Nadal, légende terrienne

Reuters

Rafael Nadal donne des leçons à tout le monde sur le court, quand celui-ci est fait de terre battue, et nous apprend aussi l’Espagnol. Voici le mot de cette année: "Undecima". La onzième. Comme à Monte-Carlo ou à Barcelone il y a quelques semaines, l’Espagnol s’est imposé pour la onzième fois de sa carrière à Roland-Garros, où il était l’immense favori, et où il a été à la hauteur des attentes, vertigineuses, sauf de celles des amateurs de frisson et de suspense, qui n’ont pas été beaucoup servis durant cette quinzaine. C’est aussi de cette façon que s’écrivent les livres d’histoire, là où Nadal n’a qu’un seul équivalent quand il s’agit d’évoquer la domination d’un joueur dans un tournoi majeur: Margaret Court, qui a gagné 11 fois l’Open d’Australie dans les années 1960-70. Qu’elle en profite, dans un an le TGV majorquin l’aura peut-être dépassée.

Pour cette finale, sa onzième à Paris, Nadal avait le meilleur adversaire possible. Pas celui qui rafle (aussi) un Grand Chelem sur deux depuis début 2017, Roger Federer, mais Dominic Thiem, l’autre "celui qui" du tennis depuis deux saisons, l’unique homme sur terre battue à avoir brisé l’invincibilité du roi "Rafa", à Rome l’an passé, à Madrid cette année. Pour sa première finale en Grand Chelem, l’Autrichien de 24 ans, qui a déjà battu Nadal trois fois en neuf confrontations (toutes sur terre battue, sa surface fétiche à lui aussi), s’est mieux défendu que lors de deux premiers affrontements avec le maître (6-2, 6-2, 6-3 en 2014 et 6-3, 6-4, 6-0 en demi-finale l’an passé). Sans pouvoir éviter la défaite en trois sets (6-4, 6-3, 6-2 en 2h42, tout de même).

Et pourtant, Thiem a tenté sa chance

Huitième joueur mondial, Thiem avait annoncé qu’il avait un plan pour battre Nadal. Celui-ci a semblé assez rudimentaire, sans pour autant être dénué de sens: servir très fort, et frapper très fort dans l’échange. C’est sans doute la seule solution pour battre le Nadal version 2018, celui qui ne se contente plus de défendre, comme lors de ses jeunes années, mais qui a porté son tennis dans une dimension supérieure. Concernant le service, Thiem a envoyé ses premières à 197 km/h de moyenne au premier set, avec une pointe à 224 km/h, alors qu’il tournait autour des 180 km/h auparavant dans le tournoi. Le problème est qu’il n’a servi qu’à 58% de moyenne, et qu’il s’est exposé sur ses secondes balles (seulement 35% de points remportés). Résultat, il a été en danger dans cinq de ses six premiers jeux de services, et Nadal l’a breaké à trois reprises.

Il n’y a pas que là qu’il a failli. Thiem, qui avait eu le mérite de recoller après un début de match difficile (0-2), s’est sabordé dans le dixième jeu du match, en manquant une volée de revers (la même que celle qui aurait pu lui coûter cher dans le tie-break contre Cecchinato), avant d’enchaîner sur trois vilaines fautes directes. C’est ce qui arrive contre Nadal, où le moindre relâchement se paire cash, surtout quand on adopte une tactique à hauts risques (42 fautes directes à 24, 34-26 au niveau des coups gagnants). Et ça coûte cher. Thiem savait qu’il devait absolument remporter le premier set pour faire douter "Rafa", qu’il a battu en deux manches à chaque fois. Quand il gagne le premier set à Roland-Garros, Nadal affiche un bilan de 77 victoires pour aucune défaite, qui monte à 95-0 sur l’ensemble de ses matches sur terre battue au meilleur des cinq sets. Autant dire que c’était déjà plié après 59 minutes de jeu, même si elles auront été de qualité.

La suite aussi ne sera pas désagréable, même si terriblement prévisible. Breaké d’entrée de deuxième set, Thiem a eu le mérite de continuer à s’accrocher. Il ira jusqu’à chercher une balle de débreak à 4-2, mais c’est le moment où Nadal, qui se contentait d’attendre la faute adverse depuis quelques jeux, a à son tour élevé le curseur, pour rester devant au score à l’issue d’un passage de très haut niveau de la part des deux joueurs. La machine Nadal ne s’enrayera jamais vraiment, malgré une petite alerte au milieu du troisième set, avec ce qui ressemblait à des crampes au niveau de la main gauche. Et le n°1 mondial arrivera même à en terminer avant l’orage, sous un ciel gris menaçant, qui ne ternira pas son bonheur de soulever pour la 11e fois la Coupe des Mousquetaires, sa 17e couronne en Grand Chelem. Monumental.