Les finales de Coupe du Monde : 1990, l'éloge de la tristesse

Dans l'idée purement comptable, le 0-0 de 1994 (Brésil - Italie) ou les 1-0 en prolongation de 2010 et 2014 (l'Espagne devant les Pays-Bas, puis l'Allemagne face à l'Argentine) seraient encore plus lénifiants qu'un 1-0 dans le temps réglementaire. Mais il y a la lettre et l'esprit : ce remake de la finale de 1986, quatre ans après le joli triomphe de Diego Maradona et sa bande (3-2), est ce qu'on peut appeler une purge. Le fait que l'unique but de Brehme, à cinq minutes de la fin, soit marqué sur penalty, est aussi un bon indicateur de la morosité et trop extrême tension des débats.

Les Argentins, meilleurs troisièmes au premier tour (après une défaite 1-0 face au Cameroun en ouverture, sur un but d'Omam-Biyik) puis qualifiés aux tirs au but en quarts (Yougoslavie) et en demies (Italie), ne peuvent même pas compter sur Claudio Caniggia, leur seul buteur à partir des huitièmes de finale étant suspendu. Diego Maradona, loin de sa volupté de 1986, n'arrive pas à élever son Albiceleste vers autre chose qu'une équipe défensive, sous la houlette de Carlos Bilardo. En finale, à Rome, les Allemands de Franz Beckenbauer - pas transcendants non plus, mais qui jouent tout de même mieux - ont quelques occasions en seconde période.

A la 65eme minute, Pedro Monzon, entré à la mi-temps, fauche Jürgen Klinsmann et reçoit un carton rouge. A la 81eme, c'est au tour de Roberto Sensini de commettre l'irréparable sur Rudi Völler dans la surface. Andreas Brehme est troisième dans la hiérarchie des tireurs, mais... « J'ai tout de suite su que j'allais le tirer, expliquait-il en 2014 au site de la FIFA. Nous avions trois tireurs désignés : Völler, mais la faute était sur lui, et dans ce cas il vaut mieux ne pas tirer soi-même ; Lothar Matthäus, mais il ne se sentait pas bien ; et moi. Alors, j'y suis allé. Völler est venu et m'a dit : 'Si tu le marques, nous sommes champions du monde.' Merci pour la pression ! » Le gaucher s'exécute et trouve la faille... du pied droit.

L'Argentine finit à neuf après l'expulsion de Gustavo Dezotti (87eme), l'Allemagne rejoint le Brésil et l'Italie avec une troisième étoile. Lors des treize précédentes finales, jamais le match suprême ne s'était terminé avec moins de trois buts, jamais le vainqueur n'avait marqué moins de deux fois et jamais le vaincu n'était même resté muet. Une symbolique bascule vers le football moderne, sans doute : lors des sept finales suivantes, seules deux accumuleront à nouveau trois buts. Les deux victoires de l'équipe de France.