Kyrgios, Kokkinakis, Chung, Coric, Zverev : le futur « BIG 5 » ?

Panoramic

Alors que la génération 1990-1994 composée des Dimitrov, Goffin, Janowicz, Raonic, Thiem et autres Tomic éprouve encore toutes les peines du monde à se trouver un véritable leader, digne de ce nom, capable de venir mettre à mal l’hégémonie des briscards du « BIG 4 & Co. », la suivante (née entre 1995 et 1999) pointe désormais ouvertement le bout de son nez ! De fait, à l’heure même où les moyennes d’âge du Top 100 (plus de 28 ans) et du Top 10 (plus de 30 ans) n’ont jamais été aussi élevées dans l’ère-open (depuis 1968), 5 ados ont réussi à se faire une petite place au sein de l’élite du tennis mondial. Du sulfureux Nick Kyrgios, l’ainé d’entre eux (20 ans) au benjamin Alex Zverev (tout juste 18 printemps), présentation de ce quintette de «teenagers» en devenir.

Nick KYRGIOS (Australien, né le 27/04/1995, meilleur classement : 25e)

«Grand frère» indiscipliné de ce cru 1995-1999, vainqueur de l’Open d’Australie junior en 2013 (face à son compatriote Kokkinakis), Kyrgios se révèle à 19 ans lors de Wimbledon 2014 par le biais de 2 victoires épiques. La première obtenue contre Richard Gasquet après un sensationnel come-back qui le verra remonter un handicap de 2 sets à 0, tout en sauvant au passage la bagatelle de… 9 balles de match !!! Puis la seconde, au tour suivant, où le natif de Canberra récidivera en écartant avec autorité un certain Rafael Nadal, ancien double vainqueur du tournoi et encore N.1 mondial à cette époque !

Doté d’incontestables qualités (en particulier au service et en coup-droit), cet excentrique cogneur d’origine gréco-malaisienne a depuis (hélas) fait plus parler de lui pour ses frasques que pour ses performances sur les courts. En dépit de ses progrès au classement (il est passé de la 52e place en 2014 à la 30e fin 2015, après un pic au 25e rang au mois de juin), de son quart-de-finale en Australie ou encore de ses 3 succès face à des Top 10 (Federer, Wawrinka et Raonic), Nick a encore du mal à canaliser sa fougue. En attestent ses multiples dérapages, provocations, insultes (notamment face à Wawrinka ou encore à l’encontre d’un malheureux ramasseur de balles au Masters du Canada 2015) et autres gestes d’humeur via un grand nombre de raquettes fracassées, sans parler de certaines de ses fréquentations peu ou pas recommandables…

Dommage, car ce joueur aussi puissant que bouillonnant, à mi-chemin entre Marat Safin et Gaël Monfils (ses 2 idoles), possède un talent indéniable. Et même si l’on peut supposer qu’il manquera certainement toujours de constance et de sérieux pour devenir un champion ultra-régulier, on peut néanmoins (et légitimement) s’attendre à bien mieux de sa part. Désormais encadré par l’ancien N.1 mondial Lleyton Hewitt (son compatriote, dernier vainqueur «aussie» en Grand-Chelem), Kyrgios dispose incontestablement du potentiel nécessaire pour gagner un jour une paire de titres majeurs. Mais le quid chez Nick, c’est la tête… pas la raquette !

Thanasi KOKKINAKIS (Australien, né le 10/04/1996, meilleur classement : 69e)

Symbole du renouveau de l’école tennistique des «Wallabies», dans le sillage direct de Kyrgios, on retrouve un autre «rookie» austral. En 2013, à 17 ans, le jeune homme (lui-aussi d’origine grecque) se hisse en finale de 2 tournois du GC junior (défaites contre Kyrgios en Austalie puis contre Coric à l’US Open). Son éclosion sur le circuit principal aura finalement lieu début 2015, à domicile. Lors de l’Australian Open, il sort d’abord le fanfaron Ernests Gulbis (13e mondial à cette époque et ancien demi-finaliste de RG 2014). Dans la foulée, Thanasi remporte son 1er match en Coupe Davis, se défaisant du Tchèque Lukas Rosol tout en faisant montre d’un «fighting spirit» de 1er plan pour renverser le match après avoir été mené 2 manches à rien. Lancé, il enchaine alors en passant 3 tours au Masters 1000 d’Indian Wells en disposant des expérimentés Garcia-Lopez et Juan Monaco.Alors aux portes du Top 100, il se hissera ensuite au 3e tour de Roland-Garros en battant son compatriote Bernard Tomic avant de s’incliner face au N.1 mondial Djokovic.

A la différence de Kyrgios plus à l’aise sur gazon (et malgré un style de jeu similaire), Kokkinakis (1,96m) semble lui capable de s’épanouir pleinement sur ocre. Se montrant parfois lui-aussi caractériel (comme le prouve sa violente altercation avec l’Américain Harrison à Cincinnati), «TK» semble tout de même (quelque peu) plus mature que son ainé. Pour preuve, le 80e mondial (après un pic à la 69e place en juin dernier) a décidé de réduire son activité sur les réseaux sociaux, de surveiller de plus près son alimentation et de mettre l’accent sur un travail foncier approfondi en vue de la saison 2016… Malgré une opération de l’épaule qui devrait compromettre son début de saison, son entrée dans le Top 50 parait donc imminente.

Hyeon CHUNG (Sud-Coréen, né le 19/05/1996, meilleur classement : 51e)

Probablement le moins connu de la bande, Chung fait pourtant parler de lui dès la saison 2013 en atteignant la finale de Wimbledon junior, où il sera défait par l’Italien Gianluigi Quinzi. Mais alors que ce dernier stagne désormais aux alentours de la 300e place mondiale, l’espoir sud-coréen a quant à lui connu une ascension bien plus spectaculaire, passant de la 173e place (fin 2014) aux portes du Top 50 en un an (51e au terme de la saison 2015). Un énorme bond dans le classement d’ailleurs salué par ses pairs qui lui ont décerné l’«ATP award» de la meilleure progression cette année.

En outre, et même si sa plus grande performance demeure pour l’heure un modeste quart-de-finale en tournoi ATP 250, ce « player made in USA » (formé au sein de la prestigieuse académie de Nick Bollettieri, à l’instar de son «cousin» japonais Nishikori) a démontré de belles choses cette saison, en particulier lors de l’US Open où il a passé pour la 1ère fois un tour en Grand-Chelem, avant de contraindre Stan Wawrinka à disputer 3 tie-breaks de suite pour se débarrasser de lui. Du haut de son mètre 85, une taille conséquente voire idéale dans le tennis moderne et assez rare (sans vouloir tomber dans le cliché) pour un tennisman asiatique, le rigoureux Hyeon dispose encore visiblement d’une marge de progression plus qu’intéressante devant lui. Alors jusqu’où ira-t-il ? Difficile à (pré)dire pour l’instant.

Borna CORIC (Croate, né le 14/11/1996, meilleur classement: 33e)

Et si c’était lui la superstar de demain ? Victorieux de l’US Open junior 2013 (aux dépends de Kokkinakis) à 16 ans, ce Croate d’1,85m a été la grande révélation de la saison précédente (2014). D’abord en Coupe Davis par le biais d’un succès en 5 sets face au géant polonais Janowicz, puis au tournoi de Bâle où (en tant qu’invité) il se permettra le luxe de taper coup sur coup Gulbis, Golubev puis Nadal ! Entré dans le Top 100 fin 2014, sa trajectoire vertigineuse se confirme en 2015.

A Dubaï, il s’offre cette fois le scalp d’Andy Murray, signant ainsi sa 2e victoire contre un membre du BIG 4 (après celle obtenue face à Nadal) à seulement 18 ans ! Dans la foulée, il passe même deux tours à Roland-Garros. Venu à bout de Tommy Robredo (un des meilleurs spécialistes de la terre-battue) en près de 4h d’un match éreintant au 2e tour, il s’inclinera ensuite assez sèchement, épuisé, face aux frappes lourdes de l’Américain Jack Sock… C’est justement sur ce point que le bât blesse encore pour le petit prodige, le défi physique (notamment en termes de récupération) étant toujours, à l’heure actuelle, ce qui semble lui poser le plus de problèmes… Car si le natif de Zagreb parvient à gagner du «coffre» tout en devenant un chouia plus incisif sur sa mise en jeu, nul doute qu’il inscrira tôt ou tard son nom au palmarès de quelques tournois dans la catégorie «Grand-Chelem».

A ce sujet, de nombreux observateurs voient même carrément en lui le futur patron du circuit ! A commencer par John McEnroe pour lequel cela ne fait aucun doute : il l’a ainsi dores et déjà annoncé haut et fort : « d’ici 2 ou 3 ans, Coric sera assurément l’un des hommes forts du Top 10 mondial ! ». En attendant que les prévisions de «Big Mac» se réalisent (ou pas !), le jeune Borna a déjà réussi à grimper jusqu’au 33e rang mondial à l’été dernier. De surcroît, à l’instant où nous parlons, il est aussi le plus jeune des pensionnaires du Top 50 (44e)…

Alexander ZVEREV (Allemand, né le 20/04/1997, meilleur classement: 74e)

Dans la famille Zverev, je demande : « le petit frère » ! Eh oui, chez les Zverev, le tennis c’est avant tout une entreprise familiale. Le papa-entraineur, de nationalité russe (Alexander senior), était professionnel dans les années 1980. Son 1er fils, Misha, lui a logiquement emboité le pas en devenant lui aussi pro aux débuts des années 2000. Désormais, c’est au tour du petit dernier, le bien nommé Alexander junior, de reprendre le flambeau. Né à Hambourg, il fait toutes ses classes en Allemagne avant d’être sacré champion du monde junior en 2013.Mais c’est en 2014 que le grand public découvre réellement ce grand serveur (1,98m) à l’occasion du tournoi de sa ville natale (Hambourg).

Titulaire d’une «wild-card» (invitation), Alex junior créera ainsi la sensation en éliminant tour à tour un quatuor de joueurs d’expérience (Haase, Youzhny, Giraldo et Kamke) avant de venir buter sur David Ferrer en demi. Suite à un petit passage à vide, certainement dû au contrecoup psychologique du «buzz»médiatique suscité par ses débuts tonitruants, Alex semble s’être ressaisi. Plus serein, ses résultats encourageants sur la 2e partie de la saison 2015 laissent augurer de bonnes choses à son égard dans la perspective des 2-3 années à venir. Plus jeune joueur à avoir atteint le dernier carré en ATP 500 depuis Rafa Nadal en 2004, élu révélation de l’année par l’ATP en 2015, Zverev est actuellement le benjamin du Top 100 (83e). Considéré par beaucoup, à l’instar de Coric, comme le plus gros potentiel de sa génération, il se sait déjà très attendu en vue de la saison 2016.

Classement des «teenagers» du Top 100 fin 2015

Place Nom, Prénom Tournois joués Points
30 Kyrgios, Nick 20 1260
44 Coric, Borna 30 941
51 Chung, Hyeon 23 817
80 Kokkinakis, Thanasi 20 656
83 Zverev, Alexander 24 647

 

Mais aussi… 

Plusieurs autres jeunes à forts potentiels emmargent encore non loin de la vitrine du Top 100. Citons notamment Kyle EDMUND (Britannique de 20 ans, 99e en août et 102e en fin d’année, qui a fait trembler David Goffin lors de la finale de la Coupe Davis), Yoshihito NISHIOKA (Japonais, 20 ans, meilleur classement: 117e), Elias YMER (Suédois, 19 ans, 136e), Jared DONALDSON (Américain, 19 ans, 146e), Matteo DONATI (Italien, 20 ans, 159e), Karen KACHANOV (Russe, 19 ans, 164e), Nicolas JARRY (Chilien, 20 ans, 172e), Laslo DJERE (Serbe, 20 ans, 173e), Andrey RUBLEV (Russe, 18 ans, 176e), Taylor FRITZ (Américain, 18 ans, 176e), Frances TIAFOE (Américain, 17 ans, 178e), Calvin HEMERY (Français, 20 ans, 199e), Quentin HALYS (Français, 19 ans, 216e), Gianluigi QUINZI (Italien, 19 ans, 332e) ou encore Stefan KOZLOV (Américain, 17 ans, 354e), etc.

Quelles perspectives pour les 2-3 prochaines saisons ?

Même si la lente érosion du BIG 4 semble maintenant amorcée (en particulier pour Federer et Nadal), il parait peu probable de voir de gros bouleversements de la hiérarchie dès 2016. De fait, Djokovic, Murray, Wawrinka, voire même Federer et Nadal devraient encore être en mesure de jouer les 1ers rôles pour la saison à venir.

Ceci dit, à partir de 2017 (année durant laquelle Djokovic et Murray passeront eux-aussi le cap fatidique de la trentaine) et ensuite, les cartes semblent vouées à être (enfin) redistribuées. Et là, bien malin est celui qui pourra deviner ce qui arrivera. On risque fort d’assister à un télescopage en règle entre la génération dite des «Dimitrov-Raonic» et celle des «Kyrgios et compagnie». Qui sortira alors vainqueur de ce mano-a-mano programmé ?

D’un côté, la plupart auront certainement un appétit décuplé après tant d’années passées à manger leur pain noir pendant toute l’écrasante période de domination du BIG 4, et de l’autre, les espoirs d’aujourd’hui auront eux-aussi (à n’en pas douter) les dents plus longues que jamais… Un chiffre illustre néanmoins que ce bras de fer annoncé risque fort de tourner à l’avantage des plus jeunes : fin 2015, 10 joueurs de moins de 20 ans sont classés dans les 200 premiers mondiaux, une première du genre depuis… 2006 !

Retrouvez les articles de ce rédacteur sur Your Zone