Ligue 1 : La crise à Bordeaux, symptôme d'un foot français au bord du précipice

Panoramic

L'annonce du club bordelais, laissé sur le carreau par le fonds américain propriétaire des Girondins, et placé sous la protection du tribunal de commerce de Bordeaux, survient un an quasiment jour pour jour après l'arrêt anticipé de la saison 2019-2020 de Ligue 1 pour cause de pandémie.  A cette époque, Bordeaux comme le foot français rêvaient de revenus démultipliés, avec l'arrivée d'un nouveau diffuseur principal - Mediapro -, et d'une croissance très favorable à d'éventuelles plus-values à la revente de certains joueurs... Un an après, le diffuseur défaillant Mediapro a quitté le paysage et les stades sont vides: l'incertitude économique mine le football français et la crise en Gironde symbolise une L1 qui tremble sur ses bases, à l'instar de la revente de Lille par son propriétaire Gérard Lopez en décembre, ou de la récente mise en vente de l'AS Saint-Etienne.

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"La crise du Covid-19 et celle des droits TV viennent dégrader une situation déjà pas saine pour de nombreux clubs, avec des déficits d'exploitation très conséquents qui ne seront pas rattrapés par des cessions de joueurs à cause d'un marché des transferts amorphe", analyse Christophe Lepetit, responsable des études économiques du Centre de droit et d'économie du sport (CDES) de Limoges. Les chiffres du secteur n'incitent pas à l'optimisme: à la fin de l'hiver, la DNCG, gendarme financier du football français, a projeté des pertes globales d'1,3 milliard d'euros pour la Ligue 1 cette saison, avec un manque à gagner de 548 millions d'euros sur les droits TV après leur reprise par Canal+ à prix cassé. Et le foot pro s'est endetté depuis le printemps 2020 de près de 350 millions d'euros, entre un prêt garanti par l'Etat (PGE) de 224,5 M EUR, dont la première échéance de remboursement à néanmoins été repoussée d'un an, et une coûteuse avance de trésorerie chiffrée à 120 M EUR et négociée à un taux d'intérêt de 5,5%...

Ces projections avaient déjà causé l'inquiétude de plusieurs dirigeants.

"Je pense que des clubs peuvent être en cessation de paiement ces prochains mois", alertait le président rémois et patron du collège des clubs de Ligue 1 Jean-Pierre Caillot début février. "Il faut bien inventer la ressource... Si vous ne la trouvez pas (...) il y aura des problèmes", s'inquiétait-il. Le constat est d'autant plus grave dans les clubs récemment rachetés par des fonds d'investissement étrangers, peu implantés dans la vie locale et parfois guidés par le profit. "Ce qui pouvait intéresser ces fonds au départ, à savoir un prix d'achat relativement bas, un endettement limité et surtout des perspectives de croissance avec le nouveau cycle de droits TV, cela n'existe plus: l'endettement est dégradé et les perspectives sont plus qu'incertaines depuis l'épisode Mediapro", décrypte Christophe Lepetit.

Pour le maire de Bordeaux Pierre Hurmic, "c'est l'échec d'une financiarisation à outrance", a-t-il pointé vendredi, fustigeant un modèle qui "nous a conduit droit dans le mur". La situation laisse désormais redouter d'autres catastrophes ailleurs en Ligue 1 et en Ligue 2, d'autant que la Ligue de football professionnel (LFP) n'a toujours pas conclu de contrat de diffusion pour la saison prochaine, laissant les clubs dans l'inconnu malgré un point d'étape effectué mercredi lors d'un conseil d'administration, selon une source proche des instances. Le secteur n'est "pas à l'abri" d'un potentiel "effet domino" s'il n'obtient pas rapidement plus de visibilité sur ses droits TV et le calendrier de réouverture de ses enceintes, s'alarme Christophe Lepetit. "Quid de l'OM si Frank McCourt estime avoir assez mis la main à la poche ? Quid de Lille si le nouveau propriétaire Merlyn Partners pense avoir injecté trop d'argent ? Ces acteurs ne sont pas des philanthropes : le jour où ils considèrent que tout retour sur investissement est impossible, ils vont simplement interrompre leur soutien."

 

                


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