Bleus : Un chantier, des doutes et des promesses

JB Autissier / Panoramic

Système en chantier

"Efficace" au tableau d'affichage en Suède (1-0) et contre la Croatie (4-2), mais "peut mieux faire" dans le contenu: Olivier Giroud a livré un bulletin de notes lucide, mardi depuis le Stade de France. Attaché aux résultats, mais aussi à la manière, le "père la victoire" Deschamps n'a pas non plus masqué les failles du nouveau système de jeu, en phase de test depuis trois matches.

"C'est le moment pour faire ça. Je préfère avoir les difficultés là que pendant la compétition", a expliqué le sélectionneur, tourné vers le prochain Euro (11 juin-11 juillet 2021). En septembre, il a persisté avec trois défenseurs centraux, deux pistons sur les côtés et Antoine Griezmann en soutien de deux attaquants. Mais la mayonnaise n'a pas trop pris.

"Les trois de l'axe c'est la première fois qu'ils jouent ensemble aussi... Il y a des choses à rectifier, on corrigera", a admis mardi le patron des Bleus, contraint de faire "beaucoup de changements" en raison d'un nombre élevé d'absents (blessés ou touchés par le Covid-19). Côté présents, les jambes n'étaient pas non plus très légères. "Dans ce système, si on est un peu passif, ça permet à l'adversaire de trouver des décalages", a relevé le capitaine Hugo Lloris.

Cadres émoussés et défense bancale

Au-delà du système, la reprise internationale a coïncidé, pour beaucoup, avec la fin des courtes vacances d'été. Olivier Giroud ou Adrien Rabiot par exemple ont ouvert leur saison en Suède, comme Clément Lenglet et Lucas Hernandez face à la Croatie. N'Golo Kanté n'a pas paru gêné par ce timing à Solna, mais ce fut plus difficile d'enchaîner à Saint-Denis. Pour Griezmann, l'inverse s'est produit. "Il avait besoin (d'enchaîner) après le premier match. Avec lui, plus il a de rythme mieux c'est", a noté Deschamps.

Coincé entre les états de forme disparates et un effectif rajeuni, le sélectionneur a testé deux défenses différents en septembre, avec le seul bizut Dayot Upamecano en point commun. En Suède, le joueur de Leipzig (21 ans) n'a pas connu un baptême tranquille avec Raphaël Varane et Presnel Kimpembe. Sa seconde sélection, au côté de Lenglet et Hernandez, a frôlé la catastrophe malgré un but rédempteur. Il n'a "pas été le seul à connaître des difficultés" et "il a su montrer de la personnalité, marquer un but décisif et gérer la fin de match", l'a soutenu Lloris.

Camavinga et Martial, plein phare

Sur ce chantier instable, Deschamps a néanmoins réussi à poser les jalons d'un futur enthousiasmant, notamment en attaque. Cela s'est peu vu en Suède, avec Griezmann éteint, Giroud privé de ballons et Mbappé percutant uniquement sur le but qu'il s'est créé tout seul. Mais la rotation a apporté du mieux contre les Croates. Anthony Martial s'est montré très actif et décisif pour sa première titularisation en deux ans et demi, dans une association prometteuse avec Wissam Ben Yedder. L'avant-centre de Manchester United et l'attaquant de Monaco ont combiné ensemble avec brio sur les deux premiers buts français, inscrits en trois minutes juste avant la pause.

L'autre rayon de soleil dans la brume fut, bien sûr, l'entrée décomplexée et culottée d'Eduardo Camavinga, à 17 ans et bientôt 10 mois. Bluffant d'aisance, son humilité a été douchée par une pluie d'éloges. "Tellement à l'aise (...), il dégage beaucoup de tranquillité, de sérénité", applaudit Deschamps, pourtant prudent avec les jeunes talents. "Il voit le jeu avant tout le monde", selon Lloris: "il a su avoir un impact, aider l'équipe, fournir de gros efforts". Giroud apprécie aussi ce talent "à l'écoute et intelligent, impressionnant de maturité pour son âge".

Sauf blessure, le milieu de Rennes postulera pour revenir les 11 et 14 octobre pour la réception du Portugal et le déplacement en Croatie. Pour ces matches de Ligue des nations, Deschamps peut aussi espérer le retour des blessés (Kinsgley Coman et Benjamin Pavard) et des joueurs touchés par le virus: Paul Pogba, Houssem Aouar et Kylian Mbappé. Dans le cas contraire, il bricolera de nouveau un effectif taillé pour gagner, sa marque de fabrique.

Anthony Martial