Anice Badri : « La grinta qui m’anime m’aide beaucoup »

Reuters

Anice Badri, deux ans après votre arrivée à l’ES Tunis, vous vous apprêtez à disputer la Coupe du Monde des clubs. Quelle ascension…

Oui, cela fait deux ans et demi que je suis en Tunisie maintenant. Depuis mon arrivée, il y a eu beaucoup de choses positives pour moi. J’ai disputé la Coupe du Monde 2018, j’ai remporté deux championnats, la Coupe de Tunisie, une Coupe Arabe, la Ligue des Champions d’Afrique et aujourd’hui je vais disputer la Coupe du Monde des clubs. Je suis extrêmement heureux de cette progression et de mon passage en Tunisie. Au final, ça été un excellent choix pour moi d’être venu à l’Espérance.

Votre parcours est assez atypique. Pouvez-vous nous en parler ?

Mon parcours est peu académique, c’est vrai. J’ai débuté à Lyon à l’âge de 13 ans jusqu’à mes 16 ans. Ensuite, j’ai dû arrêter le football une année puisque je m’étais blessé. J’ai repris à 18 ans en région lyonnaise à Saint-Priest en 18 ans Nationale. Après ça, je suis parti en CFA 2 à MDA Chasselay, puis en CFA avec la même équipe. Durant cette période, ça a été dur puisque je travaillais à côté du football. Entre 2008 et 2010, j'ai quitté l'école pour travailler. J'ai bossé un petit peu partout en intérim et avec mon frère. J'ai été manutentionnaire, préparateur de commandes dans la logistique. Il fallait concilier les deux et je suis resté comme ça deux bonnes années.

Puis Lille est venu me chercher en 2010 après deux matchs disputés en CFA. Dans le Nord, j’ai passé trois belles années, ce qui m’a aidé à signer un contrat pro de quatre ans. Une fois chez les pros, j’ai souffert d’une pubalgie pendant un an. C’est une blessure qui m’a freinée. A ma reprise, j’ai été prêté à Mouscron en Belgique où j’ai passé trois bonnes années avec de bonnes statistiques. Mais malheureusement, je n’ai fait que des demi-saisons à cause de blessures au dos, aux adducteurs… Pourtant, je faisais de bonnes saisons mais en raison de ces blessures, ça a été dur de franchir un cap. En 2016, j’ai rejoint l’ES Tunis avec beaucoup de réussite à la clé. 

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Aujourd’hui, comment jugez-vous votre choix d’avoir signé à l’ES Tunis ? 

C’est un choix exceptionnel ! Un choix très positif. C’est l’un des meilleurs choix de ma carrière. Il y avait pas mal de personnes qui disaient que je méritais beaucoup mieux que de venir en Tunisie et que c’était un mauvais choix. Personnellement, j’ai toujours su que c’était un bon choix. Avec l’Espérance, j’ai grandi et grâce à ce club, j’ai pu participer aux plus belles compétitions du monde comme la Coupe du Monde ou la Coupe du Monde des clubs. J’espère que ça va continuer. Je suis en tout cas très fier d’avoir rejoint un grand club comme celui-ci, avec une ferveur exceptionnelle et des supporters magnifiques qui vivent pour le club. L’Espérance, c’est une équipe que je n’oublierai jamais.

Qu’avez-vous connu de différent au sein de ce club ?

Par rapport à mon passage en Belgique, c’est la culture de la gagne. Je suis dans un club qui ne vise que la victoire à chaque match. L’ambition y est énorme avec un public exceptionnel. Ce club est apprécié partout en Tunisie. Il donne beaucoup de sourire aux gens. J’ai connu beaucoup d’amour et de pression. 

Cette année 2018 a été exceptionnelle pour vous. Quel a été votre secret ?

J’ai disputé la Coupe du Monde avec la Tunisie, je termine avec la Coupe du Monde des Clubs avec l’Espérance. Entre temps, j’ai remporté la Ligue des Champions 2018 en finissant meilleur buteur avec 8 buts. J’ai remporté le championnat de Tunisie et cerise sur le gâteau, j’ai été nommé parmi les 10 meilleurs joueurs africains. J’en suis très heureux. C’est une belle récompense. Le secret, c’est beaucoup de travail au quotidien et beaucoup de sérieux. Il faut beaucoup de discipline et d’expérience pour rester à un bon niveau. J’ai 28 ans et même si je suis encore jeune, j’ai quand même un peu de vécu. J’essaie de bien observer et d’assimiler les choses rapidement. Mais le plus grand des secrets, je pense que c’est mon fort caractère. La grinta qui m’anime m’aide beaucoup.

Justement,  vous venez d’être nommé parmi les dix meilleurs joueurs africains en compagnie des plus grands. Comment le vivez-vous ? 

Quand on voit les neuf autre noms, Mané, Salah, Aubameyang, Mahrez et j’en passe… C’est très flatteur de faire partie de cette liste. C’est une récompense qui me montre qu’il y a des gens qui croient en moi. Avec le travail, on finit toujours par progresser. Je me dis aussi que j’ai le niveau pour aller me frotter aux meilleurs. 

A 28 ans et après avoir tout gagné avec l’ES Tunis, quelle est la prochaine étape ?

La prochaine étape, je n’en ai aucune idée. On va voir tout ce qui va se présenter à moi. Je vais être à l’écoute de toutes les offres, quelles viennent d’Europe ou du Moyen-Orient. Honnêtement, je réfléchis beaucoup en ce moment. Je continue à réfléchir pour prendre la meilleure décision possible comme je l’ai toujours fait. En tout cas, après mon aventure à l’Espérance, je rejoindrai un très bon club présent au moins dans le Top 3 de son championnat.

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Plusieurs clubs européens vous suivent. Un retour en Europe est-ce envisageable ?

Oui, j’ai vu que quelques clubs en Europe me suivent depuis plusieurs mois. Bien sûr, un retour en Europe est envisageable. Je suis un compétiteur. On verra ce que le futur va nous réserver mais en tout cas, c’est très flatteur et encourageant. 

Vous affrontez Al Ain ce samedi. Dans quel état de forme êtes-vous ?

Dans quelques heures, on va affronter Al Ain pour nos grands débuts. L’état de forme est très bien. On a fait un bon travail de récupération. Il y a beaucoup de discipline dans le groupe. L’équipe est prête, physiquement et dans les têtes. On espère faire un gros match pour se qualifier. Al Ain est une belle équipe mais on a tous les moyens en notre possession pour remporter ce match. Si on passe, on affronte River Plate. J’ai pu les voir jouer lors de la finale de la Copa Libertadores. C’est une équipe avec une très grande histoire depuis des années. Il y a de très bons joueurs. J’espère vraiment affronter cette équipe mythique et les battre. On espère que le futur nous réservera cette belle affiche ! 

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Quelles sont les chances de l’ES Tunis dans cette compétition ?

Le niveau de notre équipe est très bien. A l’Espérance, il y a beaucoup de qualité. Il y a des joueurs de très bon niveau et on les retrouve en sélection nationale.  Il y beaucoup d’expérience et de discipline. Mon objectif est d’arriver en finale. On va essayer déjà de passer ce premier tour important. On rêve d’une finale face au Real Madrid, ce serait le scénario idéal. 

Pouvez-vous nous présenter votre équipe avec quelques éléments à suivre de près ?

Il y a beaucoup de joueurs intéressants. Pour en citer quelques-uns, il y a Koulibaly dans l’entrejeu qui a une très grande force physique avec beaucoup de technique et une intelligence dans le jeu. Il y a aussi Franck Kom à ses côtés, c’est beaucoup de puissance avec une excellente vision de jeu. On peut citer aussi Youssef Belaili, ailier gauche algérien très technique, qui percute très bien en un contre un. Il y a aussi un joueur à suivre de très, très près, c'est Aymen Ben Mohamed, notre latéral gauche. C'est vraiment un excellent un joueur avec énormément de qualités. C'est un joueur polyvalent, très agressif, très rapide et très intelligent dans le jeu. Il est offensif et capable de boucler son couloir. Il a 24 ans et il est en plus en fin de contrat. C'est vraiment un élément à observer de très près. Enfin, on a aussi Taha Yassine Khenissi. Un attaquant rapide qui sait prendre la profondeur et habile devant le but. Il est intelligent dans ses déplacements. 

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La Tunisie a un nouveau sélectionneur en la personne d’Alain Giresse. Qu’en pensez-vous ?

On est actuellement aux Emirats et on a suivi l’information de loin. C’est un coach que je ne connais pas particulièrement. On espère qu’il fera du très bon travail et qu’il nous emmènera très loin lors de la prochaine CAN. On peut gagner cette compétition car il y a beaucoup de qualités dans ce groupe qui est encore jeune. On espère qu’il va nous apporter ce plus qui nous permettra de rêver en juin 2019.  


Nizar Hanini