Euro-2016: retour sur le "tsunami" des supporters russes face aux Anglais

reuters

Policier depuis 25 ans, Gilles Montfort était posté près du Vieux Port, chargé, avec sa section, de surveiller les centaines d'Anglais qui enchaînaient les bières en attendant le choc de leur équipe face à la Russie, à 21H00, au stade Vélodrome. Parmi eux, Andrew Bache, "Pepe" pour ses amis, 51 ans à l'époque et fan de "Pompey", le club de Portsmouth. Au départ, "des jeunes des quartiers provoquent les Anglais", en "souvenir" des échauffourées qui avaient marqué le Mondial-1998, à Marseille déjà, en marge du match Tunisie-Angleterre, se souvient le major de 47 ans devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône.

"Des supporters anglais jetaient des projectiles, des bouteilles, mais il n'y avait pas d'affrontements", insiste-t-il, au deuxième jour du procès de Pavel Kossov et Mikhaïl Ivkine, deux supporters du Spartak Moscou de 34 ans, jugés pour l'agression de M. Bache. En milieu d'après-midi, le policier apprend par radio "qu'une centaine de hooligans russes redescendent du stade Vélodrome". Quelques minutes plus tard, vers 17H00, c'est un déferlement de violence sur la Place aux Huiles, à quelques mètres du Vieux Port.

"L​​​​​​es Anglais se font lyncher par les Russes"

"C'était une vague, un tsunami", décrit son collègue, Patrice Martin. Certains Russes ont "des protège-dents aux couleurs de leur pays", "des poings américains". Et tout à coup c'est "une bagarre rangée, avec des affrontements de tous les côtés". Tables, chaises, piquets de parasol, tout vole. Et "les Anglais se font lyncher par les Russes", se souvient le major Montfort. "Ils étaient ivres, très alcoolisés, mais les Russes ne l'étaient pas", insiste-t-il, surpris par la rapidité des assaillants, arrivés "comme une armée": "Une action commando", décrit-il, incapable de se souvenir d'une telle violence entre supporters depuis "les vieux OM-PSG, dans les années 90".

KO "comme un boxeur"

Une fois la place vidée à coups de grenades lacrymogènes, le gendarme aperçoit Andrew Bache "gisant sur le sol, sur le ventre, inconscient": "Il avait le visage tuméfié, déformé... On aurait dit un boxeur sorti d'un mauvais combat". Inconscient, en arrêt cardiaque, le supporter anglais est réanimé par Patrice Martin, qui lui fait un massage cardiaque, à même le sol: "J'ai senti son pouls s'arrêter, il y avait du sang, beaucoup de sang", se souvient le policier.

Sur les écrans de la salle d'audience, un zoom montre une photo de la victime, le visage tuméfié. Harry Bache, le fils de la victime, s'essuie les yeux et fixe les deux Russes de 34 ans, dans le box des accusés. Son père n'est pas là: traumatisé, il n'a aucun souvenir de cet Euro et a refusé de venir. "En tant que père, c'est lui qui devrait s'occuper de son fils. Mais aujourd'hui c'est le fils qui s'occupe du père", lâche Harry, à la barre de la cour d'assises d'Aix-en-Provence, via une interprète. A l'époque des faits, il vivait en Australie depuis dix ans. Il est désormais revenu en Angleterre, au chevet de son père: "J'ai perdu dix degrés de température", parvient-il à ironiser. 

Alors certes, aucun des deux policiers n'a vu l'agression d'Andrew Bache ce jour-là. Ni aperçu les deux accusés. Mais les diverses vidéos récupérées par les enquêteurs sont claires. Et notamment ces images, diffusées par la chaîne de télévision d'information Russia Today, qui montrent Mikhaïl Ivkine lançant une chaise vers Andrew Bache et Pavel Kossov le faisant chuter au sol d'un violent coup de poing à la tête, par derrière. Jugés jusqu'à vendredi pour violences en réunion et avec arme ayant entraîné une infirmité permanente, ils encourent 15 ans de réclusion criminelle.


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