Anne (1/2) : « Les Jeux, ça reste l'événement numéro 1 »

Mame Ibra Anne, comment abordez-vous ces Jeux Olympiques de Tokyo ?
Pour être honnête, je n'ai pas vraiment hâte de faire le voyage, car, apparemment, c'est super long. Il y a beaucoup de temps d'attente à l'aéroport, entre quatre heures et cinq heures et demi d'attente entre les tests PCR et salivaire à faire sur place et tous les documents à remplir. Les Japonais sont très très pointus et pointilleux sur leur processus pour accueillir des étrangers. J'ai vu que cinq nageuses polonaises n'avaient pas pu aller aux Jeux à cause de problèmes administratifs, donc ça veut dire qu'ils sont vraiment stricts. Sinon, après, bien sûr il y'a aussi l’excitation, parce que ça reste les Jeux Olympiques. Pour tout sportif, c'est l'événement numéro 1, donc on a tous travaillé très dur et mine de rien, même avec tout le retard qu'il y a eu à cause du Covid, ça reste les Jeux et je suis content d'y participer.

Cela reste des jeux, certes, mais ils se dérouleront finalement à huis-clos. Cela constitue quand même un aspect particulier ?
Tous ceux qui disent : "non, ce n'est pas grave ça reste les Jeux", je ne vais pas les traiter de menteurs, mais ça reste l’évènement qui fait l'affaire. Quand tu fais une grosse compétition qu'il y a beaucoup de monde, qu'il te reste cette énergie supplémentaire et qu'il y a du bruit dans le stade... Là, malheureusement, ça va être très très différent. Je suis même un peu triste de vivre des Jeux sans public et sans nos proches. Dans le stade, tu as souvent des amis qui peuvent se déplacer et vivre cette aventure avec toi. Là, malheureusement, ça ne sera pas le cas. Ca va être un contexte particulier, mais il faudra être fort et en faire abstraction.

En ce qui vous concerne vous plus particulièrement, vous n'avez pas connu la préparation vraiment idéale... ?
Oui, ça a été difficile parce que j'étais resté deux mois sans m’entraîner et parce que l'on avait décidé d'agencer plus ou moins différemment. Il y a eu aussi cette vaccination qui a été demandée mais qui est arrivée très très tardivement et a impacté pas mal d'athlètes dans leur préparation. Moi, je me suis fait vacciner vraiment au tout début de mes premières compétitions et on voyait qu'il y avait un problème. On n'arrivait pas trop à savoir, on se disait peut-être que c'était l'entraînement qui était trop copieux. Comme j'ai eu un enfant, on se disait peut-être c'était le fait que je sois papa qui influait etc.. Après la vaccination, j'étais vraiment moins bon au niveau de l’entraînement, du coup, j'étais un peu perdu en compétition, mais à chaque compétition, je montais en puissance, et ça me laissait dire que j'avais toutes mes chances pour aller aux Jeux. Je me suis qualifié vraiment à la dernière minute et ça c'est difficile, parce que pour optimiser ta préparation, quand tu as des doutes durant la saison, ce n'est pas simple.

Au niveau de vos performances sportives pures, que retenez-vous de cette saison ?
Pour moi, forcément, ça ne rester pas une saison d’anthologie. C'est une saison qui sera différente dans le sens où ça sera vraiment l’évènement qui fera la perf' pour moi et qui va me permettre d'être à mon top. Parce que mine de rien, public ou pas, c'est ce genre de compétition que l'on aime. Avec cette adrénaline-là, cette confrontation-là. Les Championnats de France, c'était un point de passage qui était important pour tous les athlètes mais pour moi, ne serait-ce qu'avoir un tout petit peu de public et de retrouver ce côté grosse pression en mode "si tu te loupes, c'est fini", ça m'a fait beaucoup de bien. Ce que j'aime, c'est la haute compétition donc préparation idéale ou non, les Jeux ça restera les Jeux, et le but c'est d'être le plus performant possible là-bas.

Anne : "Les armes pour faire au moins une finale"


Quel va être votre planning à Tokyo avant les séries ?
On a un planning d'adaptation assez copieux. Il va falloir s'adapter aux conditions. On aura une vie comme dans une bulle avec hôtel, trajet d'entraînement, hôtel puis stade, et ça va être un peu bizarre au début, mais sinon, les entraînements vont souder le collectif et l'objectif sera de commencer les séries le plus frais possible.

Le Japon vous connaissez déjà ?
Oui, on avait déjà fait les Championnats du monde de relais là-bas en 2019. En plus, on retourne sur le même camp de base à Kobe. A l'époque, j'avais pu visiter un petit peu Osaka et Tokyo, c'était très beau et on avait passé de beaux moments. Ça ne sera pas aussi open mais j'espère quand même que l'on pourra profiter un minimum, même si ça va être difficile.

Quelle chance vous accordez-vous sur ces Jeux de Tokyo ?
Honnêtement, au vu de cette saison, je pense que c'est jouable. A part les États-Unis, aucun pays ne se dégage. Pour le reste, il y aura match. Le fait que la France soit finaliste mondiale depuis trois Championnats du monde permet de pouvoir se dire que l'on sera en finale et que ça sera ouvert. En plus, cette année, le système du calendrier est très particulier, à savoir que la finale du 400m est programmée entre les tours du relais, donc certains pays seront désavantagés, parce que quand tu as un athlète qui est finaliste et qui aura cinq 400m dans les pattes (sic), ça ne sera pas la même chose. Il y a plein d'athlètes qui ont fait une très belle saison mais tout le monde n'est pas forcément au même point, ça peut être vraiment très très intéressant. Et après, ça reste les Jeux, et pour les plus jeunes, une réussite sur des Jeux Olympiques, ça peut permettre de vraiment lancer une carrière et même de la pérenniser. Du coup, c'est à tout le monde de donner le maximum pour faire le meilleur résultat possible.

Anne : "Triste pour Christopher Naliali"


Avez-vous l'impression que le relais français soit plus fort que celui de 2016 ?
Il est plus fort sur les performances de l'année, parce que l'on était deux à 45 secondes, et que là, il y en a plus, mais pour ce qui est du côté collectif, le relais 2016 était plus fort, parce c'est un relais qui avait tourné sur 2014 et 2015. On était arrivés avec des athlètes un peu blessé mais qui avaient été à la hauteur de l'événement. On avait fait le neuvième temps donc on avait vraiment loupé la finale de peu. Là, je pense que l'on a les armes pour faire au moins une finale et après se lancer sur une nouvelle olympiade. On n'est pas forcément le relais le plus attendu, parce qu'il n'y a pas la grande star comme Jimmy (Vicaut) ou un Lemaitre, même s'il n'y va pas. Du coup, on va beaucoup plus parler du relais 4x100m sur lequel il y a beaucoup plus d'attente et beaucoup plus d'argent. Mais le relais le plus régulier depuis cinq, six, sept ans, c'est le relais 4x400m français.

Présentez-nous vos coéquipiers du relais...
Mon coéquipier le plus ancien, c'est Thomas Jordier, qui réalise la meilleure saison de sa carrière avec beaucoup de chrono à 45 secondes. Gilles Biron, je connais un peu moins. Il n'a qu'un an de moins que Thomas (26 ans) mais il court depuis longtemps. Il n'avait pas encore eu l'occasion de s'exprimer pleinement, mais il a fait une belle saison et de très beaux Championnats de France. Muhammad Kounta a un potentiel énorme sur le 400m haies et le 400m plat. Cette année, je crois qu'il était un peu blessé pour pouvoir s’entraîner normalement sur les haies donc il a choisi le plat, mais il a fait lui aussi son record personnel et une très belle saison. Le rookie Ludovic Ouceni, avec qui je m’entraîne depuis deux ans, a lui aussi un potentiel énorme. Il l'a démontré cette année en finissant 7eme au championnat d'Europe Espoirs. C'est un potentiel intéressant que vous pouvez mettre sur le côté pour Paris 2024. Enfin, il y a Christopher Naliali, qui était double champion de France en 2018 et 2019. Il est un peu plus âgé (29 ans) mais il a le potentiel pour pousser ce collectif. Je suis un peu triste parce qu'il est remplaçant et à cause des règles sanitaires, il pourra venir uniquement s’entraîner dans les camps de base mais ne sera pas au village. C'est un peu moche pour les remplaçants d'aller aux Jeux sans y être vraiment.

S'agit-il selon vous des meilleurs sélectionnés possibles ou quelqu'un d'autre aurait-il pu prétendre à une place dans ce relais ?
J'aurais bien vu Téo Andant, qui fait une saison un peu en dents de scie à cause de petites blessures et qui est arrivé un peu fort en fin de saison, mais c'était déjà trop tard. Il y a Fabrisio Saidy, qui avait été champion d'Europe espoirs en 2019 et a un gros potentiel, mais cette année il revenait déjà de quelque chose de gros et je pense qu'il a compensé, et physiquement il était un peu juste. C'est l'un des profils idéaux pour Paris 2024, mais ça aurait été vraiment bien de le mettre dans l'aventure. Je suis persuadé que c'est l'un des plus gros potentiel du 400m français dans les années à venir et c'est dommage de pas l'avoir vu davantage s'exprimer cette saison. Après, il y a plein de nouveaux jeunes qui ont poussé. Ca a été juste pour certains mais ils se disent peut-être qu'ils ont le profil pour Paris 2024.

Retrouvez vendredi la seconde partie de cet entretien 

>