France – Uruguay : Oscar Tabarez, l’homme clé du projet celeste

Reuters

Physiquement, il n’est certainement pas le plus fort. Assis sur le banc ou appuyé sur sa béquille, il contraste d’ailleurs avec l’attitude de ses homologues. Touché par une neuropathie chronique, Oscar Tabarez n’a plus la fougue de sa jeunesse. Pourtant, à 71 ans, le Mastro, est bien l’homme clé d’une Celeste qu’il façonne depuis 12 ans. Alchimiste et réformateur, il a su insuffler un vent nouveau à une équipe rayonnante dans la première moitié du XXème siècle, mais en perdition depuis.

L’homme de la reconstruction

Première équipe à remporter la Coupe du Monde en 1930, l’Uruguay récidive vingt ans plus tard au Brésil pour récupérer sa quatrième étoile sur le maillot. Quatrième, car elle avait remporté deux titres olympiques en 1924 et 1928. Après un énorme passage à vide, Oscar Tabarez débarque à la tête de la Celeste en 1988 pour deux ans. Il emmène sa sélection jusqu’en finale de Copa America puis échoue en huitième de finale de la Coupe du Monde 1990. Pour l’Uruguay, le mal est bien trop profond. Le natif de Montevideo s’en va.

Non qualifiée pour les éditions 1994 et 1998 de la Coupe du Monde, l’Uruguay échoue au premier tour en Corée du Sud et ne parvient pas à atteindre la phase finale en 2006. Le passé glorieux de la Celeste n’est plus qu’un lointain souvenir, qui ne vit plus qu’à travers l’esprit de quelques irréductibles. C’est à ce moment-là qu’Oscar Tabarez décide d’effectuer son grand retour à la tête du pays. Mais pas question de reproduire les erreurs du passé. Si la nation compte retrouver sa gloire d’antan, c’est une révolution culturelle qu’il faut mener. Il entame alors un long processus de transformation du football uruguayen. Son premier cheval de bataille, la formation. Il insiste pour que les jeunes joueurs aillent s’aguerrir et engrangent de l’expérience en Europe. Mission réussie puisque sept ans plus tard, l’Uruguay des moins de 20 ans termine deuxième à la Coupe du Monde 2013, notamment emmenée par José Maria Gimenez, l’un de ses hommes clés. Plus globalement, 21 des 23 joueurs sélectionnés pour le Mondial russe ont écumé les sélections de jeunes avec succès (Championnat de la CONMEBOL de football des moins de 20 ans 2017).

Un chantier mené de main de maître par Oscar Tabarez, qui a fini par porter ses fruits. Douze ans après sa nouvelle prise de fonction, le Maestro a mené l’Uruguay jusqu’en huitièmes de finale de Coupe du Monde (au minimum) pour la troisième fois d’affilée. Une première dans l'histoire du pays. Il a également remporté la Copa America 2011, 16 ans après son ultime sacre.

La Garra Charrùa, à la base du projet

Pour replacer l’Uruguay sur l’échiquier mondial du football, Oscar Tabarez n’a pas non plus tout bouleversé. Il a conservé l’ADN de base de la Celeste, à savoir la Garra Charrùa, héritage de la révolution indienne, qui place le combat, l’engagement, le sacrifice et l’agressivité en valeurs premières. Un de ses illustres exemples est le sacrifice de Luis Suarez lors du quart de finale de la Coupe du Monde 2010, où il n’avait pas hésité à sauver son équipe d’un but certain du Ghana en renvoyant le ballon de la main.

Oscar Tabarez a conservé cet état d’esprit et a bâti une équipe tranchante défensivement (un seul but encaissé dans ce Mondial), agressive mais également technique. Il a su allier l’expérience de ses plus fidèles alliés (Suarez, Cavani, Godin, Muslera, Pereira, Rodriguez, Caceres) à la jeunesse fougueuse et technique, représentée par Torreira, Bentancur, Laxalt, Vecino et autres Nandez. Une alchimie parfaite, capable de moderniser tout un football et de tenir la dragée haute aux plus fortes nations. Le collectif, toujours bien huilé, ne s’en porte que mieux, comme l’a confirmé le sélectionneur après la qualification face au Portugal : "Ce qui a fait la différence, c'est l'implication incommensurable de tous nos joueurs. Cela fait partie du football tel que nous le concevons […] Comme toujours, je retiens notre force collective."

Handicapé par la maladie, Oscar Tabarez peut compter sur le soutien indéfectible de ses joueurs. Face à la France, une montagne attend la Celeste. Désireuse de décrocher les étoiles à nouveau, l’Uruguay pourra compter sur son esprit Garra Charrùa et la science d’un Maestro qui a abandonné son corps et son âme au football.