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Séri : "Et si c'était le plan de Dieu pour qu'on soit champion"

Champion d’automne avec Nice, Jean Michael Séri nous dévoile les ambitions des Aiglons pour cette deuxième partie de saison. Le milieu de terrain nous livre également ses impressions à quelques jours de disputer sa première CAN avec la Côte d’Ivoire.

On les appelle les hommes de l'ombre. Ces joueurs taillés pour faire briller les autres. Jean Michael Séri est de cette trempe-là. Discret, le milieu de terrain ivoirien fait depuis un an et demi le bonheur de l'OGC Nice en enchaînant les prestations XXL. Devenu indispensable (il n'a manqué que 2 matches de Ligue 1 depuis son arrivée), le natif de Grand-Béréby est l'une des pièces maîtresses de ce nouveau Gym. Actuel meilleur passeur de Ligue 1, il refuse pour autant de tirer la couverture à lui. A 25 ans, il pourrait bien vivre une année de rêve avec un titre à la CAN et celui de champion de France en ligne de mire.

Jean Michael, vous voilà champion d'automne avec Nice. Vous attendiez-vous à vivre une telle première partie de saison ?

Honnêtement on ne s’attendait pas à ça. Quand la saison a débuté, on avait un groupe réduit à cause des nombreux départs que ce soit d’Hatem (Ben Arfa), Papy (Mendy) et Valère Germain. Pas mal de gens étaient plutôt inquiets par rapport aux joueurs qui allaient nous rejoindre. Mais le club a su compenser ces départs. La mayonnaise a vite pris, c’est ce qui explique qu’on se trouve là où on est aujourd’hui.

Comment expliquer que la transition ce soit aussi bien passée ?

Que ce soient les recrues comme les jeunes qui nous ont rejoints, on avait tous la même envie : celle de prouver aux gens que malgré ces départs, l’équipe resterait la même et que notre philosophie n’allait pas changer. Il y avait cette envie de faire quelque chose de grand cette saison, de jouer tous les coups à fond. Ça nous réussit pour le moment, tant mieux.

Vous avez évolué la saison passée sous les ordres de Claude Puel. Aujourd'hui, vous avez la pleine confiance de Lucien Favre. Que vous apporte-t-il ?

C’est un entraineur fantastique qui me fait progresser et grandir tous les jours. Il m’a beaucoup observé l’an dernier donc quand il est arrivé, il m’a fait comprendre mes lacunes. Ensemble, on les a travaillées et on les a corrigées. Il me parle tout le temps, il essaye de me faire prendre conscience de mes qualités et du potentiel que j’ai pour me faire progresser de jour en jour. Si je fais ce début de saison, c’est grâce à mes coéquipiers mais c’est aussi en majeure partie grâce au coach. C’est quelqu’un de très important dans notre réussite.

Vous êtes actuellement meilleur passeur de Ligue 1. Finir en tête de ce classement est un objectif ?

Je ne me suis pas fixé d’objectifs. Quand la saison a débuté, j’avais surtout à cœur de faire mieux que la précédente. Même si j’ai déjà dépassé mes stats de la saison dernière alors qu’on est à mi-championnat, je ne suis pas encore satisfait. C’est bien, mais je sais que je peux faire plus.

La saison passée, vous aviez débuté très fort avant de connaître une baisse de régime lors de la deuxième partie de saison ...

C’est vrai que l’an dernier, je n’ai pas su gérer l’aspect mental et physique. Il y a eu beaucoup de sollicitations notamment avec ma sélection et les éliminatoires de la CAN. Le fait de venir en Afrique pour disputer plusieurs matches ça m’a un peu freiné dans mes performances. Ça m’a servi de leçon et cette saison je vais essayer de mieux gérer mes temps faibles.

Certains ont tendance à se limiter à Balotelli, Belhanda ou encore Dante, lorsqu'ils évoquent Nice. Comment vivez-vous le fait qu'on parle peu de vous ? 

Ça ne m’intéresse pas qu’on parle de moi en tant que vedette d’une équipe. Il faut être réaliste, ceux qui font le boulot pour mettre les autres dans la lumière sont moins vus. C’est comme ça. On ne parlera jamais assez d’un milieu de terrain qui fait jouer les autres, qui les met dans les meilleures conditions. On parlera toujours de celui qui marque. Le fait que les gens parlent moins de moi par rapport à Younes et Mario, ne changent rien à ma façon de jouer ni à mon mental. Mon boulot, ce n’est pas de forcer la décision, à tout prix chercher le but ou l’exploit. Mon rôle c’est de mettre mes coéquipiers dans les bonnes conditions et les faire marquer. Je ne vais pas sortir de mon registre parce qu’on ne parle pas de moi. Je ne veux pas déjouer et me perdre dans mon jeu.

Lors de votre arrivée sur la Côte d’Azur, vous aviez évoqué votre rêve de jouer au Barça. Vous y croyez toujours ?

A l’époque, les gens avaient mal interprétés mes propos. Pourtant j’avais été clair, mon rêve serait de finir au Barça. Mais je n’ai pas dit que je voulais y aller maintenant ou demain, ce n’est pas mon objectif. Mon objectif c’est avant tout de faire une très belle carrière. Et je peux faire une très belle carrière sans passer par Barcelone. Mais si j’y arrive, ça serait vraiment énorme, c’est un club que j'affectionne tout particulièrement. Pour l’instant, je suis content, ma carrière prend une belle trajectoire.

Battu à Lorient le week-end dernier, Nice est désormais éliminé de toutes les Coupes (Coupe de France, Coupe de la Ligue et Ligue Europa). N'est-ce pas là le seul bémol de cette première partie de saison ?

Personnellement, je suis très croyant. Je me dis que ce n’est pas une fin en soi. Si on est sorti de la Ligue Europa, de la Coupe de la Ligue et de la Coupe de France, je me dis : et si c'était le plan de Dieu, et si il avait voulu qu’on sorte de là pour qu’on soit champion. Qui sait ? Toujours est-il qu’on sera plus frais que les autres, on aura qu’un match par semaine. Ça peut faire la différence. On le voit par exemple avec Chelsea, qui ne joue qu’une fois par semaine, ils ont plus de jus. Ça peut être un avantage par rapport à Paris et Monaco qui sont engagés dans toutes les compétitions.

Maintenant qu'il ne vous reste que le championnat, votre objectif est donc le titre ?

On ne peut pas parler de titre, on n’a pas l’habitude de jouer ces rôles-là. On va prendre match après match. Comme le coach nous le dit, il faut jouer chaque rencontre pour gagner les trois points et ne pas calculer. On parlera du titre à cinq journées de la fin, là le championnat est encore très long. Il reste 19 journées, rien n’est joué. On a vu l’an dernier Lyon qui avait mal débuté et qui avait fini très fort. De notre côté, après avoir fait 19 bons matches, on peut en faire 19 mauvais. On peut tout connaître cette saison ! Il faut rester concentré, ne pas s’enflammer ni se relâcher.

Qui vous fait le plus peur : Paris ou Monaco ?

Cette saison, tout le monde est unanime pour dire que Monaco fait le plus peur par rapport à l’an dernier. Ils ont un effectif très riche notamment offensivement, c’est d’ailleurs la meilleure attaque d’Europe. Ce n’est pas négligeable. A l’inverse, Paris a plutôt des résultats en dents de scie cette saison.

« Le club ne va pas jeter des millions pour un joueur »

Nice possède l'un des plus jeunes effectifs de Ligue 1. Comment ce groupe vit cette place de leader ?

C’est tout l’importance du coach dans ces moments. C’est quelqu’un de très expérimenté. Il sait que notre groupe est jeune et qu’il y a beaucoup de facteurs à gérer. Quand tu es champion d’automne avec une équipe jeune comme la nôtre, il y a toujours ce risque de se relâcher et de se dire ‘c’est bon, on peut faire une deuxième partie de saison catastrophique, on sera quoiqu’il arrive parmi les cinq premiers’. Mais ce n’est pas du tout le discours que l’on a. On sait qu’on a fait quelque chose d’incroyable, pourquoi pas le rééditer.

Sachant que vous allez disputer moins de matchs lors de cette deuxième partie de saison, y a -t-il un réel intérêt à recruter cet hiver, au risque de bousculer un groupe qui fonctionne bien ?

Honnêtement, je ne sais pas. Le club a ses convictions. Si les dirigeants ou le coach ont décidé de recruter, c’est qu’ils ont de bonnes raisons. Personnellement, je ne sais pas si c’est le bon moment ou pas. Avec cet effectif, on est arrivé là où on est. Mais il ne faut pas oublier le facteur blessure. On a eu pas mal de blessés dernièrement, on s’est d’ailleurs présentés très diminués à Bordeaux où on a fait 0-0.

Plusieurs noms sont évoqués du côté de Nice, dont un certain Luiz Gustavo. Jouer aux côtés du Brésilien, ça vous plairait ?

C’est toujours bien de jouer avec des gens qui ont du vécu. Les joueurs expérimentés peuvent apporter beaucoup de chose à l’équipe. On l’a vu avec Dante, Mario ou encore avec Younes. Si ça se fait, ce sera une bonne chose parce que c’est un joueur de haut niveau, qui peut nous apporter au milieu de terrain. Le club a une philosophie et tous les joueurs qui arriveront iront dans ce sens-là. Avec les nouveaux investisseurs, certaines choses ont changé. Mais le club ne va pas jeter des millions comme ça pour un joueur.

Vous allez être absent plusieurs semaines avec la CAN. Pas trop dur de quitter votre équipe qui lutte pour le titre ?

Mes coéquipiers vont beaucoup me manquer. Mais c’est aussi ça le haut niveau, on est tous confrontés à des échéances. C’est mon cas aujourd’hui, je dois disputer la CAN. J’ai confiance en mes coéquipiers, je sais qu’ils feront le job. C’est vrai que je vais beaucoup manquer à cette équipe, j’en ai conscience. Mais il y a des garçons qui sont capables de faire le boulot donc je ne suis pas inquiet.

Vous allez disputer votre première CAN. Comment l'appréhendez-vous ?

Ça fait toujours plaisir de disputer une Coupe d’Afrique. C’est une aventure à vivre. Et quand vous allez loin ou que vous la remportez c’est encore plus magnifique. C’est un honneur de défendre les couleurs de mon pays à une telle compétition. Si je dois être remplaçant, je tenterai d’apporter quelque chose quand on fera appel à moi. Si je débute, je donnerai tout d’entrée. Mais quoiqu’il arrive, il faut être à fond et rester positif. C’est comme ça qu’on gagne une compétition.

Justement, la Côte d’Ivoire est tenante du titre et fait partie des favoris. Pensez-vous être capable de réaliser le doublé ?

Si on part en se disant qu’on est les favoris parce qu’on est les tenants du titre, on se met le doigt dans l’œil. Il y a beaucoup d’équipes qui semblent favorites sur le papier parce qu’elles ont des joueurs qui évoluent dans de grands clubs, mais dans une CAN ça ne veut rien dire. Tout le monde peut battre tout le monde. C’est pourquoi il faut la disputer avec beaucoup de sérieux et d’engagement. On espère arriver au minimum en demi-finale. Il ne faut pas se cacher, on est la Côte d’Ivoire. C’est une nation qui regorge de talents et de joueurs qui jouent au plus haut-niveau. Une nouvelle génération est arrivée, ça peut être une force. Mais il faudra d’abord passer les poules, c’est la première étape et elle n’est pas simple. Le premier match face au Togo sera révélateur. On verra après les poules qui sont vraiment les favoris.

On est en pleine période de vœux alors que peut-on vous souhaiter pour cette année 2017 ?

La santé ! Être épargné par les blessures, revenir de la CAN sans bobo pour pouvoir continuer sur ma lancée. Et puis pourquoi pas un titre à la CAN ou en Ligue 1 voire les deux ! (rires) Ça serait le plus beau cadeau pour 2017.


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