Grégory Paisley nous raconte… la panenka de Landreau

"Cette victoire en finale de la Coupe de la Ligue, dont beaucoup se souviennent grâce à cette panenka, tient à peu de choses. Parce que pour nous, tout avait failli s’arrêter d’entrée. On joue Valence en seizièmes de finale à Bonal, et on est menés 2-1 à un quart d’heure de la fin. On pensait que c’était terminé, que la Coupe de la Ligue allait nous passer sous le nez. Mais le talent a parlé, puisque Pagis égalise juste avant la fin et que Santos met le troisième en prolongation. Après, on est sérieux face à l’OM (1-0), puis on fait un match fantastique à Bollaert contre Lens (4-0). En demi-finale, on affronte Saint-Etienne, qui allait remonter en Ligue 1. On est rapidement menés 2-0, et c’est la folie dans le Chaudron. On ne s’entendait pas à dix mètres tellement il y avait de bruit, c’était hallucinant ! Et là encore, c’est le talent et notre force collective qui nous permettent de l’emporter 3-2, après prolongation.

"Un épisode hitchcockien"


En finale, tout le monde s’attendait à du beau jeu. Car avec Nantes, on faisait partie des équipes qui jouaient le plus. Mais ça a été quasiment un non-match. L’enjeu a pris le pas sur le jeu, malheureusement. C’était une première pour la majorité d’entre nous et tu ne sais jamais comment tu vas aborder ces événements-là. Si ça tourne en faveur de Nantes, on ne crie pas au scandale. Parce qu’à la 120eme minute, ils ont une énorme occasion. Je crois qu’il y a Moldovan et Yapi Yapo qui se gênent, et la balle qui passe au-dessus de la barre alors qu’il n’y avait plus qu’à la mettre au fond. Et puis il y a évidemment l’épisode hitchcockien de la séance de tirs au but. Sur la panenka de Landreau, on a tous été surpris par ce geste. C’était vraiment osé de sa part. On savait que Micka tirait les pénos, puisqu’il l’avait fait au tour précédent, et qu’il les tirait super bien. Quand on est dans le rond central à attendre et qu’on le voit partir, on se dit qu’il va encore mettre une grosse frappe sous la barre, comme en demi-finale. Et puis là, il a craqué. Je ne sais plus comment Teddy (Richert) a senti le coup. Mais je pense qu’il m’avait dit que Landreau avait pris tellement de pas d’élan qu’il ne le voyait pas frapper en force.

"J’aurais mis une pointe"


Après, je crois que Guy Lacombe était allé loin (il avait parlé de geste "irrévérencieux" en conférence de presse, ndlr), mais je pense que c’est surtout ceux de la profession qui avaient moins apprécié. Parce que les gardiens, c’est une confrérie assez particulière. Teddy, tout ce qui lui importait, c’était de réussir sa mission et d’arrêter le penalty. Même si ça aurait été sans doute différent s’il l’avait pris. Mais je me souviens qu’Aziz Bouras, notre entraîneur de gardiens, avait dit en direct quelque chose comme : «Tu te fous de la gueule du monde, tu ne nous respectes pas en fait.» Ça peut être perçu comme ça, mais ça reste du Micka Landreau. Il a peut-être voulu marquer les esprits. Sauf que cette fois, ça n’a pas marché. Après, Teddy, que je ne remercierai jamais assez, arrête aussi le penalty de Delhommeau (le huitième tireur nantais, ndlr) et nous délivre, alors que je devais tirer en dernier. Parce que j’avais été victime de crampes juste avant la séance. Je n’aurais pas pu armer et faire une frappe classique. Je pense que j’aurais mis une pointe. J’aurais peut-être aussi marqué les esprits, mais parce que je ne pouvais pas faire autrement. Et je suis bien content que l’on ne soit pas allé jusque-là. Heureusement pour le football…(rires)"

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