Cecchinato, c'est fou !

C’est le braquage du siècle ! Difficile de trouver demi-finaliste plus improbable que Marco Cecchinato. Cet Italien de 25 ans, 72e joueur mondial, n’avait pas gagné le moindre match en Grand Chelem avant cette quinzaine parisienne. Il vient de battre successivement trois têtes de série, Pablo Carreno-Busta (n°10), David Goffin (n°8) et maintenant Novak Djokovic (n°20) pour rallier le dernier carré Porte d’Auteuil. Pour trouver trace d’un joueur classé aussi loin dans la hiérarchie à ce stade-là du tournoi, il faut remonter à Andrei Medvedev en 1999.

Mais Cecchinato n’a rien volé à personne. Bien sûr, il a eu face à lui un Goffin émoussé par son combat de la veille contre Monfils. Bien sûr, il n’a pas battu le Djokovic des grandes années, et le Serbe, au début du match, avait le cou tout bloqué. Mais il ne faut rien enlever à la façon dont le Sicilien a conclu l’affaire face à l’un des joueurs les plus titrés de l’histoire, au terme d’un tie-break assez hallucinant dans le quatrième set (6-3, 7-6 [4], 1-6, 7-6 [11]).

Djoko s'est vite éclipsé

On va commencer par la fin, justement. Cecchinato a subi un coup de pompe évident au début du troisième set. Mais il a jeté ses dernières forces dans la quatrième manche où il a sauvé trois balles de double break, et débreaké à 5-4 quand Djokovic servait pour le cinquième set. Le tie-break a été fou, donc, avec trois balles de set pour le Serbe, quatre balles de match pour l’Italien, et des échanges incroyables: ces deux volées de revers diaboliques du "Djoker", à 6-5, ou ce coup droit pleine ligne à 10-9. Mais c’est donc Cecchinato qui aura le dernier mot, sur un passing de revers mal jugé par le Serbe, qui viendra traverser le court pour le féliciter, avant de filer à vitesse grand V en conférence de presse, afin de quitter Roland-Garros le plus vite possible.

Cecchinato, lui, devait encore être en train de savourer sa victoire, qui fait de lui le premier Italien en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem depuis Corrado Barazzutti en 1978. Il a démontré des qualités étonnantes, une couverture de terrain impeccable, une capacité à dicter le point avec son revers lifté ou à distiller des amorties. Sans oublier la solidité mentale pour écarter quatre balles de set en fin de deuxième manche quand Djokovic semblait enfin entré dans son match, libéré de ses douleurs physiques. Cecchinato, lui, était incrédule sur sa chaise après la balle de match. Il a deux jours pour réaliser ce qu’il lui arrive avant de retrouver l’épouvantail Dominic Thiem en demi-finale.