Indian Wells-Miami : chroniques du Sunshine Double

Panoramic

Deux Masters 1000 à part, des conditions opposées

Les Masters 1000 sont de grands tournois, la 2ème catégorie la plus prestigieuse après les GC. Certains, par leur histoire, leur palmarès, leur cadre, en font même des tournois mythiques comme Monte-Carlo, Rome, l'Open du Canada, Bercy... et peut-être surtout Indian Wells et Miami. Ces tournois ont toujours une "optique préparatoire", ceux sur terre visent à préparer Roland-Garros ; le Canada et Cincinnati ont pour horizon l'US Open ; Shanghai puis Bercy préparent le Masters (si bien que Bercy est souvent le sacrifié du calendrier).

Seuls Indian-Wells et Miami n'ont pas de "carotte" plus grosse au bout, ils sont donc en soi les 2 gros événements majeurs du début de printemps et la conclusion de la première partie de saison sur dur. Ajoutons à cela leur format, 96 joueurs engagés, 32 têtes de série (bye au 1er tour certes) et une durée de 15 jours, cela donne même un petit parfum de grand chelem... Et quel regret de ne plus avoir de finales au meilleur des 5 sets...

La transition entre les 2 tournois est toutefois difficile, from West Coast to East Coast, du désert aride de Californie (le cadre de ce tournoi est assez incroyable) à la moiteur humide de Floride, les joueurs doivent jongler avec des conditions de jeu assez opposées, de l'avis global avec une surface plus lente à Miami qu'à Indian-Wells. Voilà pourquoi gagner les 2 d'affilée, même si l'exploit a été fréquent, reste une performance rare, qui doit nous rappeler la période dorée que nous vivons tennistiquement.

Le "sunshine double", un véritable exploit pourtant banalisé

Depuis 2000, ils sont 3 à avoir réalisé le sunshine double :
- André Agassi en 2001
- Roger Federer en 2005, 2006 et 2017
- Novak Djokovic en 2011, 2014, 2015 et 2016

Ajoutons à cela 4 joueurs au siècle précédent : Jim Courier, Michael Chang, Pete Sampras et Marcelo Rios.

L'exploit du Serbe est rare, il a réussi à "tripler le doublé", restant invaincu entre sa défaite surprise à Miami en 2013 face à Tommy Haas jusqu'à celle, logique, face à Nick Kyrgios en 2017 à Indian-Wells. Djokovic est le roi incontesté de cette période de la saison avec 5 titres à Indian Wells (2008, 2011, 2014, 2015, 2016) et 6 à Miami (2007, 2011, 2012, 2014, 2015, 2016). Même Roger Federer n'a pas fait mieux avec 5 titres à Indian-Wells mais "seulement" 3 à Miami, où l'humidité et la lenteur relative des courts le desservent quelque peu.

Si on va plus loin, l'Open d'Australie étant LE gros tournoi d'un début de saison qui se clôt à Miami, on constate que ces 3-là ont poussé le vice et l'excellence jusqu'à réussir le triplé Melbourne-Indian-Wells-Miami : Agassi en 2001, Federer en 2006 et 2017 (grand écart temporel magistral là aussi), et Djokovic en 2011, 2015 et 2016. Là encore, le Serbe a une longueur d'avance sur tout le monde.  Vainqueur à Melbourne et Indian Wells en 2009, Nadal a calé à Miami ensuite... Djokovic/Federer/Agassi : et si on tenait là les 3 meilleurs joueurs sur dur extérieur du 21ème siècle ?

Autre particularité statistique étonnante, ces 2 tournois ne s'offrent pratiquement qu'aux cracks, pas ou très peu de vainqueurs surprises comme c'est parfois le cas à Bercy, Toronto ou Cincinnati. Depuis 2000, sur 36 éditions confondues, seuls 3 joueurs ont gagné sans avoir jamais été n°1 mondial : Corretja à Indian Wells en 2000, Davydenko à Miami en 2008 et Ljubicic à Indian Wells en 2010. Ajoutons que ces 3 joueurs ne sont pas non plus les premiers venus de leur époque... Sur les 33 autres éditions, le nombre de vainqueurs est très limité et parle de lui-même... Sampras, Agassi, Hewitt, Federer, Roddick, Nadal, Djokovic, Murray : que des cracks on vous dit !

Dernier point à souligner sur le "cas Nadal" : l'Espagnol, vainqueur 3 fois à Indian Wells en 2007, 2009 et 2013, préfère nettement l'air californien à l'air floridien. Une petite anomalie dans son palmarès, Miami (au même titre que Bercy, Shanghai et le Masters) fait partie des tournois de prestige qui lui échappent encore. Pire, Rafa a même la vilaine habitude de perdre la finale à Key Biscayne tous les 3 ans : en 2005 face à Federer (après avoir mené 2 manches à rien), en 2008 surpris par Davydenko, en 2011 puis 2014, maltraité par "Cosmic Djokovic", et en 2017 victime du retour en grâce de Roger Federer. Gentil, le Suisse lui dira qu'il est trop bon pour ne pas gagner un jour ce tournoi... revanche en 2020 ?!

Federer pour surfer sur la vague, Nadal pour reprendre le trône

La place de n°1 est encore en jeu : forfait à Acapulco, Nadal peut quand même espérer reprendre le trône. Mais Federer a son destin en main : s'il conserve son titre en Californie, il rempilera provisoirement pour au moins 2 semaines. L'état de forme de Nadal restant incertain, malgré ses 2000 points à défendre, Federer a des chances raisonnables de quitter Miami sur le trône mondial. Autrement dit, de passer la saison sur terre tranquille sur son canapé en étant assuré de rester n°1...

A part le Suisse invaincu, personne ne se détache vraiment sur ce début de saison, voici donc les forces en présence pour ces 2 tournois :

***** : Federer, vainqueur à Melbourne et Rotterdam, il tentera de surfer sur la vague dans des conditions de jeu où il excelle. Favori à Indian Wells, peut-être un peu moins à Miami...

**** : Nadal, impossible de le sous-estimer, même diminué.

*** : Cilic, finaliste à Melbourne et n°3 mondial, il a prouvé qu'il peut être un client dans les grands rendez-vous.

** : Leur état physique, leur forme et leur niveau de jeu posent questions en ce début de saison, mais ce sont des outsiders inévitables : Djokovic, Thiem, Dimitrov, Del Potro, A. Zverev, Kyrgios.

* : Ils ont réussi leur début de saison et espèrent légitimement frapper un grand coup dans la catégorie au-dessus : Pouille, Chung, Schwartzman, Khachanov, Tiafoe, Edmund.

Top 5 des plus grands matchs

Petite rétro forcément subjective...

5/ Federer bat Kyrgios 7/6 6/7 7/6 (Miami 2017, 1/2 finale)
Une night-session, une ambiance électrique, un choc entre sa majesté Federer et le joueur le plus charismatique de la Next-Gen, le tout au bout du suspense. Chaud bouillant, vainqueur deux fois de Djokovic, Kyrgios frôle l'exploit mais Federer est intouchable en ce début de saison : un dernier service gagnant, une raquette fracassée et une poignée de main virile pour clore un gros combat. Le Suisse gagnera le titre le lendemain en battant facilement Nadal.

4/ Djokovic bat Nadal 4.6 6/3 7/6 (Miami 2011, Finale)
Les H2H de Nadal face à Djokovic en 2011 sont un cauchemar, 6 défaites en finale à Indian Wells, Miami, Madrid, Rome, Wimbledon et Flushing ! Celle de Miami est sans doute la plus disputée et celle où Rafa pousse le plus Nolé dans ses retranchements. Globalement dominateur, il ne peut rien faire face au Serbe dans un tie-break chirurgical qui transpire la confiance. Ce dernier était en route pour renverser le n°1 mondial dans quelques mois au cours de cet inclassable cru 2011 pour lui.

3/ Nadal bat Del Potro 4/6 6/3 6/4 (Indian Wells 2013, Finale)
Le retour en grâce ! Blessé et écarté des courts pendant 7 mois, Nadal, vainqueur à Rio sur terre juste avant, valide définitivement -et de quelle manière- son retour au premier plan. Une finale d'une qualité de jeu exceptionnelle face au tout meilleur Del Potro. Rafa peut tomber à la renverse : il réalisera en 2013 une de ses plus belles saisons, restant invaincu sur le ciment extérieur américain !

2/ Sampras bat Kuerten 6/1 6/7 7/6 7/6 (Miami 2000, finale)
Un classique pas si fréquent des années 90/2000 mais une opposition de style hyper-plaisante. N°1 mondial cette saison, Guga, pourtant pas sur sa terre fétiche, oppose une magnifique résistance à Pete Sampras, pas loin de faire chavirer Crandon Park dans un 5ème set. Une affiche vintage à se remémorer.

1/ Federer bat Nadal 2/6 6/7 7/6 6/3 6/1 (Miami 2005, finale)
A peine âgé de 18 ans et sans référence sur le grand circuit, le petit Majorquin au pantacourt et aux gros biscotos pose déjà d'énormes problèmes au maitre incontesté du circuit. Ecoeuré par la défense adverse, mené 6/2 7/6 4/1, Federer en fracasse même sa raquette de rage (un geste très rare chez lui, qu'il réitérera ici-même 4 ans tard pour les connaisseurs...). Pourtant, inexplicablement, le match va basculer et le Suisse, prêt à mourir avec ses idées, chaparde le 3ème set et se jette à l'attaque de plus belle pour renverser un Rafa épuisé. Un match mythique de leur rivalité.

J.Stellon (@j_stellon)
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