Patrice Evra, le leader nécessaire du vestiaire ?

Panoramic

L’histoire de Patrice Evra avec les Bleus est tout sauf une romance à l’eau de rose. Mis en porte à faux après l’échec du mondial de 2010 puis décrié pour ses sorties médiatiques tumultueuses en 2013, ce sont ses performances sur le terrain qui sont cette fois-ci pointées du doigt. Quand les noms Thuram, Barthez, Zidane & Co suscitent une douce nostalgie dans l’esprit des français, ceux d’Evra, Ribéry et Anelka restent associés à un cauchemar refoulé.
Le spectre de Knysna nous rend-t-il plus critique envers Patrice Evra ? Comment expliquer qu’un joueur titulaire dans l’un des plus grands clubs d’Europe puisse être désigné comme le maillon faible, une fois qu’il revêt le maillot bleu?

Que ce soit à l’AS Monaco, à Manchester United, ou à la Juventus, Patrice Evra a toujours su s’imposer comme un titulaire en puissance et convaincre des entraineurs parmi les plus prestigieux de l’aligner dans leur équipe type. Il paraîtrait audacieux de remettre en cause la pertinence des choix de Sir Alex Ferguson et d’Antonio Conte. Sa dernière saison à la Juventus a même incité Massimiliano Allegri à le prolonger une saison supplémentaire et ainsi lui réitéré la confiance qu’il place en lui, à maintenant 35 ans.

Déjà lorsqu’il évoluait sous les ordres de Sir Alex Ferguson à Manchester, les performances du latéral gauche français en Equipe de France ne semblaient pas en adéquation avec celle affichées en club. Néanmoins, Laurent Blanc puis Didier Deschamps n’ont jamais remis en cause son statut au sein de l’équipe. Ces deux sélectionneurs, qui ont pourtant exprimé leur volonté de tourner la page du mondial 2010, commettraient-ils la même erreur de jugement en lui maintenant sa confiance ?
Le premier élémént de réponse est à chercher du côté de la concurrence à son poste. Alors que tout au long de la campagne de préparation, bon nombre de journalistes s’accordaient à réclamer une alternative crédible à Evra au poste d’arrière gauche. Benoit Trémoulinas, puis Lucas Digne et Layvin Kurzawa n’ont jamais aligné des performances suffisantes pour remettre en cause la hiérarchie à ce poste. Il semblerait donc que Patrice Evra ne soit pas le seul qui peine à convaincre, une fois qu’il enfile sa tunique bleue. D’ailleurs, la situation est assez transposable au poste d’arrière droit où Sagna s’est imposé comme un choix par défaut face à un manque criant de concurrence.

Le forfait de Varane en défense centrale n’a fait qu’accentuer les craintes sur qui pèse sur cette défense. Pourtant, la situation de l’ex-lensois n’était pas idyllique en club, où Zidane, qui a pourtant œuvré pour le faire venir dans le club merengue, lui préféra Ramos et Pepe en charnière centrale. Preuve encore que le statut en sélection nationale n’est pas toujours en adéquation avec celui en club.

La prestation d’Evra lors du match d’ouverture contre la Roumanie n’a fait qu’accentuer ces doutes entrevus lors des ultimes matchs de préparation. Débordé à plusieurs reprises sur son côté gauche, il est responsable du penalty concédé par l’Equipe de France. En accrochant Stanciu dans la surface de réparation, il a offert une chance aux Roumains de se relancer dans ce match.

Lors du second match contre l’Albanie, même si il a été plus en vue sur le plan offensif que son compère du flanc droit, il a rencontré quelques difficultés à canaliser Hysaj et Lali. Son implication dans le groupe n’est nullement remis en question, mais ce sont ses errements défensifs qui nous laissent pantois, qui plus est pour un jour qui jouit d’une telle expérience et d’un palmarès qui en ferait saliver plus d’un. Devant ces difficultés rencontrées contre des adversaires prétendus plus faible, qu’en sera-t-il face à des équipes présentant des arguments offensifs plus forts  comme l’Espagne, l’Allemagne et l’Angleterre ?

Un élément qu’il faut prendre en considération est l’importance que Didier Deschamps accorde à l’expérience et au leadership. Didier Deschamps ne cesse de rappeler l’importance du turinois auprès de ses coéquipiers. Après l’affaire Knysna, Sir Alex Ferguson avait publiquement vanté le professionnalisme de Patrice Evra, auquel il n’avait pas hésité à confier le brassard de capitaine. Certains joueurs font basculer un match de leur génie technique, mais d’autres joueurs sont tout aussi décisifs par le discours et les mots qu’ils divulguent à leurs coéquipiers sur le terrain et dans le vestiaire.
Pour avoir été le leader de l’équipe qui triompha successivement en 1998 et 2000, Didier Deschamps est convaincu de l’importance qu’un ou plusieurs joueurs soient capables de remobiliser une équipe en mauvaise posture lors d’une rencontre décisive.
Il reste aux yeux de Deschamps et de son staff le pilier et le leader dont l’équipe de France pourrait bien avoir besoin lorsqu’elle se trouvera dos au mur. Alors que l’équipe de France était bien mal embarqué lors de son huitème de finale en rentrant au vestiaire avec un but à rattraper, Patrice Evra aurait une nouvelle fois assumé son rôle de leader en prononçant des mots forts et percutants pour remobiliser les troupes.

Le retrait du brassard de capitaine au profit de Lloris, depuis la prise de poste de Didier Deschamps, revêtait davantage d’une volonté symbolique d’entériner définitivement l’épisode malheureux du mondial 2010. Au-delà des considérations purement techniques et tactiques, le sélectionneur des Bleus semble persuadé du bénéfice « mental » que constitue la présence d’Evra parmi les onze titulaires. La sélection de Didier Deschamps est pour le moins inexpérimentée et la fougue et l’insouciance entrevues lors des matchs amicaux se sont soudainement éteint une fois la compétition lancée.

Et si on finissait par se convaincre que Patrice Evra est le leader nécessaire dont cette jeune équipe de France a besoin ? Et si on faisait confiance à Didier Deschamps ?

S. Priez


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