Charlotte Bonnet : « Je profite comme si c’était des vacances à la maison »

Charlotte Bonnet, comment allez-vous après 50 jours de confinement ?
Ça va. C’est sûr que c’est un petit peu long, mais je trouve des occupations, des choses à faire, j’arrive à tuer le temps avec des activités ou des hobbies que j’avais mis un peu de côté dans mon quotidien.

Attendez-vous le 11 mai avec impatience ?
Oui et non. En tant que nageurs, on ne sait pas encore ce qu’on pourra faire le 11 mai. Pour le reste, oui, j’attends avec impatience car je serai un peu plus libre, mais ça ne va pas non plus être la fête. On sait que le 11 mai, ce sera un déconfinement un peu forcé, car économiquement, socialement, c’est compliqué pour tout le monde. On sait que le virus sera encore là donc il faudra faire attention.

Qu’en est-il de la reprise de l’entraînement en piscine ?
A Nice, on a la chance d’avoir un bassin privé, personne d’autre que notre groupe élite y a accès. Heureusement qu’on ne s’entraîne pas dans une piscine publique, car ça aurait vraiment été la galère. On ne sait pas encore quand on pourra y retourner, on attend des précisions. Ce ne sera peut-être pas dès lundi, mais peut-être dans la semaine, ou la semaine d’après. Je pense que ça va pouvoir rapidement se mettre en place. On n’a aucune directive pour l’instant, aucune information.

Bonnet : "Trouver le bon mélange entre faire du sport et se régénérer"


Comment se déroule une journée-type pour vous ?
J’essaie de bien dormir le matin, assez tard. Je profite de ce confinement, puisque d’habitude je me lève très tôt pour m’entraîner. Je prends le temps de cuisiner, tous les soirs je regarde Cyril Lignac (sourires). Je lis pas mal aussi, je travaille sur un ou deux projets, et j’ai aussi des demandes d’interviews ou des demandes pour faire des vidéos avec les partenaires.



Comment vous entretenez-vous physiquement ?
Je fais une séance de sport d’une heure tous les jours ou tous les deux jours pour garder la forme, et le moral. J’ai un grand appartement donc j’ai de la place pour bouger. J’aurais été mieux à l’extérieur, surtout que j’habite à Nice et que les beaux jours arrivent, c’est frustrant mais c’est une situation exceptionnelle, donc on fait avec.

Etes-vous en contacts réguliers avec votre entraîneur ?
On est en contact une fois par semaine, pour savoir comment ça va et surtout pour faire le point de la situation actuelle, s’il y a des informations par rapport à l’ouverture de la piscine. Au début du confinement, il me disait que la Fédération française de natation travaillait avec le ministère et le gouvernement pour voir les possibilités, et mon entraîneur travaille aussi avec la mairie de Nice pour voir comment ça se passe pour notre bassin. En revanche, on n’a pas eu de directive sur la façon de s’entraîner. Il fallait juste trouver le bon mélange entre faire du sport pour se maintenir en forme, et faire aussi autre chose, se reposer, se régénérer, car on aura beaucoup moins de vacances cet été à cause de cette situation. Il faut en profiter un peu comme on peut aujourd’hui.

Etes-vous déjà restée aussi longtemps sans nager ?
Jamais, ou alors pas depuis mes 6-7 ans. Le pire, c’est que ça ne m’est jamais arrivé de rester autant de temps sans toucher l’eau. Même quand je pars en vacances, j’aime aller dans une piscine ou à la mer. C’est une grande première. Les sensations de calme, de sérénité, de glisse, me manquent énormément, le fait d’être immergée dans l’eau, de n’entendre aucun bruit autour de soi, tout ça… C’est difficile à expliquer.

Bonnet : "Un gros relâchement après l'annonce du report des Jeux"


En combien de temps pourrez-vous retrouver votre niveau de début mars ?
Je pense qu’il faudra bien trois mois d’entraînement pour retrouver les sensations, un niveau très correct. Mais il faudra être très vigilant, y aller mollo à la reprise, car ça fait longtemps que je n’ai pas touché l’eau. Les tendons, les muscles vont être fragilisés.



Avez-vous eu des baisses de moral pendant ce confinement ?
J’ai eu un petit moment comme ça après l’annonce du report des Jeux Olympiques (le 24 mars, ndlr). Au tout début du confinement, les Jeux étaient encore maintenus, et j’ai fait du sport tous les jours, j’ai fait attention à ce que je mangeais en me disant « ça va être dur de rester confinée, mais on prépare les Jeux ». Et quand ils ont été reportés, il y a eu un gros relâchement, la pression qui redescend. J’étais très fatiguée. Et je me suis un peu plus lâchée, en me couchant un peu plus tard. Et je suis sur ce rythme-là même encore aujourd’hui. Je me fais un peu plus plaisir sur ce que je mange. Je profite comme si c’était des vacances à la maison. Et on attaquera très fort quand on sera prêt et qu’on pourra de nouveau nager.

Craignez-vous la crise économique qui va découler de cette crise sanitaire ?
Je ne me suis pas encore trop posée la question mais c’est sûr que nos partenaires actuels, toutes les entreprises, vont traverser une période difficile. C’était déjà le cas, mais je pense qu’à la reprise ils vont se rendre compte que ce n’est pas fini, qu’on ne va pas sortir du confinement et tout va rouler sur des roulettes. Ça va être compliqué et ça va nous toucher en tant que sportifs, car on a des partenaires qui sont touchés par cette crise et qui vont devoir continuer à nous soutenir, en tout cas on l’espère. Ça va être difficile pour eux mais on espère pouvoir compter sur eux, et eux compter sur nous pour avoir des résultats. C’est un cercle qui doit continuer à fonctionner.

Crédit photo : La Presse