Guitoune: "A l’Union, on ne joue pas à la baballe !"

Sofiane, vous comprenez les attentes de Philippe Saint-André et du staff après la défaite concédée en Irlande ? 
Oui, il attend de nous qu’on prenne beaucoup d’initiatives, qu’on s’exprime, qu’on se lâche ! Il n’y a pas de pression particulière. On l’a dit, maintenant, il faut le faire. Les interrogations autour de cette équipe de France sont normales. Ces questions, nous sommes les premiers à nous les poser quand on tente des choses et que ça ne passe pas. Forcément, on se crispe et on est frustré. Alors qu’il faut se lâcher, ne pas se prendre la tête et se faire plaisir.

Comment recevez-vous les nombreuses critiques que suscitent les performances de l’équipe de France ?
Certaines critiques sont justes, mais on a aussi produit du jeu, il y a eu des occasions contre l’Ecosse qu’on n’a pas su concrétisées. Contre l’Irlande, on a été timides, mais, justement, quand on s’est lâchés, ils n’ont pas vu le jour. Et heureusement pour eux que le match se finit, sinon, ça aurait pu tourner en notre faveur.

"On va dire que je n’ai pas eu trop de chance..."

Une carrière internationale ne tient pas à grand-chose. Vous en savez quelque chose, vous qui en raison des blessures avez dû attendre plus d’un an pour connaître une 3e sélection (*)…
On va dire que je n’ai pas eu trop de chance : je me rappelle qu’il y a un an, alors que je devais débuter le Tournoi, je me blesse. Même si ça ne se joue pas grand-chose, je ne me suis pas trop posé de questions, j’ai été indisponible durant sept mois. Une fois revenu, on m’a rappelé, ça veut dire qu’on compte sur moi.

Diriez-vous que vous pouvez endosser le rôle d’électron libre an tant qu’ailier de ce XV de France ?
J’estime que c’est le rôle de l’ailier et pas seulement en équipe de France, mais partout, dans n’importe quel club. Un ailier doit se proposer partout et ne pas se contenter de rester sur son aile, mais proposer des surnombres et créer des décalages.

Affronter les trois-quarts gallois, dont on connaît à la fois la robustesse et la vitesse, c’est un défi particulier ?
(pas convaincu) Mouais… Au centre, ils sont gaillards, mais ils ne sont pas très rapides. Je pense que Rémi (Lamerat) est tout aussi gaillard que (Jonathan) Davies, mais il va beaucoup plus vite que lui. Wesley (Fofana) n’atteint peut-être pas les cent barres, mais fait 95 kilos et il va beaucoup plus vite que bien des ailiers du rugby mondial. Les Gallois ont de beaux gabarits, mais il ne faut pas avoir peur d’eux, à « bader » leurs stats, leur profil, leur poids, leur taille…

Le jeu que vous pratiquez avec l’UBB, reconnu comme étant enthousiasmant et ambitieux, est-il selon vous transposable en équipe de France ?
Bien sûr, mais vous savez le jeu de l’Union ne fonctionne pas si on n’accomplit pas les tâches obscures, si on n’avance pas en mêlée et dans les mauls, si on ne fait pas les rucks nécessaires… A l’Union, on ne joue pas à la baballe ! Il y a beaucoup de choses à faire avant de se faire des passes.   

Qu’aimeriez-vous apporter à cette équipe de France qui fait actuellement votre réussite sous le maillot de l’Union ?
Je ne crois pas qu’on puisse changer une équipe à soi tout seul. Ça n’existe pas au rugby, on est quinze à devoir évoluer dans le même sens et au même niveau ; moi, je vais faire ce que je sais faire tous les week-ends. Mais je ne suis pas Zorro.

Mais n’est-on pas soudain plus bridé aujourd’hui quand on enfile ce maillot de l’équipe de France ?
Non. Les coachs nous prennent pour reproduire ce qu’on produit tous les week-ends. Ils ne m’ont jamais dit : « Tu ne fais pas ça, tu ne relances pas. » Ou alors ils prennent un autre profil.  

(*) Guitoune, après avoir honoré ses deux premières sélections lors de la tournée de novembre 2013, n’était depuis plus apparu en bleu.   


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