WTA - Serena Williams, c'est trop court ?

Reuters

Avant, après...


« Elle a moins de marge. Pendant très longtemps, elle a été différente de toutes les autres, plus puissante et plus guerrière. Or, elle n’est plus supérieure, ça s’efface. Elle joue beaucoup moins qu’avant. Elle gagnait tout, les autres avaient donc l’habitude de perdre contre elle. Mais quand on commence à voir ça beaucoup moins souvent, ça démystifie. Roger Federer l’a connu aussi. Même si c’est important de se préserver et qu’il y a moins de densité chez les filles, on perd le rythme. Elle avait cette puissance, ce côté animal. Sans que ce soit péjoratif, c’était Mike Tyson, elle faisait peur ! Si tu sais que tu vas prendre une volée, comme face à Novak Djokovic, Rafael Nadal ou Roger Federer, tu n’abordes pas les choses de la même manière… »

 

Un blocage en finale


« Elle se met un stress supplémentaire en finale, Patrick Mouratoglou l’admet. Ce ne sont même pas les 24 qu’elle veut, mais 25, pour être seule devant. Elle a encore disputé des finales dernièrement, donc ce ne serait pas étonnant de l’y revoir encore. Mais elle prend cette volée étonnante face à Simona Halep à Wimbledon. Elle craque à l’US Open 2018 contre Naomi Osaka, dans l’état d’esprit, alors que pendant quinze ans une finale était pour elle un match normal, où il fallait opposer son meilleur pour ne pas prendre une fessée. Désormais, on dirait qu’elle joue pour ne pas perdre. Sur ses quatre dernières finales, elle n’a pas gagné un set. Son retour de grossesse ne l’a pas empêché d’atteindre ces quatre finales, alors comment expliquer ça autrement que par la peur de gagner ? »

 

La nouvelle génération


« Bianca Andreescu et Naomi Osaka ont grandi avec Serena Williams en figure tutélaire, mais elle ne leur a jamais mis de raclées. Quand, dès son premier affrontement, on s’aperçoit que ça matche, on rentre ensuite sur le court en se disant que c’est possible. Elles sont plus insouciantes, le tennis n’est pas leur vie, c’est peut-être aussi pour ça qu’elles sont moins dominatrices. Elles sont extrêmement respectueuses, mais pas intimidées. Un peu comme ceux qui jouaient Björn Borg sur son retour, tu es content et tu as un énorme respect, mais bon voilà… »



 

Le comparatif avec Roger Federer


« Roger Federer a eu ces balles de match à Wimbledon, mais il a déjà fait ce que personne n’a fait, quitte à être dépassé ensuite… Pas Serena Williams. En plus, c’est pour rattraper Margaret Court. Elle doit se dire que si elle peut aller chercher cette femme qui a un discours un peu déphasé, ce n’est pas plus mal. Roger Federer a connu ces moments, il s’est parfois dit 'Tant pis pour mon quinzième ou seizième, ce ne sera pas cette fois'. Mais il est revenu en 2017 à sa manière, en retrouvant le plaisir. Serena Williams, je n’ai pas l’impression qu’elle s’éclate. Elle vient faire le job. Elle n’a ni cette mission comme Novak Djokovic ou Rafael Nadal, ni ce plaisir de profiter comme Roger Federer. Après, si 'Djoko' perdait deux finales de suite, il pourrait aussi être atteint de la même maladie… »

 

L'arrêt forcé et ses conséquences


« Elle aura bientôt 40 ans. Elle ne joue pas assez souvent pour maintenir une constance de résultats, et là, ça ne va pas s’améliorer. Mais c’est pour tout le monde pareil. Personne n’aura six mois pour prendre confiance, elles seront toutes sur un pied d’égalité, mais c’est aussi plus simple de remettre les bouchées doubles à 23 ans… D’autant que son tennis n’est pas celui d’un travail de main et de géométrie du court, c’est celui d’un bulldozer. Si Roger Federer avait le jeu de Rafael Nadal… C’est un cercle vicieux, car elle ne peut relancer tout ça qu’en gagnant. Et puis, je ne le souhaite pas, mais l’histoire du sport est pleine de ceux qui vont chercher la victoire quand elle semble impossible, et à l’inverse de ceux qui sont au-dessus mais butent tout le temps sur la dernière marche. »