L'ATP et l'heure de la transition

Panoramic

Andy Murray vient de remporter son 3ème titre au Masters 1000 de Shanghai aux dépens de Roberto Bautista Augut (7/6 6/1). Cette tournée asiatique (Pékin/Shanghai), survolée par l’Ecossais, laisse planer le doute sur un éventuel retour des joueurs qui ont dominé le tennis mondial durant plusieurs années.

Murray bientôt au sommet ?

En remportant le 41ème titre de sa carrière, le natif de Glasgow assoit un peu plus sa suprématie sur cette deuxième partie de saison. Il détient à son actif 65 victoires (record en 2016) et marche sur l’eau depuis le mois de juin : mise à part une déconvenue à l’US Open, ce sont des victoires au Queens, à Wimbledon, aux Jeux Olympiques, à Pékin et à Shanghai.

Largement connu du grand public, AM a, il faut le reconnaître, évolué dans l’ombre du Big Four durant toutes ces années (en terme de Grand Chelem remportés). En effet, il ne compte « que » trois tournois du Grand Chelem à son palmarès (2 Wimbledon et 1 US Open avec notamment 5 finales perdues à l’Open d’Australie) contre 17 pour Federer, 14 pour Nadal et 12 pour Djokovic. Même Stan (Wawrinka) l’a égalé dernièrement (3ème titre du Grand Chelem pour le Suisse après sa victoire à l’US Open 2016). L’image d’éternel dauphin lui colle donc à la peau (il n’a jamais eu la chance d’être n°1 mondial).

Une certaine frustration peut s’installer lorsque l’on se dit qu’un tel joueur n’écrira pas l’histoire comme il aurait pu l’écrire s’il n’avait pas évolué en même temps que ces ogres tennistiques. Mais la tendance peut s’inverser ! Il faut désormais ajouter à sa belle forme du moment et au déclin que l’on connaît depuis quelques années de Federer et Nadal la perte de motivation du n°1 mondial (Djokovic). Le Serbe a laissé entendre qu’il n’était plus aussi bien, psychologiquement et mentalement, depuis Roland Garros. La motivation et le plaisir de jouer sur le court et à l’entrainement ne seraient plus de la partie.

« J’ai rencontré beaucoup de difficultés à profiter du temps que je passais sur le court après Roland-Garros. J’étais épuisé mentalement et émotionnellement. Les trois derniers mois ont été marqués par des hauts et des bas. Je ne ressens plus cette joie intérieure de jouer. Donc ma priorité est désormais de retrouver avant toute chose cette joie intérieure, de me sentir heureux sur le court. Tout le reste arrive en second ». Ces déclarations laissent paraître le côté humain du Serbe, qui n’est finalement pas un robot avant d’être un champion.

Murray n'a plus désormais que 2000 points de retard sur le Djoker, qui va vraisemblablement être en deçà (des performances qu’on lui connaît habituellement) en cette fin de saison. En gagnant Vienne, Bercy, ainsi que le Masters à Londres, Andy pourrait mathématiquement devenir n°1 mondial... mais le chemin reste long !

Un « Big Four » décimé

Nous en sommes pleinement conscients, malheureusement -ou heureusement pour d’autres-, le Big Four n’est plus ce qu’il était. Son explosion en cours est due aux déclins de deux géants : Roger Federer et Rafael Nadal. Pour le premier, le physique et l’âge commencent certainement à se faire ressentir. RF a déclaré forfait pour le reste de la saison après Wimbledon (opération), ce qui l'a fait littéralement chuter au classement ATP. Pour Rafa, de multiples points d’interrogation foisonnent depuis 2-3 saisons. Pas épargné par les blessures, il ne joue désormais que deux tiers de ses saisons pleinement et ne nous fait part de son talent que par à-coups. Il n'a plus la régularité dans les résultats dont il faisait preuve lors de ses heures de gloire. Le Taureau ne fait plus peur à ses adversaires : beaucoup de ses fans ne souhaitent pas l’admettre, mais l’Espagnol ne retrouve pas son niveau et cela se ressent au classement ATP avec une dégringolade au 6ème rang mondial mi-octobre.

13 ans ! C’est le nombre d’années pendant lesquelles RF et/ou Rafa sont apparus dans le top 4 mondial. De 2003 à 2016, ces deux joueurs se sont livrés un duel mémorable et ont partagé énormément de titres. Aujourd’hui, aucun des deux n'apparaît dans le top 5… L’émergence de Stan Wawrinka (ou de Nishikori) s’ajoute à cela. Comme cela a été dit précédemment, la baisse de régime de Djokovic, causée par des problèmes de motivation, pourrait même l’amener à perdre quelques places au classement ATP (mais ça reste moins sûr, connaissant l’esprit compétitif de Nole).

Eclosion de champions

Autre facteur alarmant, la fin de vie sportive (du moins au très haut niveau) de grands cadres du top 10. Nous pensons évidemment à David Ferrer ou Tomas Berdych, qui étaient dans le top 8 mondial depuis plus de 5 ans (15ème et 10ème aujourd’hui).

Faut-il s’inquiéter de tous ces mouvements inhabituels ? En tant qu’amoureux du tennis, doit-on s’attendre à une régression de popularité, de niveau ? Comme dans tous les domaines, il existe des cycles. Alors, ne nous effrayons pas : la phase de transition débute doucement. Laissons la place et du temps aux pépites de demain, et il y en a, c’est indéniable. Qu’ils aient entre 19 et 23 ans, la nouvelle vague du tennis mondial arrive à pas de géants et armée jusqu’aux dents.

Que ce soit des joueurs fantasques comme Kyrgios ou des plus talentueux comme Zverev ou Thiem, en passant par les plus travailleurs comme Pouille ou Coric, la relève est assurée. L’Allemand et le Français viennent de remporter leur 1er titre ATP, à St Petersburg et Metz respectivement. Quant à l’Australien, il s’est imposé à Tokyo (ATP 500). La sérénité, la gestion du stress et la régularité vont petit à petit s’ajouter à leur arsenal de jeu. Ils seront donc à coup sûr de la partie dans les années à venir

En revanche, impossible de prédire si un seul joueur dominera la hiérarchie ou si cette compétition sera des plus ouvertes.

Mais en attendant messieurs, avant que les élèves ne dépassent les maitres, continuez à nous faire vibrer. Tant que vous n’êtes pas morts, nous vous soutiendrons !

A. Prot
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