement, lui a été versée par la NFL, histoire d’acheter son silence en quelque sorte, rappelle notre journaliste. Il est resté droit dans ses bottes et fidèle à ses opinions. Aucun ne l’a suivi et il le savait, car tout le monde n’allait pas s’en sortir comme lui avec 80 millions… Il agit auprès des associations, il a monté sa maison d’édition et va sortir un livre. Il est toujours en contrat avec Nike et essaie de surfer sur ce côté médiatique. » Officiellement, Kaepernick veut toujours jouer : « En novembre, il a délocalisé une session de lancers, à vide, pour montrer durant une heure devant les caméras qu’il était encore capable. Normalement, c’était censé être organisé à huis clos par la NFL… »

Mais Kaepernick le sait lui-même : sa carrière de joueur est bel et bien terminée. « Sans mauvais jeu de mot, il est complètement blacklisté. Il divise l’opinion, il provoque des distractions. Et puis, il y a une floppée de super quarterbacks qui sont déjà sur le marché… » Un avenir en consultant TV, alors ? Notre spécialiste NFL est tout aussi catégorique : « Il est grillé, aucune chaîne ne prendra de risque avec lui. Drew Brees, qui aurait pu partir à la retraite, a déjà signé pour NBC. Tony Romo, sur CBS, fait un carton. Il y a trop de polémiques autour de Kaepernick. On peut imaginer qu’il y aura plutôt des documentaires sur lui, des choses comme ça… Et alors que l’immense majorité des joueurs de son genre, dix ans après leur fin de carrière, retombent dans l’anonymat, ce ne sera pas son cas. »

Au niveau purement sportif, si on peut regretter l’éventualité d’un gâchis, l’histoire de Kaepernick confirme surtout une chose, que Lionel Buton assène en guise de conclusion : « En NFL, le succès ne vient jamais tout seul. C’est impossible, il faut l’organisation autour. Alors qu’en NBA, LeBron James peut emmener n’importe quelle équipe en playoffs. » Le duo historique des Patriots en est la meilleure preuve, si l’on s’en réfère à l’attelage quarterback - coach (Tom Brady et Bill Belichick), et celui naissant chez les Chiefs le confirme (Mahomes et Andy Reid). Kaepernick, lui, est habitué à marcher seul.

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