Donnarumma, le feu sacré au pied du Vésuve

Panoramic

Loin de Madrid, où il a vécu sa plus mauvaise soirée sous le maillot du Paris SG, et plus encore du Qatar, où il espère emmener l'Italie au Mondial, "c'est ici, sur ce terrain" que tout a commencé, décrit à l'AFP Ciro Amore. "Il venait voir l'entraînement de son grand frère (Antonio, lui aussi gardien professionnel, ndlr) et il se mettait aussi dans le but à faire des parades", explique le président de l'école de football ASD Napoli. Le sexagénaire a vu défiler bien des journalistes sur cette pelouse synthétique qui longe une voie rapide, à Castellammare di Stabia. Une ville de la baie de Naples, à un jet de pierre du volcan endormi et du site de Pompei, où le héros du dernier Euro a arrêté ses premiers penalties.

"Il n'a jamais eu peur de qui que ce soit."

Mais il ne se lasse jamais de conter les débuts du "Gigione", dont il montre avec fierté les premières licences, signées d'une écriture enfantine, les photos et les maillots envoyés par la star de 23 ans, sur qui l'Italie va grandement compter lors des barrages de qualification au Mondial-2022, jeudi contre la Macédoine du Nord puis, en cas de victoire, contre le Portugal ou la Turquie. "Il n'avait que quatre ans et demi et ne pouvait pas faire partie d'une équipe, mais on a commencé à le faire participer aux entraînements. Il n'a jamais eu peur de qui que ce soit. Il était déjà assez grand. On voyait qu'il avait toutes les caractéristiques d'un grand gardien", reprend le président.

"Père" et "ami" 

"Les qualités techniques, oui, mais il en avait d'autres, notamment son caractère. Il n'était jamais fatigué de jouer et de s'entraîner", renchérit Angelo Panariello, entraîneur dans ce club où le portier du PSG a usé ses gants jusqu'à 14 ans, avant de partir grandir chez les jeunes de l'AC Milan. Devenu titulaire du club rossonero à seulement 16 ans et demi, et ce jusqu'à son départ pour Paris l'été dernier, Donnarumma doit notamment beaucoup au préparateur local des gardiens, Ernesto Ferraro.

Outre les frères Donnarumma, Ferraro a formé d'autres gardiens ayant évolué en Serie A: Gennaro Iezzo, passé par Naples, et Antonio Mirante, encore troisième gardien à Milan. "Si aujourd'hui j'ai réalisé mon rêve de fouler la pelouse de San Siro, je le dois surtout à toi", lui avait rendu hommage Donnarumma, après son décès en décembre 2018. "Merci d'avoir été un guide précieux, un père, un ami. Tu venais me prendre à la maison, qu'il pleuve, qu'il vente, pour m'emmener aux entraînements, aux matches, aux tests", avait-il écrit sur Instagram. "Ernesto me disait toujours: Gigione n'arrivera pas seulement en Serie A, mais aussi en Nazionale, parce que dès que je lui dis quelque chose, il le retient", rapporte Angelo Panariello.

Derby milanais 

"Son seul problème, qui peut être une qualité, c'est qu'il ne voulait jamais perdre. Quand il perdait, il s'en prenait à nous en nous disant qu'on s'était trompé dans la composition !", s'amuse l'ex-entraîneur. Mesurant déjà plus d'1,90 mètre, le jeune gardien ne passe pas longtemps inaperçu et le président est pressé de demandes sur le "phénomène": "Il m'arrivait chaque semaine des appels: où joue-t-il ? à quelle heure?"

Le plus difficile pour le fils de charpentier a été de choisir entre les deux clubs milanais, à en croire Ciro Amore. "Le premier club intéressé était l'Inter. Le responsable des jeunes est venu ici, dans le bureau, discuter avec le père. Nous sommes même allés à Milan signer un pré-contrat avec l'Inter", dit-il.  Mais le choix familial s'est finalement porté sur le club rival, où le frère Antonio (neuf ans plus âgé) évoluait déjà. Selon divers médias, l'AC Milan aurait versé quelque 250.000 euros pour attirer l'espoir Gianluigi. "Les 200.000 ou 300.000 euros dont on parle, je ne sais pas où ils sont allés! Nous, en tant que club, on n'a touché que 25.000 euros", assure le dirigeant. Donnarumma n'a pas foulé cette pelouse depuis des années, mais il est revenu l'été dernier faire une visite à ses parents, toujours installés à quelques kilomètres, sur la route de Pompei. Avec autour du cou la précieuse médaille de champion d'Europe et toujours, au fond de lui, le feu sacré.

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