Euro 2020 : Andy Robertson, capitaine courage de l'Ecosse

Reuters

"La vie à mon âge, sans argent, ça craint #besoindunboulot", avait tweeté à 18 ans le jeune Andrew Henry Robertson, obscur joueur de Queen's Park, club de quatrième division écossaise, qui vendait parfois des tickets au stade de Glasgow où l'Ecosse dispute ses matches, pour joindre les deux bouts. Un message de 2012 ressorti des oubliettes et devenu viral, aujourd'hui qu'il est une pièce maîtresse de Liverpool, vainqueur de la Ligue des champions 2019 et champion d'Angleterre en 2020, et alors qu'il s'apprête à conduire sa sélection dans sa première compétitions majeure depuis le Mondial-1998.

Trois ans avant ce message presque en forme de SOS, il avait été viré du centre de formation du Celtic, jugé trop frêle. Obsédé par le football, il était tout près de se résoudre à une carrière de prof de sport, mais ses parents avaient accepté de l'aider encore une saison au sein du club doyen d'Ecosse avant de tourner la page.

De D4 en C1

Le petit coup de pouce du destin a été la rétrogradation en quatrième division, cette année-là, des Glasgow Rangers, pour raisons financières, qui a donné un coup de projecteur inespéré au championnat dans lequel se débattait Robertson. Repéré par Dundee United, club de l'élite, puis parti tenter l'aventure du Championnat d'Angleterre avec Hull, il a vu sa carrière prendre un coup d'accélérateur vertigineux.

"C'est une histoire incroyable, c'est une inspiration pour n'importe quel gamin de cet âge qui n'est pas conservé par un club et laissé de côté", a estimé Jackie McNamara, son entraîneur à Dundee et membre de la sélection qui a joué le Mondial en France. Après avoir fait l'ascenseur avec Hull, relégué pour sa première saison et vainqueur des barrages pour la montée la saison suivante, pour redescendre encore au terme de son troisième exercice, il a malgré tout convaincu Liverpool de miser 8 millions de livres (9 millions d'euros) sur lui pour occuper un poste de latéral gauche à saisir.

Le titulaire de l'époque, l'Espagnol Alberto Moreno, avait été largement considéré comme responsable dans la défaite (3-1) en finale de la Ligue Europa, quelques semaines plus tôt, face à Séville, qui avait privé Liverpool des millions d'euros de la qualification en Ligue des champions promise au vainqueur. Après trois mois d'adaptation qu'il avait lui-même qualifiés de "minables", il avait fini par s'imposer au point d'être le meilleur de son équipe lors de la finale de C1 perdue contre le Real (3-1) en 2018.

Tourné vers l'avenir

Un an plus tard, il a renversé le FC Barcelone de Lionel Messi (0-3, 4-0) lors d'une demi-finale retour d'anthologie, pour cette fois soulever le trophée après avoir écarté Tottenham (2-0) à Madrid en finale. Si sa détermination et sa ténacité en font le joueur-type qu'affectionne Jürgen Klopp, sa qualité de centre a été un élément-clé de la renaissance de Liverpool sous les ordres de l'Allemand.

Sur les trois dernières saisons de Premier League, seuls son coéquipier Trent Alexander-Arnold et le Belge Kevin De Bruyne, avec Manchester City, ont délivré plus de passes décisives. "Je n'ai pas besoin de me pincer aujourd'hui (pour y croire) parce que je suis persuadé d'être assez bon pour jouer à Liverpool et pour être capitaine de l’Écosse", a-t-il affirmé. "Mon but est de le prouver, pas de me pencher sur mon passé d'arrière gauche amateur à Queen's Park", a-t-il ajouté. En aidant les Reds à redevenir champion d'Angleterre trente ans après leur dernier titre, en 2020, il appartient déjà à la légende du club.

En aidant son pays à vaincre la malédiction des éliminatoire et à gagner son billet pour l'Euro, il a écrit une autre page d'Histoire. Par son travail acharné, sa détermination, mais aussi sa qualité dans le jeu, le capitaine écossais incarne parfaitement les valeurs qui ont remis son pays sur la carte du football de très haut niveau.

 


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