Nadal n'a rien laissé à Federer

Reuters

S’il soufflait un vent d’espoir sur Roland-Garros, censé pousser Roger Federer dans un défi qui semblait impossible face à Rafael Nadal, alors c’était un vent d’hiver, glacial, comme la température du sang qui coule dans les veines du Majorquin. Implacable, Nadal a dominé ce "Clasico" du tennis, 39e du nom, en s’imposant en trois sets (6-3, 6-4, 6-2), sur un court Philippe-Chatrier vite refroidi, balayé par les bourrasques de la tempête Miguel. Ça rime avec Rafael, vous l'aurez noté.

Cela fait donc maintenant 24-15 pour Nadal face à Federer, 14-2 sur terre battue, et surtout 6-0 à Roland-Garros. Sur les cinq premières batailles à Paris, on avait eu droit à une boucherie (6-1, 6-3, 6-0 en finale 2008), et à quatre matches où Federer avait su étirer le suspense sur quatre sets. Cette fois, on est donc entre les deux, pas tout à fait un cavalier seul du "cow-boy" Rafa, mais difficile de dire que Federer, à un moment ou un autre, ait réellement entrevu la possibilité d’un exploit.

On se demandait donc si Federer, le Federer nouveau, celui que l’on voit depuis 2017, avait les armes pour réussir là où il avait toujours échoué. Après tout, le Suisse restait sur cinq victoires face au Majorquin, contre qui il n’avait plus perdu depuis plus de cinq ans, et l’Open d’Australie 2014. Cela aurait pu trotter dans la tête de son adversaire. Son revers joué en avançant lui avait donné de nouvelles solutions, efficaces sur dur. Sur terre battue aussi, à condition, manifestement, de ne pas croiser Nadal et son terrifiant lift de coup droit.

Djokovic ou Thiem en finale

Après une balle de break d’entrée, Federer s’est très vite retrouvé mené 3-0. Le Suisse a réussi à revenir à 3-2, aidé par le public du court Philippe-Chatrier, qui aura encore mis un temps fou à se remplir, soit dit en passant. Les spectateurs voulaient sans doute voir autre chose que le scénario craint, attendu. Mais après avoir sauvé cinq balles de break, Federer a de nouveau craqué pour se retrouver mené 4-2, dos au mur, dans une situation encore plus délicate : jamais Nadal n’a perdu un match sur terre battue au meilleur des cinq sets en ayant remporté la première manche.

Parce qu’il était trop tôt pour baisser les bras, Federer a continué d’entretenir l’illusion au début du deuxième set avec un break (2-0), trop vite rendu sans doute (2-1). Le milieu du deuxième set a été la meilleure partie du match, avec un Federer entreprenant, tentant de varier le rythme et les effets, malgré le vent, pour gêner son adversaire. Dans le huitième jeu, Nadal, enfin poussé dans ses retranchements, a sorti quelques points de défense exceptionnels pour rester dans le coup (4-4). Et puis, à 40-0, dans le jeu suivant, après une étrange première à 117 km/h dans le bas du filet, Federer s’est évaporé. Neuf points plus tard, il était mené deux manches à rien.

Le troisième set sera sans grand intérêt, l’affaire semblant entendue depuis un moment. Nadal n’aura eu besoin que de 2h25, à l’arrivée, pour composter son billet pour une 12e finale à Roland-Garros lui qui, rappelons-le, n’a toujours pas perdu le moindre match ici une fois franchis les quarts de finale. Dimanche, ce sera le défi proposé à Novak Djokovic ou Dominic Thiem, pour un duel entre les deux immenses favoris, ou une revanche de la finale de l’an passé, face au troisième larron de la terre.