Mondial : Morata, l'éternel héros mal-aimé

Panoramic

Huit minutes après son entrée en jeu à la place de Ferran Torres (54e), peu après l'heure de jeu (62e), l'avant-centre de l'Atlético Madrid a débordé Nikla Süle, et a coupé du pied droit un centre de Jordi Alba au premier poteau. Un but célébré avec deux poings rageurs serrés devant lui, et avec tout le banc espagnol venu lui sauter dessus: malgré l'égalisation signée Niclas Füllkrug (83e), grâce à ce nul, la Roja a déjà un pied en huitièmes de finale.

Avec cette réalisation, Morata, élu homme du match, est le troisième espagnol à avoir marqué le plus de buts en phases finales d'un Euro ou d'un Mondial. Seuls David Villa (13) et Fernando Torres (9) dépassent le Madrilène (8). Il aurait pu doubler la mise à la 90e, mais son incursion dans la surface a été contrée par le retour de Nico Schlotterbeck. Et à la 67e, il a fait pousser un nouveau murmure dans les travées du stade al-Bayt, mais a trop poussé son ballon pour espérer mieux.

 

L'attaquant que l'Espagne adore détester

 

Pressenti pour occuper la place d'avant-centre titulaire à la place de Marco Asensio, Morata a toutefois débuté le match sur le banc dimanche, comme lors de la balade contre le Costa Rica mercredi (7-0). Remplaçant, il était entré en jeu (déjà) à la place de Ferran Torres à la 57e minute, et avait scellé le 7-0 avec un but en toute fin de match (90e+2). Pour l'avant-centre de 30 ans, l'histoire est un éternel recommencement. Chouchou de Luis Enrique au début de l'Euro, à l'été 2021, Morata avait débuté le tournoi titulaire, certes, mais en-dessous de son niveau, avec d'innombrables occasions manquées. 

Raillé pour sa maladresse, moqué pour son apparente nonchalance, l'attaquant a toutefois toujours été soutenu par le sélectionneur espagnol. Interrogé sur la composition de la Roja pour le match de poules contre la Pologne, alors que le pays entier demandait la destitution de Morata, Luis Enrique avait lancé une réplique restée célèbre en plein Euro l'été dernier : "Qui jouera ? Morata et dix joueurs de plus". Résultat: reboosté, Morata avait fini par être l'un des héros de l'Espagne, équipe surprise de l'Euro. Il avait marqué lors de ce nul 1-1 contre la Pologne, et s'était montré décisif contre la Croatie en huitième de finale (5-3 a.p.) et contre l'Italie en demi-finale (élimination 1-1, 5-3 t.a.b.).

 

"Forme spectaculaire"

 

Et dimanche, rebelote. Doublé dans la hiérarchie par un Marco Asensio aux abonnés absents, c'est toutefois le Barcelonais Ferran Torres qu'il a remplacé à la 54e... avant de rappeler aux supporters qu'il a toujours sa place dans cette Roja rajeunie. "Alvaro est dans une forme spectaculaire. Il est frais, fluide, et nous apporte beaucoup de garanties", a salué le sélectionneur en conférence de presse d'après-match. "C'est difficile d'expliquer aux gens à quel point Luis Enrique m'a aidé", a glissé Morata dans un entretien à Marca, le journal le plus vendu d'Espagne, samedi. "Cela m'est égal d'être titulaire ou remplaçant, je ferai ce que me dira l'entraîneur", a-t-il appuyé dimanche soir après le match.

Avec 29 buts en 59 sélections, Morata, revenu à l'Atlético Madrid cet été après un énième détour par l'Italie, est toujours l'attaquant providentiel de "Lucho". Et malgré les critiques permanentes, l'Espagne sait qu'elle a affaire à un héros. Quand il a été touché à la cheville droite avec l'Atlético lors de la défaite 3-2 à Cadix fin octobre, c'est tout le pays qui a transpiré, craignant de devoir affronter le Mondial sans l'attaquant qu'il adore détester.


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