Natation : Bonnet a décidé de jouer la carte Lucas, elle raconte

De la souffrance (parfois extrême) au quotidien, des kilomètres en piscine à la pelle (et même dans une eau très froide au petit matin par moment) et l'obligation de se forger très vite un mental d'acier pour pouvoir résister à ce rythme et cet entraînement commando... Charlotte Bonnet savait à quoi s'attendre lorsqu'elle a décidé de confier sa destinée à Philippe Lucas. Stakhanoviste (pour ne pas dire bourreau de travail), l'ancien entraîneur de Laure Manaudou du temps de sa splendeur ne recule devant rien pour faire de ses protégées des championnes. Bonnet, qui avait probablement d'un coach aussi exigeant après son échec des Jeux de Tokyo, où elle s'était cassé les dents aux portes de la finale sur 100m comme sur 200m, a pu s'en rendre compte dès ses premiers jours passés avec celui qui est devenu au retour du Japon le nouveau directeur du pôle excellence de nage en eau libre de Martigues. C'est d'ailleurs dans la piscine extérieure des Bouches-du-Rhône que la médaillée de bonze des Jeux de Londres 2012 (elle avait alors 17 ans) a préparé les Championnats de France en grand bassin, qui s'ouvrent ce jeudi à Montpellier à une semaine des Mondiaux d'Abu Dhabi en... petit bassin. Non sans peine. Bonnet avoue d'ailleurs dans L'Equipe à quelques heures de débuter cette compétition qui la verra s'aligner sur six distances (100m, 200m, 400m, 100m papillon, 200m 4 nages, 400m 4 nages) qu'elle a lâché à plusieurs reprises. Et pas uniquement dans la tête. La Niçoise a serré les dents. Comme ce soir où lancée sur 24 séries de 100m, elle s'est arrêtée dès la huitième et a craqué, en larmes. "Philippe m’a demandé de repartir à mon rythme. J’ai fini mais j’avais honte. J’ai peur de le décevoir. Et ce n’est pas normal de réagir comme ça."

Bonnet : "Il faut que je sorte de mon confort"


Très dur à vivre sur le moment, cet épisode lui a néanmoins fait comprendre que c'est un coach comme Lucas qu'il lui fallait pour se remettre de sa "lente descente aux enfers" et tenter de retrouver les sommets. Même si elle a conscience de (re)partir de loin. "Philippe doit me mettre dans des situations d’échec, ce dont je n’ai pas l’habitude. Il faut que je me heurte à un mur, que je sorte de mon confort", reconnaît la compagne (et future épouse du nageur suisse Jérémy Desplanques), elle que Lucas a pris sous sa coupe dès les Jeux de Tokyo alors que Fabrice Pellerin, son entraîneur de toujours, avait refusé de l'accompagner au Japon. "Il me fallait quelqu’un qui me booste, me donne de l’énergie. À l’échauffement, on rigolait, ça me faisait oublier que je n’étais pas bien dans l’eau, que ça allait forcément mal s’y passer", se souvient la quintuple championne d'Europe. Dans l'Hérault, Bonnet, qui n'en reste pas moins la chef de file de la natation française, briguera un... 19eme titre. Il porterait fortement l'empreinte de Lucas.

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