Ligue 1 Conforama - AS Saint-Etienne / Julien Brun : "M'Vila, un joueur qu'il faut voir au stade"

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Julien Brun, comment jugez-vous le début de saison de Yann M’Vila ? 
Il a eu un peu le même type de saison que Saint-Etienne avec des moments très bons et d’autres un peu moins bons mais c’est un joueur qui ne s’est jamais écroulé, quoi qu’il arrive. Le club non plus mais il a toujours un niveau qui fait, qu’au minimum, il aura 5/10 sur un match. Sa doublette avec Selnaes fonctionnait bien mais le Norvégien vient de rejoindre la Chine. Là, il va falloir qu’il retrouve des automatismes avec son remplaçant, Youssef Ait Bennasser, qui est un bon joueur mais il y a des choses à reconstruire au milieu de terrain. Quoi qu’il arrive, quel que soit le mec à côté de lui, il ne fait jamais un mauvais match. 

Pour vous, a-t-il retrouvé son niveau de ses plus belles années, avec le Stade Rennais notamment ?
C’est difficile de se prononcer car, à l’époque, avec Rennes, il enchaîne une vingtaine de sélections avec la France (22) où on se disait qu’il était intouchable. On pensait alors que ça allait être le milieu de terrain de l’équipe de France pendant les dix années suivantes. S’il avait été tout le temps à ce niveau, il serait encore chez les Bleus. Là, il n’en est pas encore question donc ça veut dire qu’il n’est pas revenu complètement à ce niveau. Ce qui est certain, c’est que, depuis qu’il a quitté Rennes, il n’a jamais été aussi proche. 

M’Vila a le 3ème plus gros temps de jeu de Saint-Etienne cette saison en Ligue 1. Il semble débarrassé de ses soucis physiques… 
Physiquement, il est au point et ce qui est sûr aussi, c’est qu’il est parvenu à retrouver la confiance. Cela va de pair : quand tu as des pépins musculaires, des soucis récurrents, c’est, que parfois, dans la tête, ça ne va pas ou dans la manière de fonctionner. Je ne dis pas du tout qu’il vivait d’une mauvaise manière mais là on sent qu’il y a une sérénité qui est apportée à la fois par rapport à son positionnement et au fait que, dans le club, il a tout de suite été placé comme un joueur important, si ce n’est le plus important. Le fait d’avoir la confiance de Jean-Louis Gasset qui l’a fait venir et de lui assurer la continuité qui lui manquait depuis plusieurs saisons, lui a permis de se retrouver à la fois mentalement et aussi physiquement. Il n’a plus le souci de savoir quel joueur il est.

M'Vila


C’est peut-être ce qui lui manquait : un entraîneur qui lui fait confiance et un club un peu plus « tranquille » pour s’épanouir…
Après, c’est un club compliqué Saint-Etienne. Il ne s’est pas relancé dans un petit club. L’ASSE est un gros club où il y a beaucoup de pression de la part des supporters. Au niveau des dirigeants, ça n’est pas toujours simple donc ça n’était pas une sinécure de revenir à Saint-Etienne. Mais l’élément important, c’est Jean-Louis Gasset. Il savait qui il prenait et c’est lui qui lui a amené cette tranquillité. M’Vila a acquis maintenant le soutien absolu du public grâce à ses prestations sur le terrain, mais ça a pris du temps. Sainté, ça n’est pas un petit club familial, c’est une grosse institution.

Selnaes avait réalisé un gros début de saison avant de partir. Que change l’arrivée d’Ait Bennasser pour M’Vila d’un point de vue tactique ?
Il y avait plus de « certitudes » avec Selnaes. Les rôles étaient dessinés même si leur profil était un peu le même : le fait de savoir jouer long, dans la profondeur. Ce qui est bien pour M’Vila, c’est que Selnaes comme Ait Bennasser sont des vrais joueurs de foot. Il n’a pas un « bourrin » à côté de lui. S’il récupère un ballon et que lui n’est pas en position de faire une bonne passe qui casse la ligne, il pouvait décaler pour Selnaes avant et maintenant pour Ait Bennasser, et l’autre peut effectuer cette fameuse passe. Je ne dis pas que ça lui enlève de la responsabilité mais ça lui permet de partager les responsabilités dans la première phase de création du jeu. La différence, c’est que Selnaes restait beaucoup dans son rôle de récupérateur, sans trop se projeter, alors qu’Ait Bennasser peut quasiment jouer numéro 10, il l’a déjà fait. 

En termes de volume, M’Vila est assez énorme depuis le début de la saison. Au niveau des stats, c’est un peu moins ça avec une seule passe décisive et aucun but inscrit… 
Il n’a jamais marqué avec Sainté depuis qu’il est arrivé de toute façon. C’est ce qui lui manque mais c’est compensé avec tout le boulot qu’il abat et toute son intelligence tactique. C’est un joueur qu’il faut voir au stade particulièrement : la manière dont il arrive à chaque fois à compenser, à se positionner. Au niveau tactique, c’est vraiment un joueur exceptionnel. Cela permet aux latéraux de monter et d’apporter des stats : si Mathieu Debuchy et Gabriel Silva ont été autant décisifs, c’est parce qu’il y a M’Vila. Leurs montées sont compensées par M’Vila et ils le savent. Même si statistiquement, sa présence ne se voit pas forcément, il permet aux autres d’avoir des stats ! Et ça, Jean-Louis Gasset, comme les coachs adverses, en sont bien conscients.

Que peut-on attendre de lui face à Dijon ce soir (19h00 - beIN SPORTS 1) ? 
Disons que Dijon est une équipe qui a beaucoup de failles défensives. Ce qui sera intéressant, au-delà de son rôle classique de compensation des montées, c’est de voir s’il arrive à transpercer les lignes pour parvenir à trouver plus directement les attaquants. Quand il l’avait à Rennes, Frédéric Antonetti disait de lui qu’il avait la « passe Ligue des Champions », celle qui est fouettée, très forte à ras de terre et qui casse les lignes. On va voir ce soir s’il arrive à en réaliser face à une équipe qui, derrière, a pas mal de soucis.

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