JO Milan-Cortina : Pinturault écarté, incompréhension…
Le nombre de quotas alloués aux Bleus du ski pour les Jeux Olympiques de Milan-Cortina a fait de nombreux déçus, la légende Alexis Pinturault en tête.
On a connu préparation pour les Jeux Olympiques plus sereine. A moins de deux semaines de l'ouverture des Jeux Olympiques de Milan-Cortina, à partir du 6 février, l'équipe de France masculine de ski alpin a vécu "une déflagration" selon le slalomeur Victor Muffat-Jeandet. De dix athlètes retenus quatre ans plus tôt à Pékin, ils ne seraient que sept à être sélectionnés pour les Jeux en Italie. Les Bleus ont payé une question de quotas alloués par la Fédération internationale de ski (FIS) sur la base des résultats depuis deux ans, et "l'universalité olympique" qui a permis à certaines nations d'obtenir un billet. Finalement ramenée à huit éléments, la sélection a laissé du beau monde sur le carreau, Alexis Pintuarult en tête.
Tout ou presque s'est décidé mercredi 21 janvier. La FIS, en publiant sa liste de quotas, a placé une chape de plomb au-dessus des sélectionneurs de l'équipe de France masculine de ski, et sur les athlètes en balance derrière les leaders attendus comme Clément Noël ou Paco Rassat, vainqueurs cette saison en Coupe du monde. Cette liste rabotée n'était dans les plans de personne dans le clan tricolore, et a remis à plat le visage de toute une équipe.
"Pas logique du tout"
Les critères établis en juillet 2024 mettent désormais en avant les skieurs performants dans plusieurs disciplines, sur la base d'une moyenne de résultats dans toutes les disciplines techniques (slalom, géant) ou toutes celles dites de vitesse (descente, super-G). Et cela n'a pas fait les affaires des Bleus, qui ne pouvaient se réinventer en même pas deux ans. "Grâce aux monodisciplinaires, on fait vivre de beaux moments en Coupe du monde" a regretté le directeur du ski alpin français, David Chastan à Eurosport. "Quand cela a été présenté ce calcul, se projeter est difficile, car c'est quelque chose qui est travaillé très en amont."
"Ce n'est pas logique du tout, mais c'est comme ça" tentait de philosopher Clément Noël dans les colonnes de L'Equipe. "On a davantage de sept athlètes français sur le circuit qui sont capables de performer et de ramener une médaille. Donc c'est dommage, c'est un problème." "Historiquement, on avait souvent quatre places en slalom en équipe de France aux JO, et là il y a quelques jours, on a appris qu'on aurait seulement sept quotas en tout chez les hommes, alors qu'on pensait plutôt à 10 ou 11 comme avant" fulminait Muffat-Jeandet, 15e au classement de la Coupe du monde de slalom cette saison, mais finalement pas sélectionné. "Je m'étais basé sur cette estimation, et, découvrir que ce serait bien moins, c'est une déflagration."
Cette limite de sept quotas a conduit à des choix drastiques lundi 26 janvier, pour l'annonce de la liste définitive des heureux élus. Clément Noël, Paco Rassat et Steven Amiez en slalom, Maxence Muzaton, Nils Alphand et Nils Allègre sur les courses de vitesse (descente et Super-G) et Léo Anguenot (géant) défendront les couleurs bleu-blanc-rouge sur la mythique piste de Bormio, le Stelvio. Mais les Bleus n'étaient pas encore au bout de leurs émotions, même après une sélection qualifiée de "définitive".
Le huitième quota, opportunité et pression maximale
Ce même 26 janvier dans la soirée, un petit miracle se produit : la France récupère un huitième quota suite à une "réallocation" et à la Norvège, qui s'est désisté d'une des places qui lui était attribuée. Une aubaine oui, une nouvelle épée de Damoclèes aussi pour tous les candidats à ce repêchage inespéré. 48 heures plus tard, le staff français devait annoncer son choix, alors qu'il se trouvait déjà à Schladming pour un géant et un slalom aux airs de dernière chance. Tant pis pour les descendeurs restés à quai et laissés pour compte d'un calendrier flou et alambiqué.
Les regards étaient alors évidemment braqués sur Alexis Pinturault. Evincé de la première sélection, le recordman français des victoires en Coupe du monde et co-recordman des médailles olympiques pour un skieur tricolore (trois) se voyait offrir une ultime chance de convaincre. Pinturault n'avait alors pas encore signé de Top 10 cette saison, se remettant encore de ses deux graves blessures graves au genou survenues début 2024 puis début 2025. Ce géant en Autriche aurait pu être une libération, mais le skieur de Courchevel a été rattrapé par le contexte. "Les informations, on les a eues à chaque fois tard le soir", a-t-il admis à Eurosport après l'épreuve. "Ce sont de mauvaises nuits, beaucoup de tergiversations, on ne sait pas trop sur quel pied danser. Au début, c’était finalement assez clair. Et puis, derrière, il y a eu ce changement de situation avec la place libérée par les Norvégiens que la France a récupérée, ça a remis de nouveaux questionnements. Ça met beaucoup de pression supplémentaire."
25e à Schladming, Alexis Pinturault ne se faisait plus vraiment d'illusions sur son sort olympique, une de ses principales motivations pour reprendre la compétition. "Là où c'est plus difficile à comprendre pour l'ensemble des athlètes, surtout pour les géantistes, c'est que moi et Thibaut Favrot, on a appris qu'il n'y aurait que six places pour l'équipe de France après Adelboden (le 11 janvier, une semaine avant l'annonce officielle des quotas, ndlr). C'était fini, on n'avait plus de compétition, et on nous a dit qu'il n'y aurait que six places. Après, oui, il y a eu des places récupérées, dont une hier soir en dernière minute. Mais tu ne skies pas du tout de la même manière si tu pars du principe qu'il y a onze places ou qu'il y en a six. J'aurais dû être meilleur si je le pouvais, et je n'ai pas forcément d'excuses de ce côté-là. Mais c'est sûr que toute cette situation est un peu particulière."
Elezi Cannaferina grand bénéficiaire
Ces quelques jours d'incertitude et de doutes après une prestation en-dedans, "c'est très difficile à vivre" a-t-il soupiré. Pour Alexis Pinturault (34 ans), Victor Muffat-Jeandet (36 ans), Thibaut Favrot (31 ans), voire pour le descendeur Matthieu Bailet (29 ans), Milan-Cortina pouvait représenter une dernière occasion en carrière de goûter aux JO. Tous ont souffert des circonstances de cette sélection, avant de se faire coiffer au poteau par un "gamin" qui dispute seulement sa première saison complète en Coupe du monde, Alban Elezi Cannaferina.
Le jeune Lyonnais de 22 ans, plutôt attendu en vue des Jeux dans les Alpes françaises en 2030, a saisi l'opportunité offerte à Schladming. Jamais dans le Top 10 d'une course chez les professionnels jusque-là, "Cannaf" a bluffé tout le monde en signant le premier podium de sa carrière sur le géant mardi (3e). Champion du monde juniors du géant en 2023, Elezi Cannaferina est monté en puissance au meilleur moment, tout en faisant parler sa polyvalence puisqu'il est le seul skieur tricolore à avoir marqué des points dans trois disciplines cette saison (descente, supet-G, géant).
"Il est sur une excellente dynamique depuis un mois et demi où il ne fait que progresser", a réagi à L'Equipe Kevin Page, le responsable du groupe technique (géant et slalom). "Il surprend tout le monde. Même sans avoir fait encore beaucoup de courses de vitesse, il fait 12e à Kitzbühel (le 24 janvier) pour son baptême ! Passer d'une discipline à l'autre en quelques entraînements seulement, chapeau."
Alban Elezi Cannaferina tentera de faire honneur à cette sélection in extremis, et d'apprendre pour un avenir qui s'annonce radieux. Alexis Pinturault et les autres, eux, pourront nourrir leur frustration encore quelque temps.










