Faut-il s’inquiéter pour la Squadra Azzurra ?

Panoramic

En étant accompagnée de la Belgique, de la Suède et de l’Irlande, le groupe E est bien le « groupe de la mort », le groupe qui nous promet le plus de spectacle et bien heureux celui qui nous en donnera le tiercé gagnant. Bien qu’elle vienne de passer le cap des 50 matchs de qualifications sans aucune défaite, le paradoxe sur cette équipe est assez troublant, voir même inquiétant. Alors fait-il vraiment reconsidérer la réelle place de la Squadra dans la hiérarchie européenne? Reste-t-elle encore un ténor du football international ou doit-on s’attendre à une seconde désillusion après celle du Mondial brésilien? Décryptage et analyse de ce colosse aux pieds d’argile.

Oui, on peut s’inquiéter…

Et les raisons peuvent être multiples. Commençons en toute logique par le poste de gardien. Il est indéniablement la propriété de Buffon et que Dieu nous préserve en l’épargnant d’une possible blessure 3 semaines avant l’Euro. Mais imaginons le pire, le gardien turinois victime d’un accident domestique, brûlé au second degré après qu’une casserole d’eau bouillante lui soit tombée sur la cuisse, en voulant préparer « una spaghettata »… Alors qui pour remplacer « Santo Gigi » en cas de blessure ? En toute logique Salvatore Sirigu ou Morgan de Sanctis seront respectivement les N°2 et 3 dans la hiérarchie des gardiens. Mais ils sont tous deux remplaçants dans leurs clubs respectifs, et leur manque cruel de temps de jeu demeure forcément pénalisant à un tel degré de compétition.

Secundo, en défense, où le trio Barzagli- Bonucci-Chiellini semble montrer des signes évidents de fébrilité. Même si les résultats de la « Vielle Dame » semblent prouver le contraire, je pense qu’ils sont plutôt dus à la montée en  puissance de Dybala en attaque, du retour de blessure de Kedhira, ou encore du recadrage de Pogba (qui pensait devoir tout faire, tout bien, et surtout tout seul). Tout ceci associé à un Claudio Marchisio retrouvé, et la dynamique turinoise semble être de retour comme en témoigne leur série de 6 victoires consécutives en championnat. De fait, Bonucci et Chiellini ne sont ainsi plus les sangsues qui semblaient capable d’étouffer n’importe quel attaquant. Quant à Barzagli, il aura 35 ans au moment de l’Euro… A noter également que, suivant le dispositif choisi par Antonio Conte (3-5-2 ou 4-4-2), la présence de De Sciglio est requise sur les flancs mais ce dernier est un peu à l’image de son club, l’AC Milan, c’est-à-dire : inconstant ! Des joueurs tels que l’Intériste Ranocchia ou encore le Florentin Astori, un temps désignés comme de futur très grands noms,n’ont hélas pas répondu présents dès qu’ils ont été amenés à revêtir le maillot azzurro. Les retrouvailles avec les virevoltants attaquants Belges que peuvent être Hazard, De Bruyne, Batshuayi et surtout Dries Mertens, risquent donc de causer bien des maux de tête au sélectionneur des Azzurri, qui a (de surcroît) encore en travers de la gorge le cinglant 1-3 du mois dernier face à ces mêmes joueurs belges. En outre, la Suède sera également un adversaire de poids et Zlatan Ibrahimovic, du haut de ses 35 ans, se verrait bien jouer les troubles fêtes afin de tirer sa révérence au niveau international de la plus belle des manières. Et puis « l’Eire » de rien, jouer l’Irlande sera tout sauf une partie de plaisir!

Au milieu de terrain, quid de la participation ou non d’Andrea Pirlo? Le Magicien semble être toujours dans les petits papiers du sélectionneur mais qu’en sera-t-il de son niveau de compétition? Il est un fait qu’il vivra sans aucun doute sa dernière grande compétition internationale avec une motivation décuplée, mais serait-ce suffisant ? La solution idéale, et qui semble être dans l’air du côté transalpin, serait de le voir rejoindre les rangs de l’Inter Milan au prochain mercato d’hiver. En effet, Roberto Mancini ferait apparemment le forcing auprès de sa direction pour faire revenir l’Architecte au sein du club nerazzurro, une maison que Pirlo connait déjà pour y avoir joué de 1998 à 2001. Conte verrait également ce transfert d’un très bon œil. Ce qui pourrait l’amener, en toute logique, à lui réserver une place dans l’équipe. Le cas de Thiago Motta reste également en suspens. Sera-t-il de nouveau appelé en sélection? Il serait fort judicieux de faire appel à ce joueur d’expérience qui démontre encore aujourd’hui, au sein du PSG, à quel point il joue un rôle primordial quant à la récupération et à l’animation offensive de l’équipe. Des joueurs comme le Laziale Parolo, les Milanais Bertolacci et Bonaventura manquent (à mon goût) de caractère et de créativité et ne peuvent encore postuler à une place de titulaire indiscutable.

L’attaque italienne est à mon sens le gros point interrogation de cette sélection. Depuis sa prise de fonction en août 2014, Antonio Conte a enregistré un bilan plus qu’honorable en 16 matchs joués (amicaux et qualifications) : 9 victoires, 5 nuls et 2 défaites, 23 buts marqués pour 14 encaissés. Mais il n’a pas trouvé son serial-buteur, son renard des surfaces, son « Fillipo Inzaghi » en somme. A ce jour parmi les 13 buteurs différents de l’ère-Conte, de Florenzi à Immobile en passant par Marchisio et Okaka-Chuka, seul Graziano Pelle (Southampton) avec ses 4 buts semble se détacher de ce peloton. Certes, la Nazionale n’a jamais enfilé les buts comme on enfile des perles, mais ses victoires à l’arraché contre Malte (deux fois 1-0), idem contre l’Albanie et la Bulgarie, démontrent bien les carences, voire même la pauvreté du jeu offensif proposé. On peut se dire, pour se donner bonne conscience, qu’il n’y a plus de petites équipes mais ne serait-ce pas se voiler la face ? Des solutions? El Shaarawy n’est que l’ombre de lui-même et semble s’être perdu à Monaco. Ciro Immobile et Simone Zaza lustrent en profondeur les bancs de Séville et de la Juventus. Destro et Matri en sont à leur 3ème club en 3 ans, faute de pouvoir s’imposer. Et enfin Elder, habituel titulaire en sélection, marque sérieusement le pas avec la Sampdoria… De quoi vous proposer, « Signor » Conte, une aspirine !

Non, il ne faut pas s’inquiéter !

Et l’optimisme peut être de rigueur. Salvatore Sirigu semble déterminé à quitter le PSG durant le mercato et son refus d’être titularisé lors du dernier match de Ligue des Champions laisse présager qu’il veuille la jouer dans un club encore en lice. De l’autre côté des Alpes, et plus spécialement à Rome, il se murmure que l’AS Roma en aurait fait le remplaçant idéal de Szczesny (qui serait lui quelque peu nostalgique du climat londonien). Autre raison également de garder un brin le sourire serait de voir le jeune gardien de l’AC Milan, Gianluigi Donnarumma (16 ans) intégrer le team-azzurro. Dans la botte, tout le monde s’accorde à dire qu’il a déjà l’étoffe d’un grand portier, qu’il sera dans la lignée des Zoff, Zenga, Peruzzi, Toldo et (bien sûr) Buffon. Conte pourrait donc avoir la judicieuse idée de lui faire humer dès le plus jeune âge l’air des grands rendez-vous, lui qui s’apprêtera sans doute à en vivre de nombreux autres par la suite.

Concernant les lignes arrières, on peut compter sur Matteo Darmian. Le joueur mancunien a été sans aucun doute l’une des rares satisfactions du mondial brésilien et Luis Van Gaal ne sait pas fait prier en l’arrachant au Torino pour faire de lui un élément de base de sa défense. Son explosivité n’est plus à prouver et son apport offensif également. Le Romain Alessandro Florenzi montre match après match que sa polyvalence sur le flanc droit peut être une réelle et fiable solution et si l’envie lui prenait d’inscrire des buts tel que celui réussi de 40m contre le FC Barcelone (un but venu d’ailleurs, actuellement en lice pour le prix Puskas du plus beau but de l’année), alors l’Italie aurait une corde de plus à son arc.

Mais si la défense n’est (en général) pas le plus grand souci de la Squadra, cette équipe possède-t-elle réellement un entre-jeu compétitif pour une grande bagarre européenne ? Oui, car elle peut être dangereuse si son milieu retrouve un génie, capable de faire la différence sur une passe. Oui, elle peut être crainte si les clés de la « Casa Italia » sont confiées au talentueux Marco Verrati. Bien qu’il soit devenu le taulier à Paris et le véritable chouchou du capricieux public du Parc des Princes, il se doit maintenant de reproduire ces mêmes performances en sélection. Et pourquoi pas une association Pirlo-Verrati, encadrée par les sentinelles Marchisio et Motta, voire De Rossi. Antonio Conte ne dispose pas vraiment de réels ailiers, ce genre de joueur capable de mettre 10 mètres dans la vue à son défenseur et il le sait. Sa préférence ira donc certainement vers un milieu très musclé afin de libérer Pirlo des tâches dites défensives, ce dernier ayant 60 minutes dans les jambes pour faire la ou les passes décisives.

Enfin, en attaque, les solutions peuvent être multiples. Simone Zaza aurait un bon de sortie et quitterait la Juventus pour chercher du temps de jeu ailleurs. Titulaire contre le Torino mercredi soir en Copa Italia, il a inscrit 2 buts avant d’être remplacé par Dybala à la 53ème minute…53 minutes qui auront certainement suffi à faire chauffer le téléphone de son agent. Lorenzo Insigne a aussi une carte à jouer au sein de cette sélection. L’ailier de poche enchaîne les très bonnes prestations avec le Napoli de Maurizio Sarri et si le club est toujours au coude à coude avec l’Inter dans la course au Scudetto, il le doit en grande partie à la complémentarité du duo Higuain-Insigne. D’une manière ou d’une autre, il va falloir donner un peu de vitesse sur les ailes et les alternatives que peuvent être Insigne à gauche, voir même Florenzi à droite, ne sont pas à exclure. Graziano Pelle tiendrait donc la corde au poste de N°9 à moins que ne resurgisse, comme par enchantement, « Super Mario » Balotelli. Le flou autour de la blessure qui le tient éloigné des terrains depuis plus de 2 mois reste pourtant une énigme. Alors grosse fatigue aux adducteurs ou réelle pubalgie? La 2ème hypothèse le priverait à coup sûr de l’Euro en France.

Vers un « bis » de l’Euro 2012 ou du Mondial 2014 ?

Vous l’aurez bien compris, bien malin celui qui nous dira à quoi s’attendre avec cette sélection. Lors du dernier Euro joué conjointement en Pologne et en Ukraine, personne ne voyait l’équipe Italienne se hisser jusqu’en finale. Deux années auparavant, elle se faisait sortir sans gloire au 1er tour du Mondial Sud-Africain, terminant à une pitoyable dernière place du groupe, devancée par la modeste Nouvelle-Zélande et la Slovaquie. Sous la houlette du sélectionneur Prandelli, le phœnix renaît de ses cendres et renvoie une nouvelle fois l’Allemagne à ses chères études lors d’une demi-finale mémorable qui verra « Super Mario » et Gigi Buffon multiplier les exploits et marquer les esprits. L’embellie n’a hélas pas duré et lors du dernier Mondial brésilien, Chiellini ne ramènera rien de ce périple auriverde, si ce n’est une vilaine morsure au coup. Exit donc Cesare Prandelli et place à Antonio Conte. L’homme aux 3 Scudetti avec la Juventus allie rigueur sur et en dehors des terrains. Trop peut-être ? Attention tout de même, car l’Italie n’est très souvent jamais aussi dangereuse que lorsqu’elle endosse le costume d’outsider. Qui a mis fin au rêve « Oranje » à l’Euro 2000 aux Pays-Bas, en ayant joué dès la 37ème minute à 10? Toldo, ses poteaux et sa bande. Qui la voyait terrasser l’Allemagne en 2006, une « Mannschaft » qui jouait à domicile, au Westfalenstadion de Dortmund, dans un stade chauffé à blanc? Grosso, Del Piero et (le futur Ballon d’Or 2006) Fabio Cannavaro. Qui aurait misé un seul euro sur cette demi-finale face à l’Allemagne en 2012 ? Nous voilà donc tous prévenus. Une chose est sûre, l’Italie doit une revanche à ses supporters, ses nombreux fans qui auraient bien du mal à accepter une énième et précoce élimination dès les phases de poules.

Par Santino57 sur beIN SPORTS Your Zone

 


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