Euro 2020 : l'Espagne revancharde, la Suisse décomplexée

Reuters

Contre la surprenante Suisse, cette "Roja" rajeunie par Luis Enrique a l'occasion de prouver qu'elle est de retour sur le devant de la scène continentale, neuf ans après le dernier épisode de son triplé historique (Euro-2008, Mondial-2010, Euro-2012)... et peut y rester. Une trajectoire symbolise son parcours: celle d'Alvaro Morata. L'avant-centre de la Juventus Turin, critiqué et insulté pour sa maladresse en début de tournoi, a gardé la confiance du sélectionneur, et s'est transformé en héros en 8e en délivrant les siens en prolongation, avec un missile du gauche (5-3 a.p.).

Jusque-là mal-aimée, la "Roja" a séduit l'Espagne, et même la presse, qui a commencé à s'enthousiasmer du parcours de cette jeune équipe remaniée, presque sans stars. Ce pari gagnant porte le sceau de Luis Enrique: "C'est le principal artisan de tout cela. Il nous guide, il nous montre la voie à suivre, ils nous a tous pris par la main dans cet Euro, staff et joueurs. Il nous a transmis cela", a salué mercredi le gardien Unai Simon, auteur d'une bourde mémorable contre la Croatie, avant de se reprendre et de réussir plusieurs arrêts décisifs.

La "Roja", "c'est merveilleux"

Une osmose palpable sur le terrain: pour s'adapter à l'adversaire, Luis Enrique peut indifféremment lancer Dani Olmo, Mikel Oyarzabal, Pablo Sarabia ou Gerard Moreno, autour de l'indéboulonnable Morata en attaque. "On est une famille. Il nous est arrivé une infinité de choses, pas forcément positives pour la plupart, et on a réussi à s'en sortir. Il y a énormément d'enthousiasme. C'est une sensation incroyable : quand le mot +ego+ disparaît pour laisser place au mot +équipe+, c'est merveilleux", a savouré après les quarts Luis Enrique, qui avait quitté ses fonctions à l'été 2019 pour rester au chevet de sa fille, morte à neuf ans des suites d'un cancer des os, avant de revenir quelques mois plus tard.

Côté suisse, l'euphorie est toujours présente: la "Nati" a déjà réussi son Euro et tentera de s'offrir un deuxième scalp majeur après celui des champions du monde français (3-3 a.p., 5 t.a.b. à 4), elle qui a souvent rivalisé dans le jeu avec les grosses équipes mais peinait jusque-là à concrétiser. Après des décennies sans remporter un seul match à élimination directe, les Suisses "veulent forcément faire mieux. Un exploit appelle celui d'après", soulignait mardi le quotidien Le Temps, rêvant déjà au destin des demi-finalistes turcs de 2008 ou gallois de 2016, voire des vainqueurs danois (1992) ou grecs (2004) de l'Euro.

Xhaka suspendu

Les Suisses ont surmonté un début d'Euro poussif face aux Gallois (1-1), puis une correction infligée par l'Italie (3-0), pour relever la tête face aux Turcs (3-1) et briser contre les Bleus la double malédiction des rencontres couperets et des tirs au but. La révolte n'est pas seulement venue des cadres comme Xhaka, Seferovic et Shaqiri, souvent critiqués et d'une implication sans faille, mais de tout le groupe, qui a refusé de capituler après le penalty arrêté de Ricardo Rodriguez, puis les deux buts de Karim Benzema, et a vu entrer des remplaçants en feu.

Sur le terrain, les Helvètes ont sublimé le fond de jeu travaillé depuis 2014 avec Vladimir Petkovic: s'ils ont comme d'habitude tenté de construire, ils se sont montrés d'une rare précision en attaque et ont énergiquement ratissé au milieu, même si leur défense reste friable (8 buts encaissés en 4 matches).

Reste à voir comment ils affronteront une "Roja" qui leur disputera plus que les Bleus ou les Turcs la possession du ballon, et surtout comment ils ont récupéré des efforts fournis à Bucarest, avec quatre jours pour souffler contre huit avant leur huitième de finale. Il faudra aussi surmonter l'absence du capitaine Granit Xhaka, suspendu après deux cartons jaunes, et essentiel par le liant qu'il apporte au coeur du jeu, et plus encore par la rage mise à haranguer et replacer les siens.


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