Pas de quoi fanfaronner 

Reuters

Et si… Et si Jacques Brunel n’avait jamais quitté le giron de la Fédération italienne de rugby (FIR), dont il fut le sélectionneur au chevet de la Squadra Azzurra durant cinq saisons, pour venir infiltrer le XV de France et mieux torpiller le voisin tricolore. On s’amuse, on rigole… Mais quelle misère ! Vous aviez « aimé » la première période des Bleus en Irlande ? Que dire alors de cette entame de match à Rome, où la remise en cause supposée de tout un groupe, le travail technique et tactique de toute une semaine s’illustrent encore de manière affligeante par un premier quart d’heure d’une pauvreté abyssale.

Où les coéquipiers de Guilhem Guirado, touché aux côtes et contraint de quitter très tôt ses partenaires (19e), perdent leurs deux premiers lancers en touche, où Antoine Dupont « dégueule » un de ses premiers lancements de jeu pour offrir ses premiers points face aux poteaux au buteur local et ancien Perpignanais Tommaso Allan (6e), avant que la mêlée tricolore ne soit emportée comme un fétu de paille sur la première poussée (12e). Dramatique.

Penaud, faiseur de miracle

De quoi sombrer un peu plus, mais puisque l’Italie… est l’Italie, son péché mignon sur sortie de camp est exploité par Maxime Médard, dont la relance, fatale à un Sergio Parisse, qui fait son âge à l’heure des adieux, profite à Damien Penaud. Sur l’aile droite, le un contre deux est bien joué à l’intérieur par le Clermontois pour Dupont et le premier essai en bleu du Toulousain (6-7, 17e). Un sursaut que les « gros » ont le bon goût de confirmer dans la foulée en se rachetant en mêlée fermée pour offrir sa première pénalité à Romain Ntamack (6-10, 21e).

Mais cet éclair de lucidité n’est rien au regard de cette première période, où la France, bien que capable cette fois de s’extraire de ses propres 22 mètres, est une fois encore réduite à écoper encore et encore. La possession est italienne (60% à l'issue du match) et c’est un miracle que Parisse et les siens n’obtiennent pas la récompense à leur domination. Il s’en faut d’un mauvais rebond sur la protection des poteaux pour priver le jeune Marco Zanon (21 ans) d’un premier essai pour sa première sélection (23e). Ou encore d’une absence d’images probantes pour permettre à la vidéo de valider ce maul italien conquérant (27e), avant que les Français ne finissent ces quarante premières minutes arc-boutés sur leur ligne d’en-but (39e). Quelle tristesse !

La D2 du Tournoi ne trompe pas : ce lever de rideau, avant l’explication entre les meilleures nations, se dispute sur un train de sénateur et c’est encore l’Italie qui démontre le plan de jeu le plus abouti, à défaut de pouvoir concrétiser. Mais après quatre pénalités qu’il n’a pas eu l’opportunité de tenter avant la pause – à l’irlandaise… - Allan ne rate pas la cible à la reprise (9-10, 43e). Incapable d’imprimer sa patte sur ce match, et concrètement d’aligner deux temps de jeu dignes de ce nom, l’équipe de France s’en remet à de rares fulgurances. Et les Toulousains sont à la baguette sur ces crochets et cette sautée de Ntamack pour Médard, qui envoie Yoann Huget franchir la ligne pour la quatrième fois de cette édition (9-17, 46e). Mais puisque la Nazionale a de la suite dans les idées et Cap’tain Parisse encore la moelle pour emporter à la corne Ntamack sur son passage, c’est en filou que le n°9 Tito Tebaldi pointe surtout la naïveté de la défense tricolore pour ramener son équipe à trois petits points (14-17, 55e). Et encore Allan a-t-il échappé sept points au pied, dont un coup de pied à 25 mètres face aux perches…

On ne cherche plus à comprendre où veulent en venir les Bleus avec cette penaltouche... derrière laquelle Ntamack tente et réussit le drop (14-20, 63e). Mais c’est bien derrière une quatrième incursion dans l’en-but français qui n’est pas validée pour un en-avant de Tebaldi tout proche du doublé (66e). Une fin de match en apnée avec ce carton jaune pour accumulation de fautes et Chat qui laisse les Bleus à quatorze, sans talonneur – 3 piliers et Priso au talon vont finir le match… - et… sauvés par Penaud, auteur d’une défense in extremis sur Zanon (75e). Alors que deux Italiens attendaient pour aplatir l’essai d’une victoire, qui leur tendait les bras (*), mais que Penaud, décisif jusqu’au bout, scelle en contre (14-25, 80e). Rarement succès aura été vécu dans un tel malaise, à l’image de la rentrée en jeu houleuse d’un Camille Lopez, « invité » par son staff à prendre le relais de Ntamack après sa transformation manquée. Comme un symbole de ce Tournoi en plein néant.          
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(*) C’est une 22e défaite de rang pour l’équipe d’Italie, qui jouait samedi son 100e match dans le Tournoi depuis son intégration en 2000. Pour un bilan de… 12 victoires.