Serie A : En Italie, le blasphème ne passe pas !

Reuters

"Cela fait partie de son caractère toscan... Mais il est le premier à se sentir mal quand ça lui échappe." La journaliste Ilaria D'Amico, la compagne de Buffon, avait défendu le recordman des matches en Serie A, quelques semaines après qu'il eut sermonné un coéquipier en jurant contre Dieu, lors d'un match en décembre. Le légendaire gardien, actuellement N.2 à la Juventus, s'en était d'abord tiré avec une amende de 5.000 euros. Mais, en appel cette semaine, il a été suspendu un match. 

Une façon d'aligner sa sanction sur celles déjà infligées au milieu de la Roma Bryan Cristante (en décembre) et à l'ailier de la Lazio Manuel Lazzari (en février) pour avoir, eux aussi, usé d'une "expression blasphématoire". Un match de suspension est la "sanction minimale" prévue par les textes. En Italie, le blasphème en public peut être puni d'une amende allant jusqu'à 309 euros, selon le code pénal. 

Première en 1975

Ce qui n'empêche pas les allusions au sacré d'être encore fréquentes sur les terrains. L'ex-sélectionneur Marcello Lippi les mettait sur le compte de sa culture toscane. Mais le Brésilien Kakà, très croyant, ne les "supportait" pas quand il jouait à Milan et demandait parfois "à ses coéquipiers de ne pas blasphémer: ce n'est pas de la faute de Dieu s'ils ratent un but ou une passe". Et avec le huis clos généralisé pour cause de pandémie de Covid-19, les jurons ne passent plus inaperçus. 

"Dans les stades vides, on entend désormais quasiment tout et il est devenu beaucoup plus compliqué, pour les arbitres et les officiels, de fermer leurs yeux et leurs oreilles", résume pour l'AFP Marco d'Ottavi, journaliste pour le magazine en ligne l'Ultimo Uomo, auteur d'une enquête fouillée sur l'histoire du blasphème dans le calcio.  La sanction est prévue depuis "presque toujours", précise-t-il, mais le premier cas attesté remonte à un match entre Côme et la Juventus en 1975.

Dans une fin de rencontre tendue, alors que Côme tient un exploit contre les Bianconeri, son capitaine Claudio Correnti est sanctionné pour avoir blasphémé: coup franc et égalisation à suivre pour la Juve (2-2). Correnti avait confié ses regrets en 2010 au Corriere di Como: "J'aurais préféré qu'on se souvienne de ce que j'avais fait comme footballeur... Là, c'était comme si j'avais été le seul à avoir jamais blasphémé en Italie."

Carton rouge en match

Depuis, le règlement est appliqué avec plus ou moins de vigueur selon les époques. Parfois, il semble oublié, parfois il redevient prioritaire, comme en 2010 avec le président de la Fédération Giancarlo Abete, par ailleurs député Démocratie chrétienne, qui avait incité les arbitres à brandir le carton rouge, y compris en cas de blasphème. Ces expulsions en match sont une rareté. Mais c'est tout de même arrivé en 1992 à un joueur de Serie B, Marco Pacione, exclu dès les premières minutes pour avoir juré après avoir reçu un coup.

En général, la sanction arrive après coup, sur la base des enregistrements audio et vidéo, comme ce fut le cas pour Buffon. Lequel a assuré dans le passé que, lorsqu'il jurait, il n'utilisait pas le mot "Dio" mais "zio" (oncle, en italien), pas suffisant cette fois pour lui éviter la suspension. "Le problème est que si tu es capté par le micro tu es sanctionné, mais si ce n'est pas le cas, tu ne l'es pas... Ce n'est pas beau de jurer à la télévision, mais ça ne me paraît pas du même niveau qu'un acte de violence ou l'agression d'un arbitre", relativise Marco d'Ottavi.

Cette "singularité" italienne n'est toutefois pas encore aussi marquée que dans le championnat voisin du Vatican, où le blasphème est autrement plus lourdement sanctionné, rappelait récemment La Repubblica. Il y a quelques années, un joueur avait été suspendu toute la saison après "avoir perdu la tête sur une décision arbitrale", a expliqué au quotidien l'un des organisateurs.


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