COUPE DU MONDE 2018 : LA BELGIQUE, UN FAVORI EN TROMPE-L’ŒIL ?

Reuters

Opposée à l’Arabie Saoudite ce mardi soir, la Belgique se dirige vers la Russie avec quelques certitudes et beaucoup d’interrogations. Impériaux lors des matchs de qualification, les Diables Rouges accusent le coup quand l’adversité se corse.

« Les favoris pour la Coupe du Monde ? Il y a le Brésil, l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Argentine. Je pense que la Belgique est une excellente équipe et qu'elle peut être la surprise de cette compétition. » De l’aveu même de Neymar, dans une interview accordée à Red Bull, il faudra se méfier du Plat Pays à la Coupe du Monde. Sur le papier, l’équipe a en effet de quoi tenir la dragée haute aux sélections les plus huppées du globe. Pourtant, dans les faits, Eden Hazard et consorts ont du mal à franchir un palier quand l’enjeu devient crucial. Dotée d’un vivier de joueurs exceptionnel, la Belgique peine à développer son jeu contre les grosses équipes.

Une armada impressionnante

 

Sur le papier, la Belgique dispose certainement de l’un des effectifs les plus impressionnants au monde. Gareth Southgate, sélectionneur de l’Angleterre, qui affrontera le Plat Pays au premier tour du Mondial, n’a pas hésité à parler « d’apogée » pour qualifier la génération belge. La sélection de Roberto Martinez dispose d’un joueur de classe mondiale à chacune des lignes sur le terrain, de Thibaut Courtois jusqu’à Eden Hazard, en passant par Vincent Kompany et Kevin de Bruyne. Dans son évaluation des meilleurs joueurs issus des cinq grands championnats, le CIES n’a d’ailleurs pas hésité à faire la part belle aux Belges, en plaçant notamment De Bruyne à la sixième place des meilleurs milieux relayeurs, Dries Mertens septième en attaque et Mousa Dembélé deuxième des milieux défensifs.

Kevin de Bruyne vit probablement la meilleure saison de sa carrière et reste en lice pour le titre de meilleur joueur de Premier League. De son côté, Dries Mertens peut se targuer d’être le troisième meilleur buteur de Serie A avec 17 pions, tandis que Michy Batshuayi revit au Borussia Dortmund. Plus bas sur le terrain, Jan Vertonghen et Mousa Dembélé font les beaux jours de Tottenham. Grâce à cette armada de talents, la Belgique n’a eu aucune difficulté à valider son billet pour la Russie. Les Diables Rouges ont terminé en tête de leur groupe avec un bilan impressionnant : 10 rencontres, neuf victoires, un match nul, 43 buts inscrits et 6 encaissés. Un constat à tempérer tout de même quand on regarde la qualité globale du groupe H, avec la Grèce, la Bosnie-et-Herzégovine, l’Estonie, Chypre et Gibraltar. Car, face aux grosses équipes, la Belgique n’est plus que l’ombre d’elle-même.

La Belgique décevante face aux grosses nations

 

Alors que la Belgique s’appuie sur la même colonne vertébrale depuis 2014, les problèmes récurrents de l’équipe demeurent. Quand l’adversité se corse, le Plat Pays n’y est pas. Premier exemple, la Coupe du Monde 2014. La sélection sort de son groupe avec trois victoires en poche, élimine les Etats-Unis lors de la prolongation en huitième et échoue en quarts de finale contre le premier gros adversaire, l’Argentine, 1-0. Bis repetita à l’Euro 2016, où les Diables Rouges calent d’entrée contre l’Italie avant de relever la tête contre la Hongrie en huitième de finale puis d’être éliminés contre le Pays de Galles 3-1 en quarts de finale, où l’enjeu commençait à devenir important.

Entre ces deux compétitions, la Belgique a affronté à plusieurs reprises des gros calibres en matchs amicaux, avec le même constat : une défaite contre le Portugal 2-1, un revers contre l’Espagne 2-0 et une égalité 1-1 contre les Pays-Bas. Les Diables Rouges s’étaient toutefois imposés contre la France (4-3) et l’Italie (3-1) en 2015.

Des résultats étranges, alors que les joueurs belges, qui évoluent pour la plupart dans les grands clubs, ont emmagasiné une grande dose d’expérience. Le problème pourrait alors venir du mental, ou du plan tactique.

Une défaillance mentale ?

 

Plusieurs joueurs belges ont souligné un problème de mentalité pour expliquer les défaillances de l’équipe face aux grosses nations. Fin 2016, le Plat Pays s’inclinait 2-0 contre l’Espagne. Thibaut Courtois en profitait alors pour souligner le manque de combattivité de ses coéquipiers : « On n’a pas donné le maximum de l’intensité attendue, on n’était pas concentré à 100 %. Et contre une équipe comme l’Espagne, c’est difficile de faire la différence comme cela. […] La mentalité sur le terrain n’était pas super. » Si Kevin de Bruyne a récemment appuyé les propos de son gardien, Eden Hazard n’était pas du même avis en conférence de presse, lundi : « Je ne pense pas que cela soit un problème de mentalité. C'est toujours l'excuse que l'on se donne. Mais tout le monde en équipe de Belgique évolue dans de gros clubs. Tout le monde est conscient de la qualité du groupe et de ce que l'on peut y faire. »

Certains observateurs pointent plutôt les problèmes collectifs de l’équipe. Si des talents individuels la composent, ils ne parviendraient pas encore à développer un jeu à la hauteur des attentes. Un problème soulevé par le maître à jouer de Manchester City après un match nul contre le Mexique, 3-3, en novembre dernier : « Le match contre le Mexique a confirmé ce que j'avais dit après la Bosnie: on doit trouver un plan tactique pour l'équipe. » A Roberto Martinez donc de trouver la bonne formule, lui qui a déjà révolutionné le schéma tactique de son équipe en instaurant son fameux 3-4-3.

Le match face à l’Arabie Saoudite ne permettra donc pas ce mardi soir de lever la principale interrogation belge à quelques encablures de la Coupe du Monde. Il sera en revanche primordial pour les joueurs, puisque ce sera leur dernière chance de briller avant l’annonce de la fameuse liste, le 28 mai. Il restera encore trois rencontres au Plat Pays (Portugal, Egypte et Costa Rica) pour peaufiner sa préparation, avant de croiser le fer contre l’Angleterre, la Tunisie et le Panama en Russie. Et peut-être créer la surprise annoncée par Neymar.