Tour de France: Alaphilippe a réussi sa quête du jaune

Reuters

Ce maillot jaune, Julian Alaphilippe y songeait depuis longtemps. Le puncheur, pourtant plus attendu que jamais et en retard au classement général au départ, a surpassé la concurrence pour réaliser son rêve doré, lundi à Epernay, sur le Tour de France.

Rien ne pouvait le détourner de cet objectif qu'il s'était fixé. "J'ai tellement rêvé de ce scénario", a-t-il réagi. "Avant de le porter, je ne pouvais que l'imaginer. Maintenant, je peux dire que je l'ai eu".

Ce moment, le coureur de l'équipe Deceuninck l'avait prévu, planifié, préparé. "Si je peux tenter le maillot jaune en première semaine, ce serait incroyable", avait-il annoncé à quelques jours du Tour, ne cachant pas que cette 3e étape, avec son final en enchaînements de côtes raides, était bel et bien la première qu'il avait cochée dans son calepin. "Toute la semaine, je pensais à ce que je voulais faire aujourd'hui (lundi) et cela s'est passé exactement comme je le voulais".

Pourtant, après les deux premières étapes, assommées par l'équipe néerlandaise Jumbo, le rêve battait de l'aile. Pointé au départ de Binche à 31 secondes du maillot jaune Mike Teunissen et à 21 du Belge de la même équipe Wout Van Aert, un sérieux candidat à la victoire d'étape, Alaphilippe était condamné à un gros coup de force en solitaire pour enfiler la tunique dorée.

Peu importe. "Il nous avait dit ce matin qu'il voulait les secondes de bonification" distribuées en haut du mur de Mutigny, où il a placé son attaque, a raconté son coéquipier belge Yves Lampaert. "Quand il a dit ça, on a tout de suite compris qu'il voulait le maillot jaune".

"Tout ou rien"  

Alaphilippe, qui "n'imaginait pas partir de si loin" (aux 16 kilomètres), s'est surpris lui-même. "Quand j'ai vu en bas de la descente que j'avais une bonne petite avance, j'ai essayé de maintenir l'effort le plus longtemps possible".

Le puncheur de l'équipe Deceuninck l'avait reconnue quelques jours plus tôt, cette étape et son mur final, profitant par la même occasion du soutien du public français qu'il côtoie si peu, lui le pensionnaire d'une équipe étrangère.

C'est peut-être cette ferveur qui lui a permis de tenir l'écart dans les derniers hectomètres, à un moment où les cadors de l'arrière se montraient plus menaçants que jamais.

"Jusqu'aux deux cents derniers mètres, j'ai eu peur, car avec un tel effort, une crampe pouvait arriver et c'était fini", a savouré Patrick Lefévère, le patron de l'équipe, encore choqué par ce numéro et à court de mots pour qualifier son coureur, nouveau leader du classement général. "La classe, peut-être, et la volonté", tente-t-il. "C'était tout ou rien. Et ça a été tout."

Vainqueur de deux étapes du Tour et du maillot à pois en 2018, vainqueur à nouveau et porteur du maillot jaune en 2019... "De cette manière-là, attendu comme je l'étais, je ne pouvais pas espérer mieux", a confié le coureur âgé de 27 ans, 11 victoires cette saison.

Peut-il tout de même espérer mieux, et garder sa tunique ? "Les Vosges, ce sera trop dur pour moi", prévient-il. Et pour la suite, sera-t-il, à terme, ce vainqueur de Grand Tour en puissance que le public français risque d'attendre de lui ?

"Patrick (Lefévère) m'a demandé de ne pas viser le général dans les deux ans et cela me va parfaitement", répondait "Alaf" avant le Tour. "Cela serait au détriment de mes qualités de base qui me permettent de gagner des classiques. Je ne veux pas me disperser." Du moins, pas encore.