Tennis : La France veut sauver la Coupe Davis


Italie-France et Espagne-Allemagne ont donné une bonne image de la Coupe Davis. De l’ambiance, des joueurs et des matches intéressants. Yannick Noah n’a pas donné sa part au chien pour sauter sur l’occasion en conférence de presse, afin de contester très vivement la réforme annoncée – à partir de l’année prochaine, la Coupe Davis ne se jouerait que sur une semaine, dans un lieu unique. "Il y a des joueurs très importants, qui gèrent quasiment le jeu, et qui ont la mémoire courte. Ou pas de mémoire du tout." Le capitaine de l’équipe de France pense forcément à Novak Djokovic, à l’origine directe de cette initiative.

"Ce qu’on vit, ça ne peut se passer qu’en Coupe Davis. Si cette décision scandaleuse passe, il n’y en aura plus. C’est fini. J’essaie de peser du peu que je peux, pour peu que ma voix compte encore… La plupart des capitaines sont de mon avis. C’est la tradition, l’histoire. Après, ça arrivera aussi à certains tournois du Grand Chelem, et on ira tout faire en Asie. Je vais essayer de solliciter les autres capitaines, d’envoyer des textos, de faire ce que je peux avec ceux que je connais encore… C’est injuste. Jamais je n’aurais pensé me retrouver un jour dans cette situation."
 

Pouille s'en prend directement à Giudicelli

Yannick Noah compare avec le football : "Si un joueur de Manchester United gagne 500 000 euros par semaine et décide de ne pas jouer la Coupe du Monde, est-ce que la Fifa va changer la formule ? On parle de sept ou huit joueurs qui ont beaucoup donné au tennis, mais le tennis leur a aussi donné beaucoup. C’est difficile de critiquer Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, c’est plus facile de critiquer les plus petits joueurs, c’est-à-dire nous. Les sept ou huit joueurs dont je parlais ont beaucoup profité, et ils veulent encore plus. C’est trop. Si Rafael Nadal joue à Valence, le stade est plein. Si Roger Federer joue devant 80 000 personnes, le stade est plein. L’argent rentre pour la Fédération internationale."


Yannick Noah insiste sur le côté "presque social" de la Coupe Davis : "Rien ne pourra payer l’autographe que Fabio Fognini signe à un petit garçon qui débute. Est-ce qu’on voit tout en dollars, ou est-ce qu’on peut parler d’autre chose ? Il y a aussi des choses qui ne peuvent pas être comptabilisées, non ? Je ne comprends pas l’intérêt pour le jeu." Lucas Pouille s’exprime aussi, s’en prenant directement au président de la FFT, Bernard Giudicelli, qui soutient cette réforme: "J’aimerais qu’il nous écoute. Il n’a jamais demandé aux joueurs ce qu’ils en pensaient. Le format ne doit pas changer, je lui ai dit après ma victoire. On s’organisera à Madrid ou Monte-Carlo pour discuter avec les meilleurs, ils seront réunis. Je vais m’occuper de ça, car c’est indigne."

David Haggerty, le patron de l’ITF, n’en démord pas (pour L’Equipe): "Si ça se passait chaque fois comme ça, on n’aurait pas eu besoin de changer. C’est excitant de voir toute cette passion. Mais la formule dont on parle ne va rien changer à tout ça. C’est un nouveau chapitre. Le nouveau format a toutes les capacités de reproduire ce qu’on connaît, sur un lieu unique avec 18 équipes accompagnées de leurs fans, et trois matches garantis pour leur équipe. Je préfère me placer dans une perspective à l’échelle mondiale. Le diffuseur et les sponsors veulent plus d’exposition. Beaucoup de joueurs nous suivent. Ils ont clairement dit qu’ils ne voulaient pas jouer quatre semaines dans l’année." Rendre la Coupe Davis plus rare serait une solution. Mais elle irait encore plus à l’encontre du business.

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