Coupe d'Europe: Pourquoi la Ligue 1 n'y arrive pas

Reuters

L'arbitrage


Comme André Villas-Boas l'a dénoncé il y a quelques semaines, les cartons sortent beaucoup trop systématiquement en Ligue 1 : "Cette quantité de fois où les arbitres mettent un jaune dans le premier quart d'heure... Ce serait intéressant à voir, ça veut dire qu'il n'y a pas la volonté de contrôler les joueurs par un dialogue. Peut-être qu'on a été surpris à l'Olympiakos car M. Orsato a laissé jouer, lui a peut-être trop vite ressemblé à un arbitre anglais (sourire)." Les équipes comptent globalement trop sur un éventuel carton rouge, ou surtout sur la VAR. Rien à voir avec l'Allemagne, par exemple.

"Pour moi, les arbitres français sont catastrophiques. Il y a des choses que je ne comprends pas."


Dante, quelques jours seulement avant Villas-Boas, ne disait pas autre chose : "En France, on doit progresser car on gère très mal certaines actions. On ne parvient pas à faire un championnat plus compétitif, car on ne donne pas l'option aux équipes de jouer avec une saine agressivité. J'aime le championnat français, mais il y a certaines choses qu'il faut maîtriser. Il faut laisser jouer. On parle de moins en moins de jeu, de la solution du jeu, de la tactique, de choses qui intéressent et qui font progresser le championnat. A chaque duel, il y a un avertissement. Ce n'est pas possible, c'est mon avis." Rafael, parti de l'OL pour le Basaksehir, a lui lâché les chevaux : "Pour moi, les arbitres français sont catastrophiques. Il y a des choses que je ne comprends pas."

 

Le physique

Le rythme, l'intensité, l'impact... Les équipes françaises sont globalement en retard tout le temps, sur tout, sans aucune fluidité dans le jeu et avec un gros manque de joueurs techniques. Les propos de Maxime Lopez, fraîchement arrivé à Sassuolo, résonnent encore : "La rigueur est plus importante, il y a une différence. On peut arriver à 13h et rentrer à 20h, le coach ne dit pas qu'on fait une heure et demie, un exercice peut durer une heure s'il n'a pas ce qu'il veut. En même pas un mois, je ressens cette rigueur, même dans le leadership. Je commence à me l'inculquer."

Christopher Nkunku dressait le même constat en arrivant à Leipzig, et les exemples sont légion depuis de nombreuses années. En France, les joueurs ne sont pas prêts et exténués à la fin des matchs, mais les préparateurs physiques rechignent à les pousser dans le rouge par peur de la blessure. Il n'y a pas d'appels en profondeur, car les efforts ne vont pas toujours être récompensés. Et même souvent, sauf que ces fausses pistes sont la base du mouvement perpétuel en Allemagne ou en Angleterre. Elémentaire, mon cher Watson.

La remise en question allemande

Pour prendre l'exemple allemand, l'élimination au premier tour de l'Euro 2000 a déclenché un vaste plan de crise afin de se ressaisir rapidement, en vue du Mondial 2006 à domicile. L'Espagne, la Belgique, la France... Les influences ont été nombreuses et contribuent aussi très largement à la Bundesliga de 2020. Il y a vingt ans, les stades étaient loin d'être pleins et le jeu global extrêmement défensif, basé sur le schéma d'une défense à quatre à plat, en zone, avec un libero et un stoppeur. Si Giovanni Trappatoni a contribué à faire évoluer les mentalités au Bayern, l'ennui restait généralement de mise. La France s'est appuyée sur 1998, mais tous les joueurs majeurs (à part Fabien Barthez) évoluaient déjà à l'étranger.

Durant le confinement, les clubs allemands ont également sans cesse cherché à conserver le lien avec leurs supporters afin de préparer l'après-Covid. Si le retour dans les stades a lieu en France de manière aussi massive, ce sera avant tout par la remarquable et seule volonté des fans. A surveiller...

La tactique

Le manque de prise de risque en Ligue 1 est effrayant. Les joueurs donnent souvent l'impression de devoir seulement remplir une case sur le terrain, sans jamais chercher à respecter l'essence du football : s'amuser. En Allemagne, jamais Mayence n'alignera un 5-4-1 et restera arc-bouté sur son but, même en déplacement au Bayern. A l'inverse de la quasi-totalité des équipes françaises au Parc des Princes, pour ne prendre que l'exemple le plus extrême...

Beaucoup de coachs étrangers sont venus se casser les dents sur la mentalité extrêmement restrictive de la Ligue 1, à l'image de Villas-Boas, Paulo Sousa ou encore Sylvinho. Usés par la répétition des défaites 1-0 sur un contre et les critiques trop rapides, ils se résignent à leur tour et repartent en bloc bas, en misant essentiellement sur les coups de pied arrêtés. Un modèle comme celui d'Angers, réputé pour sa propension à être à peu près agréable depuis plusieurs saisons, est une exception. Même le PSG en vient forcément à être touché par ce qui demeure, à l'année, son environnement quotidien.

Le mental


En Allemagne, à Wolfsbourg, Paul-Georges Ntep a débarqué en s'autoproclamant joueur de match, pas d'entraînement. Cet état d'esprit lui a coûté sa carrière, presque sur-le-champ. En France, trop de joueurs moyens parviennent à tirer leurs coéquipiers vers le bas, abaissant la charge de travail. L'antithèse, en quelque sorte, de ce que Jürgen Klopp a pu mettre sur pied à Liverpool.

>