Mondial-2022: L'Allemagne orpheline de ses grands buteurs

Reuters

Au pays de Gerd Müller, Horst Hrubesch, Rudi Völler ou Jürgen Klinsmann, on n'a longtemps pas pu imaginer le football sans un "numéro 9" classique, posté devant le but pour convertir les dominations en victoires. Certes, les débuts de Flick comme sélectionneur en septembre ont été convaincants: trois matches, trois victoires, douze buts marqués, aucun encaissé. Mais les adversaires étaient le Liechtenstein, l'Arménie et l'Islande. Et la Mannschaft a autant brillé par ses occasions manquées que par sa supériorité intrinsèque.

Force est de constater que, depuis le titre mondial de 2014, l'Allemagne n'a vu émerger aucun "bombardier de la Nation" (le surnom de Gerd Müller dans les années 1970). Timo Werner, que l'on imaginait dans ce rôle lors de ses débuts à Leipzig, n'a pas complètement confirmé: son compteur affiche 19 buts en 45 sélections. La saison dernière, les six meilleurs buteurs de la Bundesliga étaient des étrangers. Le premier Allemand, Lars Stindl (Mönchengladbach), n'a marqué que 14 buts, très loin des Lewandowski (41), André Silva (28) ou Erling Haaland (27).

"Regard sur la balle" 

L'ancien sélectionneur Joachim Löw, pour parer à l'urgence, avait rappelé Klose (71 buts, recordman en sélection allemande) dans son staff pour lui confier l'entraînement des attaquants. Sans succès visible. Flick, lui, veut s'attaquer au problème bien en amont: "Il s'agit d'un devoir collectif de l'ensemble du football allemand et de sa fabrique de talents", dit-il. Depuis quelques années, la Fédération allemande a lancé un "projet buteurs". A l'entraînement dans les équipes de jeunes, on travaille spécifiquement les frappes dans la zone des dix mètres, en apprenant à fixer le regard sur la balle, et non sur le but, à l'instar des Lewandowski, Haaland et autres grands canonniers.

Selon Hrubesch, maître-buteur du grand Hambourg des années 1980, le problème vient d'abord des clubs: "Beaucoup d'équipes se focalisent plutôt sur les joueurs petits et agiles. Ce sont ces professionnels-là dont un entraîneur à besoin pour jouer le pressing et les transitions rapides, et du coup les grands attaquants ne sont pas favorisés". Et pourtant, "il faut de temps en temps un forceur de serrures", assure le colosse (1,88 m), champion d'Europe 1980 et finaliste de la coupe du monde 1982 avec l'Allemagne, devenu ensuite entraîneur.

"Tueur" 

"Devant, tu as besoin d'un tueur", renchérit un autre ancien international, Mario Gomez (31 buts en sélection), "mais quand on n'a pas d'avant-centre costaud, il faut trouver d'autres solutions, et c'est ce que fait Hansi Flick. Il s'appuie sur la polyvalence de ses joueurs". Serge Gnabry, Leroy Sané, lancés en profondeur ou au sortir d'un dribble, prouvent régulièrement qu'ils savent marquer des buts. Thomas Müller, dans son style inclassable de "faux neuf", a déjà scoré 39 fois en 106 sélections. Et la relève n'est pas loin: Jamal Musiala, la pépite de 18 ans du Bayern, le néo-international de Salzbourg Karim Adeyemi (19 ans, un but pour sa première sélection en septembre, auteur d'un doublé contre Lille récemment en Ligue des Champions), ou encore l'international Espoir de Wolfsburg Lukas Nmecha postulent tous pour les années à venir.

Contre la Roumanie vendredi, puis en Macédoine du Nord lundi, l'attaque qui se dessine semble être un quatuor avec Müller en électron libre, Sané et Gnabry sur les ailes, et Werner au centre. Mais, comme le dit Werner, "nous devrons tous être conscients que chaque occasion doit être saisie".


>