Josuha Guilavogui : "Un jour, je reviendrai à Saint-Etienne"

Reuters

 

Embarqué dans une saison moribonde avec l’équipe de Basse-Saxe, 15ème de Bundesliga, le milieu de terrain de 27 ans n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort. D’abord car sa formation a plus que jamais son destin en main pour se sauver, mais aussi car après quatre ans en Allemagne, le natif de Toulon commence à avoir du vécu, entre un quart de finale de Ligue des Champions face au Real Madrid ou une place de dauphin en 2015.

Parmi les formations à surveiller ces dernières années outre-Rhin, le VfL Wolfsburg, l’ancien club de Luiz Gustavo, n’a pas répondu aux attentes lors de cet exercice. Et si la Coupe du Monde en Russie n’est aujourd’hui plus un objectif pour lui, Josuha Guilavogui entend bien rebondir avec les Loups pour postuler à l’avenir à l’équipe de France. Quand à Saint-Etienne, son club formateur, il espère bien y effectuer son retour un jour. Entretien.

Wolfsburg est actuellement sur une série de six matchs sans victoire, et n’a plus gagné depuis le 28 janvier. Comment gérez-vous cette période difficile ?

C’est une situation très compliquée, comme pour tout sportif quand on ne gagne pas. Notre dernière victoire à domicile remonte au match contre M’Gladbach (3 décembre). Nous somme tous des compétiteurs... Au cours de plusieurs matchs où nous avons mené, nous avons finalement été repris.

En championnat, nous en sommes à 13 matchs nuls, alors que nous avons mené, je pense, à l’extérieur ou à domicile, plus de huit fois (ndlr : six fois en fait). On est assez insatisfait à ce niveau-là. C’est vraiment dommage. Nous avions les moyens de réaliser une meilleure saison, et désormais, nous sommes à la lutte pour le maintien.

Votre maintien pourrait d’ailleurs se décider dans les trois dernières journées, avec les réceptions d’Hambourg puis Cologne, les deux actuels relégables…

Cela fait un moment que nous avons tiré la sonnette d’alarme. Il reste sept matchs à jouer, et cela doit se décider avant ces deux rencontres. Evoluer à domicile, ce n’est pas notre force cette saison (seulement deux victoires), donc j’espère que l’on obtiendra le maintien le plus rapidement possible.

Sur quels points à améliorer insiste votre nouveau coach Bruno Labbadia depuis sa prise de fonction ?

C’est un entraîneur avec beaucoup d’expérience, de par ses passages à Leverkusen, Stuttgart et plus récemment Hambourg. Il a une philosophie de jeu bien claire avec une notion de solidarité, de travail, d’abnégation. Mais c’est un travail avant tout collectif. Dans le sport de haut niveau maintenant, la différence entre les moyennes et les bonnes équipes se fait sur le plan collectif.

Seuls les grands clubs comme le Bayern Munich ou peut-être Dortmund possèdent de grandes individualités qui permettent de corriger et de masquer parfois les faiblesses collectives. En arrivant au club, le coach a analysé tous nos matchs et a insisté sur cet aspect. A Wolfsburg, la « notion équipe » n’était pas assez présente.

Le VfL Wolfsburg fait partie des clubs qui comptent en Allemagne, mais piétine depuis trois saisons et sa place de vice-champion en 2015. Comment l’expliquer ?

On peut parler de descente aux enfers... Peut-être pas depuis trois ans puisque en 2016, nous faisons une belle campagne en Ligue des Champions (élimination en quarts de finale contre le Real Madrid) et nous terminons à la huitième place du championnat. Wolfsburg est un équipe avec une forte identité en Allemagne mais cela reste un club assez jeune en termes de titres.

Nous ne possédons pas encore l’histoire d’un Bayer Leverkusen ou d’un Borussia Dortmund. L’année dernière, malgré le fait que nous détenions de fortes individualités, je pense notamment à Julian Draxler, on a eu du mal. En deux ans, nous avons eu cinq coachs différents (Dieter Hecking, Valérien Ismaël, Andries Jonker, Martin Schmidt et Burno Labbadia), on a aussi changé de directeur sportif. Nous étions en phase ascendante mais nous avons mal négocié ce virage-là.

Pour en revenir à cette saison, je le répète, c’est vraiment dommage de nous retrouver dans cette situation. Je pense que nous pouvions réaliser mieux au vu du recrutement. Mais quand, à certains moments, vous avez six ou sept potentiels titulaires blessés plus de trois mois, cela devient compliqué à gérer. Notre projet était de terminer dans la première partie de tableau...

Vous êtes aujourd’hui un joueur aguerri en Bundesliga, après quatre saisons outre-Rhin. Sur quels éléments pensez-vous pouvoir encore progresser dans votre jeu ?

Mes qualités sont à la récupération et à la passe. La Bundesliga est un championnat très porté vers l’avant, avec beaucoup de buts. Cette année, j’ai été plusieurs fois décisifs (deux buts, une passe décisive) mais je dois encore progresser, sur les coups de pied arrêtés notamment, où je peux gagner en efficacité.

On parle beaucoup en France de l’un de vos anciens partenaires : Luiz Gustavo. Etes-vous surpris par toute la réussite qui entoure sa signature à Marseille ?

Absolument pas. Le projet de l’Olympique de Marseille lui va comme un gant. J’en ai discuté avec lui avant qu’il signe, et je lui ai dit de foncer. Avant même d’en parler avec lui, il était très motivé pour rejoindre Marseille. En plus d’être un bon joueur, c’est un bon ami à moi. On est resté en contact et, connaissant l’homme, je savais qu’il allait réussir à l’OM.

Marseille, c’est un club où il faut avoir de la personnalité et du caractère, et c’est tout lui, tant dans sa vie au quotidien que sur le terrain. Il est arrivé dans une équipe qui cherchait un leader au milieu, et il a amplement rempli ce rôle. C’est d’ailleurs pour cela qu’on lui a parfois confié le brassard de capitaine.

Justement, en parlant de Marseille : des rumeurs ont fait état d’un intérêt du club olympien à votre égard cet hiver. Avez-vous eu des contacts avec l’OM ?

Pas plus que ça. Peut-être que le club recherchait un milieu de terrain, et que mon profil leur a plu, mais pas plus que ça non.

Votre dernière apparition avec l’équipe de France remonte à 2015, contre le Danemark. Que vous manque-t-il pour retrouver les Bleus ?

Je pense avoir progressé depuis 2015, mais si le football est un sport collectif, il est aussi très individuel. Je suis satisfait de mon jeu mais mes performances dépendent aussi de l’équipe et jouer le maintien en Bundesliga rend une candidature en équipe de France compliquée. La concurrence est en plus féroce, avec de très bons joueurs qui jouent dans des tops clubs donc il faut être réaliste.

On ne se rend pas compte du potentiel qu’a l’équipe de France. Quand vous regardez les joueurs par ligne, c’est incroyable. On peut la comparer à la génération 1998-2000. Dans chaque secteur, il y a au moins un joueur qui évolue dans un top club européen. Il faut savoir le savourer en tant que Français.

Je suis conscient aussi que tout va très vite dans le football et que parfois, certains joueurs en difficulté, en retrouvant un bon challenge, redeviennent des prétendants à une place en Bleus. Actuellement, je suis concentré sur mon football, j’essaye d’améliorer mon jeu, et peut-être que je reviendrai plus tard.

Cinq ans après votre départ de Saint-Etienne, votre club formateur, aimeriez-vous revenir en Ligue 1 ?

Peut-être pas tout de suite. Je me sens bien à l’étranger même si cela fait deux ans que nous somme dans le dur ici. J’ai quasiment passé plus de temps à l’étranger qu’en France désormais. Mais un jour ou l’autre, je reviendrai à Saint-Etienne. C’est peut-être banal de dire que c’est « le club de mon coeur » mais j’ai gardé de nombreux contacts là-bas. Il s’agit de mon club formateur, où je suis arrivé à 14 ans. Ce serait une belle façon de boucler la boucle que de finir ma carrière à Saint-Etienne.