Bordeaux - L'épineux cas du Matmut Atlantique loin d'être réglé

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Construit pour l’Euro-2016 dans le nord de Bordeaux, ce vaste édifice rectangulaire et intégralement blanc, se présente comme "la plus grande enceinte sportive et culturelle du grand Sud-Ouest", avec 42.115 places assises. Son toit plat est maintenu par une forêt de poteaux censés rappeler les longs pins des Landes de Gascogne. Son fonctionnement implique trois acteurs majeurs: le propriétaire Bordeaux Métropole, l’exploitant Stade Bordeaux Atlantique (SBA, filiale de Vinci et Fayat) et les Girondins. Chacun est lié aux deux autres par une convention. Par exemple, un Partenariat public privé (PPP) entre la métropole et SBA. 

Pour aider les Girondins, qui doivent lui verser chaque année environ 5 millions d'euros de loyer, la métropole a décidé en juin d'étaler jusqu'en 2026 le paiement d'une dette de 5,9 M EUR et des loyers des saisons 2021-22 à 2024-25. Son président Alain Anziani (PS) l'a maintes fois répété, spécialement quand planait la menace d'une liquidation judiciaire en cas de relégation en National : "Il n'y aura pas d'impôts Girondins!". L'affirmation reste valable en L2. Le club a réduit la jauge du stade à 22.000 spectateurs par souci d'économies et devrait avoir moins de revenus de billetterie qu'en L1.

"Exploitation structurellement déficitaire"

Avec un budget annuel de 1,8 milliard d'euros, la métropole explique qu'elle peut se permettre une certaine souplesse vis à vis du loyer des Girondins. Pour Bordeaux Métropole, le coût prévisionnel du stade (différence entre les recettes et les dépenses) sur la période 2022-2045 (fin du PPP) est de 86 M EUR, explique une source proche du dossier. Parmi les dépenses, la métropole verse une redevance à SBA (Vinci-Fayat) pour avoir construit le stade (11 M EUR selon le journal Sud Ouest). Parmi les recettes, elle encaisse de SBA une redevance d'environ 4,5 M EUR sur l'exploitation. C'est là le coeur du problème car SBA, depuis 2015, n'a jamais gagné d'argent: "L'exploitation du stade est structurellement déficitaire d'environ 3 M EUR par an", explique une autre source proche du dossier. Elle évoque un "contrat déséquilibré" à cause de "décalages" et de "changements" dans les conditions d'exploitation intervenus après le montage initial. Selon cette source, les deux actionnaires ont réinjecté 15 M EUR il y a quelques mois mais ne peuvent pas continuer à financer ce stade à perte : "Le risque, c'est le dépôt de bilan" de l'exploitant.

"L'UBB ? Inenvisageable"

Une situation dont la métropole est parfaitement consciente. "Entre SBA et nous, le contact est permanent et la confiance réciproque", assure Alain Anziani, qui envisage des discussions sur la façon "de réduire le coût d'exploitation du stade". Pour certains observateurs, un déménagement au Matmut des rugbymen de l'Union Bordeaux-Bègles, qui attirent régulièrement la foule au stade Chaban-Delmas, auquel les Bordelais sont très attachés, pourrait être une solution. Mais pour son président Laurent Marti, c'est "inenvisageable". "Je lui ai déjà proposé mais, pour lui, les conditions économiques ne sont pas réunies", explique à l'AFP M. Anziani. Selon une source proche du dossier dans la sphère politique, c'est en fait toute la question du PPP bordelais qui est à reposer: "Il y a un nouveau modèle économique à trouver", dit-elle.

Un acteur, certes indirect, semble toutefois trouver son compte: la Matmut, qui verse "une vingtaine de millions d’euros" sur dix ans à SBA pour donner son nom au stade jusqu'en 2025. L'assureur assure à l'AFP que "jusqu'à présent, cet accord de naming (lui) a donné satisfaction". Mais cherchera-t-il à le renouveler ? Dans un contexte incertain, Bordeaux Métropole garantit que les cinq matches du Mondial-2023 de rugby et les sept rencontres des tournois de football des JO-2024 prévus au Matmut Atlantique auront bien lieu, quoi qu'il arrive.


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