Pinot à l'attaque, Alaphilippe en défense

Reuters

Décidément, Thibaut Pinot et Julian Alaphilippe sont indissociables sur ce Tour de France. Au lendemain de leur doublé au sommet du Tourmalet, c'est l'attaque du premier, dans l'ascension du Prat d'Albis, qui a forcé le second à afficher pour la première fois ses limites sur ce Tour de France. Et si Simon Yates l'a privé d'une nouvelle victoire d'étape (*), le Franc-Comtois reste le grand vainqueur du jour au classement général, le plus impressionnant des prétendants désignés pour la victoire finale depuis le départ de Bruxelles, si l'on met Alaphilippe de côté.

Pas rassasié par sa victoire de la veille, Pinot a donc pris ses responsabilités, encore une fois. Après le coup de vis habituel de David Gaudu pour hausser le rythme dans un groupe des favoris déjà bien essoré par le Mur de Péguère (9,3km à 7,2%), le leader de la Groupama FDJ a attaqué à un peu plus de six kilomètres du sommet du Prat d'Albis (11,8 km à 6,9%). Geraint Thomas, dans le dur, comme la veille, n'a pas pu suivre, tout comme Steven Kruisjwijk, soit le deuxième et le troisième du classement général. Seuls Alaphilippe, Emanuel Buchmann et Egan Bernal ont tenté de suivre le Français, mais ils ont cédé les uns après les autres. Le Maillot Jaune, d'abord, à 4 kilomètres du but. Puis le jeune Allemand, et enfin le prodige colombien.

Pinot n'avait plus que deux hommes devant lui, Mikel Landa, parti dans le Mur de Péguère, dans une offensive de grande classe, puis Yates. Il n'arrivera à revenir que sur l'Espagnol, pour grappiller quelques bonifications supplémentaires, qui pourraient compter vu les écarts très faibles au classement général: 39 secondes entre Thomas, deuxième (+1'35"), et Buchmann, sixième (+2'14"), Pinot remontant de son côté au quatrième rang (+1'50").

Devant eux, il reste encore et toujours ce diable d'Alaphilippe, qui a toutefois montré des signes de fatigue, pour la première fois depuis deux semaines, à 4 kilomètres du sommet. D'abord décroché par Pinot, il s'est ensuite accroché au wagon Ineos, avant de voir Thomas accélérer un peu plus loin pour lui reprendre quelques secondes. A l'arrivée, les signes de fatigue étaient visibles sur le visage du Maillot Jaune. "C'était difficile, je m'y attendais, a-t-il réagi. Je ne suis pas déçu, je suis juste complètement épuisé. Ce n'est pas une surprise pour moi de craquer devant les meilleurs grimpeurs, avec tout ce que j'ai donné depuis deux semaines."

Alaphilippe va tout de même sortir des Pyrénées en jaune, encore, avec une avance encore plus importante qu'il y a quatre jours. Il est toujours dans le coup, mais il sait qu'il sera attaqué dans les Alpes, et ils sont désormais cinq, dans un mouchoir de poche, parmi ses adversaires (Thomas, Kruijswijk, Pinot, Bernal, Buchmann) à pouvoir rêver de la victoire finale, ou du podium en joli lot de consolation. Parmi eux, deux Tricolores. "Si je craque, glisse Alaphilippe, j'espère que Pinot va reprendre le flambeau côté français." On peut compter sur lui.

(*) C'est la deuxième victoire en quatre jours en revanche pour Yates, qui était le plus fort d'une échappée de 36 coureurs où l'on retrouvait bon nombre de battus de ces deux premières semaines, comme Vincenzo Nibali, Romain Bardet, Nairo Quintana, Dan Martin ou encore Bauke Mollema.